‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 206 sur 282 · Or. V, XV · texte numérisé non relu

Or. V, XV

4. Or. T. — L«ti. 2!27. Amwe il moêêê^mn êkê Di& êi nmmta in $é, ma Vamorê m»o,

5. Bien qn'elU ait été modifiée par les modernes, noas gardons la division de saint AuguBtin, parce que la pensée de Catherine repose toojovrs s«r elle. Il est impossible de citer les innombrables passages où on la retrouve. Que définition précise est donnée dans TOraison IX que complète TOraison XXIII. Cf. UU. 52, 65, 109, 146, 164, 166, 182, 189, 197, 199, 220, 324. C'est Mix puissances de l'âme que U Sainte applique (UU. 269) k texte âe saint Mattkieu [xnu, 20] : Ubi emm mml ého vel lre$ eon^regm^ m nomxM meo, ihi item m medh eorum.

du Père, pour procurer la gloire de son nom, la mémoire humaine retient et conserve le souvenir des bienfaits divins ; une autre force, la plus noble de l'âme, P intelligence, participant à la sagesse du Fils, met à même de connaître l'ordre établi dans l'univers. Enfin une troisième faculté, le don que dans sa clémence l'Esprit-Saint fait à l'homme, c'est la volonté libre^ plus forte que la chair, capable d'aimer, car une créature créée par l'Amour ne vit pas sans amour. La volonté emprunte à l'intelligence la connaissance de la souveraine bonté, et à son tour elle alimente l'intelligence en remplissant la mémoire du souvenir de ce qu'elle a reçu. Doué de force, de lumière et d'amour,, l'homme agissait dans les lignes de sa nature, il discernait, il connaissait, il aimait. Mais Dieu l'appelait plus haut; la lumière de la Foi venait éclairer son intelligence déjà supérieure aux choses sensibles, et lui révélait que sa volonté devait poursuivre, comme le seul objet méritant d'être aimé, le Dieu qui lui avait enseigné l'amour*. Le péché d'Adam sépara la créature raisonnable de son Créateur ; l'homme se rendit indigne de ce dont Dieu l'avait fait digne : son libre arbitre^ gardien de la volonté, destiné à maintenir l'équilibre entre les sens et la raison, fut séduit par la femme. Il l'aima, il s'aima, phis qu'il n'aimait Dieu. Dès lors la créature raisonnable vit les créatures qui lui étaient soumbes, rebelles à son empire comme elle-même

1. Mal. XIII, XXIX, Ll, XCVIIl, CX, CXIIÏ, CLXVII. — ftr. 1, Vn, XXIV. — L«tt. 47, 72. lOe, US, 1», 1 W, 2», Wi. M9,34â;d68,a63.

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était rebelle à l'empire de Dieu ; au sein de sa propre personne elle trouva la guerre qu'elle avait déclarée à son Créateur en faisant violence à sa nature : la sensualité, partie inférieure de l'être, se révolta contre la raison, partie .supérieure. Pleine de complaisance égoïste, la mémoire oublia la miséricorde divine et s'emplit de haine. Aveuglée par les passions des sens, Tintelligence ne se fixa plus sur l'immortelle Vérité, mais sur un monde plein de ténèbres fallacieuses. Au lieu de s'attacher à Dieu et en lui à toutes choses, puisqu'il est la vie de tout, la volonté se laissa capter par les biens terrestres, qui se tournent en maux pour Thomme, leur maître, si, renversant la loi, il devient leur esclave. Tuée par le péché, la créature raisonnable rentra dans le néant, non point quant à la vie, car Thomme ne cesse jamais de vivre, mais quant à l'activité, car hors de la lumière et du mouvement d'amour de Dieu, il n'est point d'acte véritable.

Dès la création de l'homme , la Providence prévoyait sa désobéissance ; par avance elle connaissait chaque péché ; pourtant l'amour n'était point arrêté par. TofTense ; avant même que la créature tirée du néant eût rompu la Voie, renoncé à la Vérité et tué en elle la Vie, son retour au Créateur, son rachat par Féternelle Vérité, sa résurrection étaient résolus. L'amour se ferait intermédiaire entre la nature humaine et la nature divine ; sans plus se séparer de la Trinité que la parole ne se sépare de l'intelligence d'où elle émane, le Verbe descendrait sur la terre, Dieu

