‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 197 sur 282 · Lettere · texte numérisé non relu

Lettere

que la Bienheureuse entreprenait pour le Saint- Siège.

L'appui naturel de Tambassadrice était le parti auquel appartenaient les Canigiani ; ce parti avait pour lui le bon droit et même le nombre, car la rancune et l'intérêt rendaient guelfe le commerce florentin lésé naguère par les seigneurs gibelins, et détruit par l'interdit. Mais si le pouvoir des Huit semblait ébranlé, il n'était pas anéanti. Ces hommes pleins d'audace, habiles à flatter les passions, à intimider ceux qu'ils ne pouvaient séduire, avaient résolu, tant que Rome en fournirait le moindre prétexte, de prolonger une guerre avec laquelle devait finir leur puissance. Catherine sentit toute la gravité de la situation et la démontra aux Prieurs des Ai'ts. D'une part on avait à subir des prélats égoïstes, plus soucieux de la satisfaction de leurs passions, que de la paix, de l'autre on voyait des rebelles aux lois divines et humaines décidés à tout sacrifier à leur avidité du pouvoir. Il fallait donc que l'Ambassadrice usât de son influence personnelle sur le pape, et que les guelfes opposassent la force à la violence. Le souverain pontife consentit à réunir une assemblée à Sarzana pour négocier la paix ; en même temps, par la résistance que les Prieurs et les Capitaines firent ouvertement aux Huit, ils s'attirèrent nombre d'adhérents. Tous se groupèrent autour de Catherine et reconnurent que la guerre était à la fois désavantageuse pour la vie présente et funeste pour la vie future : ils avouèrent que la République contestait à l'Eglise des droits incontestables, que devant Dieu et devant leur conscience.

SA MISSION A FLORENCE i3l

les Florentins étaient tenus de restituer au Saint- Siège ses possessions; enfin ils résolurent que malgré les Huit la paix serait signée *.

La seule arme légale qu*eussent les guelfes contre les Huit et la faction gibeline, qui avait à sa tête la famille Ricci, était f admonestation. Par un arrêt, on avertissait tel citoyen qu'il était frappé d'incapacité politique. On lui enlevait toutes ses charges, rÉtat le regardait comme mort. Soderini, Pierre Canigiani, et Altoviti, croyaient qu'en infligeant ce ban à quatre ou cinq personnes, lés guelfes pourraient parler en maîtres à Florence et y terminer à leur gré les affaires de la République avec Rome. Catherine se rangea à leur avis. Elle sollicitait les Capitaines de prendre cette mesure de rigueur, quand la mort imprévue du souverain pontife fit naître de nouvelles complications.

Catherine perdait en Grégoire un ami éprouvé. Certes il manquait des vertus énergiques qui font les grands pontifes ; mais s'il avait failli, c'était par impuissance ou omission, et il apportait au ciel une âme pure des vices de sa cour. Catherine lui recommandant dans une dernière lettre des ambassadeurs siennois, disait avec élan : « S'il est au monde im peuple qu'on puisse gagner par Tamour qu'on lui témoigne, c'est le mien * ; » et gagnée elle-même par Taffection, la soumission, la confiance que Grégoire XI lui avait témoignées, elle s'affligea de voir le pontife rendre ses comptes à Dieu au moment où

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