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liens entre eux et avec Catherine ; scandalisés de son absence, ils portaient autrui à se scandaliser. Mathieu Cenni, le recteur de Pasile de la Miséricorde, SanodiMaco qui exerçait sur le groupe une sorte de suprématie * , prouvèrent par leur attitude combien ils étaient impropres aux emplois qu'ils recherchaient. La Sainte leur avait répété qu*aucune distance ne les séparait de sa maternelle tendresse ; elle les reprit de la passion avec laquelle ils sollicitaient son retour. Sous leurs yeux, comme sous les yeux de Lapa et des Tertiaires, elle plaça Texemplo des Apôtres. L'un restait, l'autre partait, selon ce qu'exigeaient Thonneur de Dieu et le salut des âmes ; les actes n'ont d'importance que par leur mobile et leur fin, aussi est-il téméraire de juger les serviteurs de Dieu. Offrant une comparaison à ces jeunes nobles ardents pour les courses de chevaux, elle les rappelait à la concorde en leur écrivant : « Courez, la vie éternelle est le prix : que tous le remportent à la fois, car l'amour vous fait un seul cœur! »
Si les cœurs restèrent divisés, on n'eut qu'une voix pour critiquer la Sainte. Entendant ce concert, les Réformateurs se crurent le pouvoir d'arrêter l'apostolat qu'ils avaient entravé, puisque un de leurs moyens de gouvernement consistait à entretenir des rivalités parmi les nobles, afin d'empêcher une alliance contre la démocratie.
1. Les documents font défaut sur ce Sano [cf. ch. xiii, p. 324], auquel la Sainte adresse des lettres destinées à tous ses disciples de Sienne .
Déjà, au moment de Tarrivée des Siennois à Monte pulciano, la Seigneurie osait accuser Catherine, ses disciples et surtout le P. Raymond, de former une ligue contre lEtal. Un ami fidèle, Torfèvre Salvo, les en avait avertis. Que faire, sinon consulter TEsprit-Saint ? Catherine s'était tournée vers la source de toute lumière, et rÉternelle Vérité, parlant directement à son intelligence, lui avait ordonné de ne point abandonner l'œuvre entreprise ; la réponse. de l'apôtre dominicaine à son disciple le dit aux Réforniateurs. La charité déborde de sa lettre ; mais la situation reste bien définie : (Catherine, sa famille spirituelle, « son père le Fr, Raymond, » ne cherchent point à conclure des alliances perfides ; ce qu'ils veulent, c'est unir les hommes ensemble et les unir à Dieu; ces traités-là, qu'on le sache, ils continueront à les négocier, avec un seul regret, celui de n'être point assez vaillants pour agir mieux et davantage. Déconcertés à cette époque par un aussi franc langage, les Réformateurs avaient recouru à la rusé. Le Jésuate Thomas Guelfaccîo, fidèle auxiliaire des œuvres charitables auxquelles s'employait Catherine, tentait de réconcilier deux citoyens de la ville; sans qu'il pût deviner le dessein secret de la Seigneurie, on le pria de ramener la Sainte à Sienne.
La lettre qu'elle répondit aux magistrats démasquait leur piège en visant le fond de leurs âmes. Ils veulent, écrit-elle, exercer l'autorité que Dieu leur délègue sur autrui pour deux mois, et ils ne savent certes pas exercer leur charge permanente, celle de se gouverner eux-mêmes. Les lois qu'ils
suivent, celles qui régissent la brute, ils entendent les appliquer aux êtres que gouverne l'esprit ; calomniant les mœurs et les actes des serviteurs de Dieu, ils prétendent même régler Taction divine! Ayant rompu avec Dieu de qui émane l'autorité, ayant renoncé aux vertus que veut l'exercice du pouvoir, ils se sentent menacés parce qu'ils sont incapables; la crainte, ils la déplacent, ils ne craignent plus en fils de Dieu, ils craignent en esclaves, et ils ont peur de leur ombre ! Nouveaux Pilâtes, par terreur d'être privés du sceptre, ils condamnent ceux qui, marchant sur les traces du Christ, offrent leurs prières, leurs fatigues et leur vie pour le salut des hommes. D'importantes affaires se négocient au monastère de Sainte- Agnès, continue Catherine ; elle ne dit point qu'elle veut faire rentrer dans l'enceinte fortifiée de la ville la communauté dominicaine accessible aux maraudeurs à cause de son isolement et pour qui elle vient, chose presque unique dans sa vie, de solliciter les legs et les aumônes, mais elle ne cache pas qu'à Montepulciano elle réconcilie des parents, restés en guerre, écrit-elle avec une simplicité quelque peu ironique, malgré la médiation de la Seigneurie. Tant médire d'elle et de ses disciples prouve que ses concitoyens n'ont pas grand'chose à faire ; elle reviendra parmi eux dès que Dieu le permettra.
S'ils s'attaquaient ouvertement à Catherine, les Réformateurs déchaînaient alors contre eux tout le pays ; ils se turent, laissant leur regard mécontent la suivre à la Roche, puis à Saint-Anlime où elle
seconda les efforts de l'abbé * dont la ville de Montalcino repoussait l'autorité. Et c'était durant le séjour de la Sainte dans l'Abbaye de Saint-Antime, au moment où Ton voyait des populations entières amenées à la pénitence, à la vertu, à la concorde par la parole et souvent par le seul aspect de la jeune apôtre, que les unanimes murmures des Siennois donnaient enfin à la Seigneurie un prétexte et des alliés pour la rappeler.
Cette fois, les Réformateurs n'agirent ni par insinuation ni par ruse : ils ordonnèrent. Les gouvernants auxquels Catherine avait écrit en les nommant ses seigneurs temporels, oubliaient la limite de leurs droits; la citoyenne de leur République rindiqua et parla ce beau langage humble quoique ferme, respectueux malgré son exposition éclatante de la vérité, que seuls les apôtres savent opposer aux despotes. « Votre intelligence obscurcie par le péché mortel ne discerne plus rien, écrit-elle aux Réformateurs ; morts à la grâce, vous ne sauriez exercer le pouvoir que vous tenez de la grâce, avant de vous être vivifiés par une réconciliation avec Dieu et d'avoir ramené vos sens sous l'empire de la raison. » Après s'être exprimée avec netteté sur les ordres qu'elle a reçus^ elle défend l'abbé de Saint-Antime, qu'on entend sacrifier parce qu'il réforme le clergé dont les mœurs sont pour la Seigneurie un perpétuel sujet de plaintes. Qu'on l'encourage, au contraire, à obtenir la réforme