s'incarnerait, la créature le verrait en la chair humaine, afin d'être éclairée par la splendeur de sa beauté. L'orgueil dont la nature humaine s'était enivrée au point de devenir incapable de connaître Dieu, serait détruit par l'humiliation de la divine nature ; la grande obéissance de Jésus-Christ rendrait à l'homme désobéissant : la grâce, la liberté et l'honneur. Comme l'offense faite au Bien infini réclamait une infinie satisfaction, la Divinité unissait sa propre nature à la nature de Toffenseur. Désormais la nature humaine surpasserait en excellence la nature angélique ; Dieu se faisait homme, l'homme devenait Dieu grâce à son union à la nature divine. Pourtant il n'avait point suffi au Verbe de s'incarner ; « fou d'amour, » il voulait mourir, puis rester entre la terre et le ciel, au-dessus de l'abîme creusé par Adam, comme un pont dont les trois degrés, qui en laissent concevoir un quatrième*, permettent à la créature, au sortir de l'abîme, de monter des pieds du Christ à son cœur, et de son cœur à ses lèvres *.

L'abîme dominé par le pont, ce sont les ondes amères de la vie. L'homme s'y débat, parce que,

1. Uoi au troisième sans démarcation perceptible. Dial. XV, XXI, XXII, XXVII. XXIX, XXX. LI, LU, C, CXLV, CXXXVI, CXLIV, (3XLVII, CLXXVII, CC. — Or. V, VI, VIII, XI, XIV, XVIII. — Lttt. 16, 28,29, 30, 70, 120, 128, 129, 161, 178, 183, 184, 195, 332.

2. SoQS les noms de voies : purgative, illuminative et unitive, tous les maîtres de la vie spirituelle établissent ces trois degrés où ils font marcher les commençants, les profitants et les parfaits. Afin que la créature retrouvât la marque de ces degrés en elleinême, Catherine la lui signalait dans les trois forces de Tâme :

malgré le rédemption, il garde trace du péché originel ; ses appétits le poussent vers des biens indignes' de son désir ; les souffrances que sa faute a engendrées Tenserrent ; il pàtit, et la crainte le rend cruel ; mais TEspritr^int milite en lui, et, s'il le veut, le porte au-dessus des eaux ; il ne reste captif de Tabime qu'après s'être soumis à la loi diabolique reçue par Eve, acceptée et acoomplie par Adam i ' qu'après avoir vendu sa volonté à ses principaux ennemis, le monde, le démon, et la chair le plus acharné de tous.

La Providence met tout en œuvre pour arracher à Tabime. La raison rappelle au pécheur que dès la naissance Tarrôt de mort est rendu et sera exécuté par un coup imprévu ; « avocate du souverain Juge, m la conscience presse le pécheur d'engager la lutte contre la sensualité; Tinsatiable ardeur que rien ne contente le dévore ; tout concourt à rompre Tattacho aux choses sans réalité, à prouver que la nature humaine aspire plus haut ; s'il le faut, la perte des biens, des amours, détruit l'obstacle que les sens dressent devant la raison, et préparent le pécheur à recevoir le don surnaturel de la Foi.

A l'héritage éternel il préfère parfois les biens temporels accordés à ceux qui, pour de trop pauvres

la mémoire, l'iatelligenoe et la volonté ou faoalté d*àtmer. mal. LXXIV. Différant pen do saint Bornard et d'antroa docteori pour l'image qa*elle donnait de oes defrée, elle on oonoo« vait un quatrième, oelai*là inaoooasible ioi-bas dâiie ea partie sapérleare. Une lettre de la Sainte au B. Nicolas do Montalcino 0. P. [Lott. 74. ] résume les grandes lignes de sa dootrino, ot c*e6t ce plan que nous suivons.

