‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 184 sur 282 · Noua en donnons des extraits ch x'IIî · texte numérisé non relu

Noua en donnons des extraits ch x'IIî

Cependant on comprit bientôt que F écriture était enseignée à la Sainte pour elle-même et point pour autrui. Près de deux cans auparavant, le lendemain du jour où le P. Raymond quittait, à Florence, l'ambassadrice des Florentins, et allait l'annoncer en cour d'Avignon, Téternel Epoux, ne voulant pas que son épouse connilt d'amertume dans cette séparation, lui inonda l'âme d'une joie assez intense pour que le corps défaillît '. Au lendemain des adieux à la Roche, un nouveau miracle avait lieu. Afin que la Mainte s'entretînt directement avec le P. Raymond, elle pouvait écrire, « épancher son cœur en descendant des hauteurs, sinon, son cœur se serait brisé. »

Ce n'était plus, comme à Florence, l'excès d^ la joie qui aurait brisé le cœur de Catherine. Si au milieu de leurs courses apostoliques ses disciples s'arrêtaient un moment près d'elle, ils constataient avec le visible dépérissement d'un corps déjà immatériel, le caractère de victime imprimé sur Vlmé d'une manière évidente. La souffrance a d'ordinaire un langage aisé à comprendre, tant il est familier aux hommes ; mais il fallait Raymond de Capoue pour concevoir à quel degré les aspirations vers la mort, qui à cette époque remplissent la correspondance de Catherine, diffèrent du souhait égoïste et lâche de repos, dont l'homme, las d'agir, se montre prodigue. Etrivant à son père spirituel, la femme inspirée s'écriait : « Quand il plaît à Dieu de se manifester, de révéler ses secrets, toutes les puis-

1. Aiosi qu'elle-même l'atteste, il lui donna l'absolution de ses péchés et même, ohose étrange, de ceux de son confesseur. Lelt 22G

sancesde Tâme veulent à la fois quitter la terre, où il y atantd'imperfection, pour s'élever, pour atteindre leur fin et goûter la Trinité éternelle ! i> D'ignorantes Tertiaires, des hommesdu inonde,eussent-ilsété aptes àtranscrire cet aveu? Enfinla Sainte se fût-elle plaint par la plume d'un secrétaire de l'impuissance où la réduisait le silence de Grégoire XI, silence obtenu et entretenu par les calomnies contre elle du parti français ; eût-elle osé formuler les reproches qu'entraînée par sa pensée au-dessus des règles du langage elle adressait non plus à Raymond, mais directement au pape : « Très Saint-Père, écrivait-elle, à qui donc recourrai-je si vous m'abandonnez ? Si V0U3 me chassez, où trouverai-je un soutien, un refuge ? Mes persécuteurs me poursuivent, je m'abrite près de vous et des autres serviteurs de Dieu. Vous me délaisseriez, que je me cacherais dans les plaies du Christ crucifié, dont vous êtes le vicaire, et il me recevrait, car il ne veut pas la mort du pécheur. Accueillie par lui, je ne me verrai pas repoussée de vous ; nous serons à notre poste combattant courageusement pour la douce Epouse du Christ *. Sur le sein de TÉglise, s'écriait Catherine avec son incomparable chaleur, je veux finir ma vie; dans les larmes, les sueurs, les soupirs je veux lui donner mon sang et la moelle de mes os! D

Grégoire XI, ému par cet accent, vaincu par l'humilité avec laquelle la Sainte s'accusait et soutenu par le P. Raymond, répondit enfin une lettre,

1 Presque toujours Catherine désigne TEglise par ces mots.

que le Dominicain fit parvenir à la Roche ; ce succès récompensait le messager de Catherine, des persécutions dont tous, jusqu'au souverain pontife lui-même, l'avaient poursuivi à son arrivée en cour de Rome.

