B. Raym. UT
Gonune les élus apprennent tout ce qu'ils ignorent par la communication de la science divine, la Providence « imprima la faculté d'écrire en son esprit. »
Quand les messagers célestes disparurent, Catherine s'éveilla, ne doutant pas de la réalité de la vision; elle saisit le pinceau qu'un artiste occupé à peindre des initiales avait oublié dans sa chambre, et d'une main ferme elle écrivit : « Esprit-Saint, viens dans mon cœur ; attire-le par ta puissance ; inspire-moi Tamour et la crainte de Dieu ; que le Christ me garde de toute mauvaise pensée ; que son doux amour m'enflamme et me réchauffe, afin que toute peine me semble légère ; j'implore aide et soutien dans les nécessités de la vie. Christ amour ! Christ amour * ! »
En Toscane, sous Tinfluence de certains sentiments tous sont poètes, et contrairement aux autres écrits de la Sainte, qui étaient en prose, ces quelques lignes suivaient une sorte de mesure. La pensée n'avait rien de neuf, elle était familière à Catherine ; ce fut donc surtout comme manifestation de l'art miraculeusement acquis par leur mère, que ses disciples attachèrent un prix particulier au feuillet de parchemin. Beaucoup plus que sur le prodige, l'attention se fixa sur le choix du Seigneur dans les deux saints, ses instruments: saint Jean qui avait préparé Catherine à la contemplation du Verbe
1. Grescimbeni. Volg. Poesia, III, 119. Une autre leçon, la plus populaire^ offre cette variante pour la dernière phrase : Mon êoint Père et mon doux Seigneur, aide-moi maintenant dans mon miniêière.
divin ; Thomas d'Aquin qui Tavait initiée à une connaissance plus humaine de la divine Parole.
La première lettre de l'Apôtre fut adressée à son disciple Maconi. Dicté par les événements, ce choix entre les deux messagers eût été attribué à la coutume dominicaine de donner plutôt que de demander, si Ton n'avait pas su que, même en dirigeant Catherine, le P. Raymond était aussi à son école, ou plutôt, au travers d'elle, à l'école du Verbe divin. En tous cas, la Sainte n'entretint qu'une seule correspondance sans intermédiaire, et ce fut avec son père spirituel « qu'elle tenait devant Dieu grâce à une incessante oraison, i> alors qu'il allait s'exposer à de terribles luttes contre les conseillers pontificaux. L'une des lettres do Catherine à son envoyé est un admirable traité de théologie mystique * ; plus tard, quand le Dominicain fut réélu prieur du couvent de la Minerve, elle lui exposa avec la plus singulière science les devoirs prioraux. Comme la bienheureuse Mechtilde, sa devancière dans l'Ordre, la Vierge inspirée joignait aux sublimes contemplations célestes la vue précise des devoirs qu'impose sur terre l'autorité. A celui qui gouverne, disait-elle, il faut des qualités particulières ; sa charité doit être parfaite ; son regard voit toutes les âmes ; il donne à chacune et lui demande tout ce qu^elle est capable de recevoir et de rendre ; il porte toutes les infirmités, les corrige avec une justice tempérée de miséricorde, en châtiant selon les forces des coupables; sa volonté n'est jamais qu'une manifestation de la volonté divine.