vertus, sont indignes d'un meilleur salaire et des larmes, stériles, comme celles des damnés, regrettent la richesse, les affections nuisibles ou coupables. Nourri de terre, Thomme n'est plus que terre ; ses vices, semblables à ceux de la bote, lui en donnent la forme,oumêmerabaissentau-dessousd'elle,s*il viole les lois de sa nature. La haine tue en son cœur la vie de Y Urne ; jugeant sans la comprendre la miséricorde providentielle, il tombe dans le faux jugement, qui fait condamner le monde par le Saint-Esprit ; les sens, auxquels il a sacrifié la raison, s'interposent entre lui et Dieu ; il ne peut plus s'élever jusqu'à la Foi. Sa misère, lui semble dépasser Tincommensurable amour : il se révolte. Sa révolte contre le vrai Dieu, qui sera la douleur individuelle des damnés, augmentée en chacun par la participation aux douleurs de tous, cette douleur que ravivera Tunion de l'âme avec le corps, saisit déjà le pécheur incorrigible. Martyr du démon, il reçoit ici-bas les arrhes de Tenfer ; il reste noyé dans l'abîme jusqu'à son entrée dans l'éternité. Là les damnés eux-mêmes sont traités avec une miséricorde plus glorieuse pour le nom divin, que ne le serait la justice ; avec une miséricorde insondable dans ses profondeurs au regard limité de l'homme. Si, au contraire, le pécheur s'éveille « du rêve de la vie terrestre » et cesse de résister à la Providence, le tourbillon qui l'attirait au fond du gouffre, le porte vers la rive. Il reconnaît que toute condition est favorable au salut ; sans doute la souffrance, la pauvreté, sont les meilleures, mais les biens, les honneurs, les affections n'y mettent point obstacle,

si on les possède a non comme un fief du péché, mais comme un fief de la grâce relevant de Dieu. » Le bonheur, le malheur sont la main droite et la main gauche de Thomme ; il tend les deux au Christ, afin d'être élevé au-dessus de soi-même et de ce qui passe jusqu'aux pieds divins cloués à la croix \

Là, au début de la Voie, la Providence réunit ceux qu'elle a tirés dé l'abîme, et pour en faire de vrais serviteurs de Dieu, elle les initie à rincarnation du Verbe. Le don ineffable, fruit d'un amour incompréhensible à la raison, révèle le Donateur qui seul existe par lui-môme, qui seul donne et conserve tout, en qui on aime tout.

Conscient de son néant, par cette première connaissance que rhuraanité du Verbe lui donne de la divinité, Thomme conçoitqu'il ne peut s'enorgueillir de rien, qu'il ne peut rien aimer en égoïste, sans être ingrat. Il condamne les instincts qu'en lui i^ trouve révoltés contre la raison ; son libre arbitre scrute les mouvements du cœur, et gouverne la sensualité ; car la raison doit ouvrir l'âme aux lumières de la Foi, sans quoi on ne peut entrer dans cette communication avec Dieu qui, devenue intime, sera la béatitude céleste.

Les premiers rapports avec Dieu font comprendre

!• Dial. IV, XIV, XXXI, XXXV, XXXVIII, XL, XCV, XLVI, XLVIII, XLIX. LÏI, LXXXVIII, CXXXII, CXXXV, CXLV, CLXVI. — Or. XVI, XVII, XIX, XX. - Lett. 3, 13, 14, 25, 33, 38, 69, 74, 82, 89, 96, 210, 112, 120, 122, 128, 130, 142, 148, 151, 165, 184, 137, 189, 194, 197, 213, 214. 217. 223, 224, 232, 235, 236, 238, 244, 245, 247, 250, 256, 250, 262, 264, 267, 272, 276, 287,292, 296 299, 515, 332, 372,

à rhomme les droits de la justice divine, Tétemel châtiment, l'éternel salaire, et sa volonté libre, cette faculté inaliénable plus forte que tout ce qui existe au monde, consent à accomplir la volonté de Dieu : toujours elle en est capable. Contemplant la beauté divine sans voir sa misère, la créature se serait enorgueillie, se regardant en dehors de Dieu, elle se serait désespérée * ; la double connaissance qui éclaire la vie humaine devait être simultanée. Grâce à cette connaissance, la créature indigente, celle qni n'est pas, se tourne vers le Créateur qui est et donne tout. Elle se recueille, elle discipline son être dans le travail, un lien se forme par Toraison * entre elle et son Seigneur ; progressivement elle reçoit la brûlante lumière divine, qui la purifie et Téclaire à la fois; des larmes de contrition coulent sur ses péchés, des larmes de désir appellent le Christ. Aux pieds du Rédempteur la conscience étroite, déréglée, inintelligente de la créature devient libérale, droite, intelligente ; quand le souvenir de ses péchés l'agite, ne comptant point sur sa propre force, elle ne s'effraie pas ; la mesure de sa misère lui apparaît noyée dans Tinfinie mesure du sang rédempteur, ses scrupules s'effacent, elle s'humilie, et Thumilité la rapproche de la croix. La Providence peut alors rompre les liens qui

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