La lettre du pape pressa Catherine de donner à son sacrifice une intensité dont la mesure croissait de jour en jour au regard des hommes. Une invincible tristesse, image de la tristesse du Christ à Gethsémarii, accabla cette femme gaie et vaillante par nature. Réduite à l'agonie, elle réclama les sueurs sanglantes qu'elle avait déjà connues. A l'exemple de son Maître, elle couvrit la terre d'un sang réparateur. A la suite de son mystique Époux, elle fit sienne l'iniquité humaine, au point d'en sentir la corruption s^exhaler de son âme! Sur elle pesaient les péchés du clergé, l'impureté des prêtres, qui les rend un objet de dégoût môme pour les démons ! Elle expiait tout et durant la guerre des Toscans contre le pape, elle se consumait devant le Dieu juste, pareille à un holocauste intelligent, ^N'avait-on point discerné sa vue particulière des opérations de la miséricordieuse justice divine , quand elle avait dit à Grégoire XI : « Châtiez ceux qui pèchent, mais point autant que chacun le mérite : plus on mérite le châtiment, moins on peut le subir?» Sur son âme forte de la force divine, cette généreuse prenait l'offense des misérables. Chose étrange, si Ton n'eût point songé au divin Modèle, elle pâtissait tout à coup- de sa solitude et de son isolement ; sous l'horrible souffrance du courroux céleste, la victime volontaire étendait ses mains

défaillantes vers ses amis; elle aussi disait à ses disciples : « Veillez et priez avec moi! » Après s'être tournée vers Alexia, elle criait au P. Raymond : « Ayez compassion de votre pauvre fille ! vivre lui est un effort à cause des ofiFenses faites à Dieu, et elle n'a pas avecqui s'épancher! Cependant la clémence de TEsprit-Saint y pourvoit, à Tintérieur et à Texte rieur. Il me permet de me distraire en écrivant *. d

Malgré la facilité avec laquelle sa main maniait la plume, Catherine continua d'employer plusieurs secrétaires. Peut-être voulait-elle ménager son temps en dictant plusieurs lettres à la fois* sans doute elle était incapable d'écrire durant se* extases : toujours est-il que ce fut par Tintermédiaire de Néri et de Malavolti qu'elle entretint sa correspondance avec sa mère, ses disciples et les Tertiaires de Sienne.

Lapa se refusait de nouveau à vivre loin de son enfant préférée. Excitées par elle, les Tertiaires rappelèrent la Sainte, osant, l'accuser de ne plus le& , aimer! Il fallut éclairer ces femmes, rebelles à la vérité qui les obligeait au sacrifice, leur exposer l'utilité de voyages féconds en réconciliations durables, en retours assez nombreux aux pratiques chrétiennes pour exténuer Thomas délia Fonte et le P. Gaffarini venu d'Orvieto remplacer

1. Lottere 34, 39, 66, 88, 215, 243, 267, 272, 275. Les autographes de GatherÎDe D"oDt point été conservés. La première de toutes les lettres qu'elle écrivit, celle à Etienne Maconi, finit ainsi : Questa e li prima lettera che io abhia êcritta.

les Dominicains envoyés à Rome *. Catherine laissa voir à ses sœurs sa propre douleur de la séparation; elle leur offrit les consolations qu'elle offrait d'ordinaire aux Frères Prêcheurs disséminés par Papostolat : l'exemple de la dispersion des Apôtres. Ainsi qu'elle l'avait fait jadis, elle dilata le cœur de sa mère, en la comparant à l'idéal de toute maternité : la Vierge Marie aimée sans mesure et pourtant abandonnée '. Avec Catherine les Tertiaires s'étaient sacrifiées en holocauste pour TEglise, l'heure de souffrir sonnait, les victimes allaientelles se refuser ?

Selon les négociations qu'elle poursuivait, Tapô- Ire avait choisi des hommes aptes à la seconder. François dei Malavolti supportait sans patience des maux d'yeux et des douleurs de tête qui le réduisaient à l'inaction ; voyant que celte croix ne lui serait d'aucun profit, elle l'avait guéri et employé à d'utiles travaux. Pierre Ventura, au contraire, ne voulait que les faveurs spirituelles qui sont comme « les arrhes du Saint-Esprit; » après les lui avoir obtenues, Catherine lui confia des missions délicates et parfois périlleuses.

Mais il était des activités difficiles à occuper par là même que l'action s'exerçait sur le territoire siennois. Plus encore que les Tertiaires, certains disciples se troublèrent. En l'absence des Dominicains qui avaient coutume de les diriger, ils laissèrent la jalousie relâcher leurs

1. Le P. Mathieu Tolomei y avait accompagné Raymond de Capoae.

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