‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 167 sur 282 · SES RAPPORTS AVEC L OHDRE DE SAINT DOMINK^UE · texte numérisé non relu

SES RAPPORTS AVEC L OHDRE DE SAINT DOMINK^UE

auquel l'imposition de ses mains rendit la vue. Pierre Ventura n'avait pas eu le temps de remercier la servante de Dieu, qu'elle était déjà au monastère; Guillaume de Flete l'y attendait pour célébrer la Messe; Raymond de Capoue, Thomas délia Fonte, Barthélémy dei Dominici étaient près de l'autel. Le Sacrifice commença ; quand le prêtre eut achevé la consécration, les yeux guéris de Ventura virent une hostie quitter le ciboire et voler dans la bouche de Catherine.

Ce jour de fôte n'était-il pas le jour solennel où un < parfait serviteur de Dieu », Jean, Abbé de Saiiit- Antinie*, était chargé par Grégoire XI de bénir le sanctuaire dominicain consacré à sainte Marie des Anges? Le nombre des Frères Prêcheurs réunis à Belcaro porte à le supposer, et les grâces reçues par Catherine à cette époque, ayant toujours l'Eucharislie comme signe extérieur, on se persuade facilement que ce miracle montra aux trois groupes dominicains combien Dieu avait pour agréable leur première réunion à Sienne.

Lorsqu'il trouva le triple appui de sa famille religieuse, l'apostolat de la Sainte s'étendit au delà de toute limite. L'influence propice aux intérêts de la Toscane, qu'on savait à Catherine sur le pape, augmentait sa popularité à Sienne ; les personnes qui l'avaient connue durant ses voyages lui écrivaient afin de vivre soumis à sa loi ; d'autres entraient en correspondance avec elle sans l'avoir jamais vue.

l.Lett. 121.

« Je VOUS écris dans le sang du Christ, » disait (Catherine au début do chaque lettre, et en méditant ces paroles étranges pour l'imagination, profondes pour l'intelligence, on y trouvait le signe de sa communion constante avec le Christ, de cette communion que, par l'apostolat, elle entendait procurer aux âmes. Les âmes, non seulement elle les voyait en vertu de la grâce spéciale qu'elle avait reçue au début de sa mission, mais elle entrait avec elles dans une intimité si complète, que ses secrétaires restaient surpris, parfois, du peu de conformité qu'il y avait entre ses paroles et la condition ou l'apparence des personnes à qui elle les adressait. Au travers de tout objet à atteindre, de toute question à élucider, à résoudre, elle élargissait le sujet et trouvait le point précis, où pouvait s'établir un rapport entre le chrétien membre de l'Eglise et le Christ son chef. Et quand elle voulait amener un Juif dans le sein de l'Eglise, ou exhorter le pape à bien gouverner la chrétienté, le procédé restait le même. La multiplicité des conseils sous une forme variée lui semblait un danger ; elle guidait l'intelligence et ne pesait sur la volonté que s'il fallait faire plier sous sa main des êtres encore incapables de comprendre l'obéissance à Dieu. Cela obtenu, elle désirait si sinc^rement disparaître de la pensée d'autrui, que lorsqu'un malentendu fit supposer qu'Etienne Maconi et certains Siennois prenaient sans la consulter le grave parti d'entrer au monastère de Monte Oliveto, elle n'eut point pour eux une parole de reproche. <t Jésus-Christ ne veut pas d'intermédiaire entre lui et l'Ame, répétait-elle : je

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gâte ce que fait Dieu. Je suis ignorante, mon entendement est bas. Le reste appartient à l'éternelle vérité, attachez-vous donc à elle. Je ne veux pas que ce soit l'amour de moi ou d'aucune créature qui vous possède, mais l'amour de Dieu *.

D'aussi humbles paroles n'empêchaient point ses fidèles de reconnaître que vraiment c'était elle qui les disposait à communier à la vie du Christ et, dans ce groupe uni, les âmes les plus rapprochées du Seigneur attirèrent à Lui les plus éloignées. Même par la manière d'avertir le pécheur de ses fautes, il y avait pour Catherine une sorte de communion ; faisant connaître la vérité, elle s'attribuait avec enjouement le défaut qu'elle corrigeait et dont elle entendait partager l'expiation : « Mes défauts sont infinis, disait-elle, je prendrai les miens et les vôtres et j'en porterai la peine. i> Durant ses absences de Sienne elle regretlait surtout ses disciples à la Table sainte : « Avec désir, leur répétait-elle souvent, j'ai désiré faire cette Pâque avec vous... il semble que nous ne puissions pas voir Dieu, si d'abord nous ne faisons cette douce Pâque, si nous ne le goûtons pas par amour de TAmour, qui veut uniquement notre bien. Aux Frères Prêcheurs elle ajoutait: c'est tous les jours Pâques ' ; que Dieu vous fasse éprouver sa joie dans l'union avec lui, car ni la langue, ni l'encre, ne peuvent exprimer pareille allégresse. »

Plus que d'autres religieux, les Frères Prêcheurs

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