‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 164 sur 282 · Snppl. Mss. II · texte numérisé non relu

Snppl. Mss. II

D^s le premier voyage de la Tertiaire et de ses sœurs à Montepulciaiio, elle concevait Taccroissement de vie intérieure que les entretiens au parloir des cloîtrées, les retraites faites dans un monastère dominicain, donnent aux Tertiaires; la Providence répondit sans doute a son désir en lui mettant aux mains, d'une manière aussi inattendue que miséricordieuse, les ressources nécessaires à rétablissement d'un couvent.

Catherine sollicitait de Dieu, depuis de longs mois, une àme qu'elle était résolue à sauver. Il s'agissait d'un zélé partisan de la faction des Douze, Nannide ser Vanni Savini, qui, au cours des événements, profitait des divisions publiques pour frapper dans l'ombre ses ennemis personnels. Quand un parti inclinait à la paix, il faisait surgir des obstacles ; mais si on lui reprochait ses manœuvres, il savait se donner comme étranger à la politique. Vainement on avait cherché à l'entraîner vers celle qui apaisait toutes les haines ; il résistait énergiquement : « A quoi bon voir Catherine? je ne ferai rien de ce qu'elle me dira. » Guillaume de Flete triompha de ce parti pris. Nanni promit d'ajler à Fontebranda, puis, désireux de se dégager au plus vite de sa promesse, il vint frappera la porte des Benincasa. La Bienheureuse avait été appelée comme arbitre entre deux ennemis qui s'en remettaient à son jugement ; mais Raymond de Capoue attendait le retour de sa pénitente, et n'ignorant pas l'importance qu'elle attachait à causer avec Nanni, il voulut le retenir. « Laissezmoi m'en aller 1 disait celui-ci ; j'ai promis à Frère

SES RAPPORTS AVEC l'oRDRE DE SAINT DOMINIQUE 373

Guillaume de venir écouter cette dame, elle est absente, mes occupations m'empochent de rester plus longtemps. » Au risque de le fâcher, mais certain de fixer son attention, Raymond de Capoue lui parla de ses vengeances. « Vous êtes prêtre, on dit Catherine une sainte, je ne mentirai donc pas, s'^^cria brusquement Nanni. C'est moi qui envpêche la paix, je veux qu'on l'ignore ; si je donnais mon consentement, tout s'arrangerait ; je le refuse ; il est inutile de me prêcher, c'est déjà beaucoup de vous avoir avoué ce que je cache aux autres. » Il se dirigeait vers la porte; sur le seuil il rencontra Catherine, lui répéta ce qu'il venait de déclarer, et coupant court à tout, il entama une vive querelle avec le P. Raymond.

Cependant la Sainte eut recours au Créateur plus miséricordieux que les créatures, et soudain Nanni interrompit la nouvelle prière qu'à ce moment décisif elle adressait au Rédempteur : « Je ne veux point être assez rustre pour tout vous refuser; j'ai quatre inimitiés, je consens à sacrifier celle qui vous fera plaisir. » Ces mots s'échappaient à peine des lèvres de Nanni que le visage du Siennois s'altéra. Malgré lui, il tomba à genoux. « Mon Dieu ! quelle paix cette seule parole donne à mon âme ! Quelle vertu triomphe de moi ! Je ne puis m'éloigner, je suis vaincu ; dirigez-moi, vierge sainte, je vous obéirai ! — Faites pénitence, » dit simplement Catherine ; Nanni se confessa sur-lechamp au P. Raymond et, dès qu'il fut réconcilié avec Dieu, Catherine le réconcilia avec ses ennemis.

Pour le conspirateur, l'heure du repentir sembla

être l*heurc du châtiment. Ses menées découvertes par la Seigneurie le firent jeter en prison. On parlait publiquement dans la ville de sa prochaine exécution, incident trop fréquent à Sienne pour qu'on s'en émût beaucoup. Raymond de Capoue courut porter cette fatale nouvelle à Fontebranda. « Ma mère, il n'arrivait rien de fâcheux à Nanni quand il péchait; maintenant le ciel et la terre semblent se tourner contre lui, il va tomber dans le désespoir. Ne craignez- vous pas le découragement? — Celui qui l'a délivré de l'enfer le préservera de ce péril ; Dieu lui fait grâce des peines éternelles, puisqu'il lui envoie les peines temporelles, » répondit Catherine sans se troubler. Avant peu l'habile parti des Douze fit relâcher ses prisonniers, et xNanni fut sauvé. II prouva que l'adversité élargissait son cœur, car au moment où les Réformiateurs lui faisaient payer de fortes amendes, au moment où Catherine disait : « Dieu ôte à Nanni le venin qui l'avait empoisonné, » le gentilhomme appauvri donna en toute propriété son château de Belcaro à la Bienheureuse, afin qu'elle y fondât un monastère de femmes \

Belcaro était un beau site, des remparts à moitié détruits on apercevait la chaîne des Apennins; devant soi se dressait Sienne protégée à droite par le Dôme consacré à la Vierge, à gauche par l'église Saint-Dominique. Des forêts, de fertiles campagnes parsemées de cyprès, achevaient le paysage.

Désormais un parfum céleste s'échappera de cette

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