Lettera29I
grâce. A celui qui venait de perdre les biens et les honneurs du monde, elle vantait la possession de la grâce de Dieu qui nous appartient en propre et ne peut nous être enlevée. Devant les ruines fumantes encore de son palais, elle lui faisait toucher du doigt l'instabilité de la fortune, elle lui montrait la folie de dépenser son avoir en riches ameublements. € C'est pour mourir qu'il faut vivre, lui écrivaitelle ; le jugement des hommes ne pèsera de rien dans la balance du Juge suprême : nous n'emporterons avec nous que le bien ou le mal que nous aurons fait. L'insensé étend les bras et embrasse toutes les délices de ce monde par Tardeur de ses désirs. A Theure de la mort, il ne lui reste que l'aiguillon de la conscience et la honte d'avoir mal agi. Gomme le fou, comme celui que berce un songe, il nageait en rêve au sein du bonheur. Eveillé il ne trouve plus rien, car il avait cherché le bien dans le mal, la lumière dans les ténèbres, la vie dans la mort, la richesse dans la pauvreté, Tinfini dans les choses finies. Réjouissez-vous de ce qui arrive, car c'est la vie de votre âme, ajoutait-elle pour conclure, et chassez le monde de vos affections^ car il vous chasse des siennes. »
Au courageux Soderini, Catherine rappelait que les biens de la terre étant prêtés, il faut savoir les rendre à Dieu quand il les redemande ; mais tout en l'exhortant avec saint Paul à se railler du monde, comme le monde se raillait de lui, elle laissait entrevoir à l'exilé le retour dans la patrie*.