Cf. Pascal. Pensées, xxii, 5, éd. Havet
2. Cf. ch. II, p. 39. En lisant la prière XIX, les ch. LXV et CIX du Dialogue et les lettres 22, 26, 67, 71, 81, 84, 94, 154, 186, 194, 203, 513, 268, et 318, il est facile de voir que ce que Catherine dit de Toraison s'appuie sur des textes de l'apôtre saint Pauh
attachent les serviteurs de Dieu aux choses, à la partie sensible de leur propre être, aux affections purement humaines, et leur prouver que les richesses, la puissance, les amours, sujettes à s'évanouir, à changer, sont pauvreté. On ne les possède que si on les méprise, sans quoi on en est possédé ; car la seule puissance vraie est celle qu*on exerce sur soi-même, la seule noblesse vraie est celle de la vertu, la seule sécurité réelle est celle qu'on trouve en la Providence, et le seul bien dont on est le maître, est lu grâce, source intarissable de tout amour vrai.
Ainsi préparés, les serviteurs de Dieu permettent à la Providence de les initier à la pauvreté volontaire, humble, confiante : « Je ne prive de fragiles hochets, qu'afin de donner des biens éternels, dit cette Providence, et jamais je ne laisse manquer du nécessaire ceux qui se confient à moi!» S^abandonnantà Dieu, ses serviteurs lui remettent le soin des conditions extérieures où s^écoulera leur existence ; ils usent de ce qu^ils possèdent, selon leur rang, avec une largeur exempte de toute vanité. Le don divin de l'Espérance pousse alors ces êtres à s'attacher au Christ crucifié, et ce don devient en eux une vertu. Pour se rapprocher du souverain Bien, on entre en lutte avec le monde, le démon, les instincts pervers de la chair. La reconnaissance envers le Dieu dont on tient tout, môme la vertu qui prouve l'amour, enracine dans l'humilité par laquelle se brisent les attaches coupables ou vaines ; elle cause la patience qui révèle tout particulièrement en Tâme la présence du Seigneur Jésus, elle cause la force, la
persévérance, la « discrétion, » vertu absolument nikîe»saîro au salut, car celte vertu « n'est autre chose que la connaissance de soi*mème et de Dieu. »
Les sacrements excitent et soutiennent Teifort des serviteurs du Christ, Déjà le Baptême les a lavés de la Uicbe originelle, la Pénitence les purifie, rSucharistie les nourrit. Aux uns l'Ordre confère le plus haut honneur qui soit sur la terre, la vue la plus nette de la vérité qui mène à lamour^ et des grâces aunleasus de toute conception. Aux autres le Mariage, %ure de Tunion des deux natures dans le Christ, permet de vivre chrétiennement en transmettant Tétre, bien inestimable, et digne de rendre à jamais Tenfant débiteur des parents; puis le Mariage forme les rapporta de la famille, il prépare le père et la mère à instruire par l'exemple aussi bien que par Tautorité ; il les porte à préférer, pour les enfants que Dieu leur prête, la vie de Tânie à celle du corps ;il leur enseigne à se sacrifier sans murmure, si Dieu appelle ces enfants au cloître ou au paradis ^
Ne pouvant être directement utile à Dieu, la vertu de ses serviteurs s'affirme par des actes de compassion envers le prochain ; ils prouvent leur soumission à la paternité divine en servant leurs frères : ils
1. Durant as mort mystique, la Sainte avait vu les châtiments des époux qui ne respectent point la sainteté du mariage ; après la mort de son père, il lui était révélé [B. Raym. II, 7] que la fidélité dnteryitear de Dieu à ce sacrement militait en sa faveur devant l'éternelle Justice, et Catherine revient sans cesse sur ce sujet dans ses lettres de direction : viverà corne uomo, e non corne aiiîiiKfié,écrit-eUe. Cf. Lett. 48, 85,116, 193, 197, 207,224, 244, 263, 258, 299, 372.
pardonnent à qui les offense, sentiment magnanime sans lequel on ne peut se sauver et que même le monde admire. Jamais ils ne s'arrogent le droit de juger; ils abritent le pécheur sous leur compassion, non seulement devant les hommes, mais devant Dieu ; ils ne mesurent point à leur propre mesure les actes des justes, dont la diversité leur fait comprendre la grandeur divine. Ils pleurent avec ceux qui sont dans les larmes du péché mortel et les aident de leurs prières ; pourtant ils fuient la conversation des méchants, sachant bien que près d'eux la conscience s'émousse et la charité se perd. Ils se réjouissent avec ceux qui sont dans la joie véritable, avec les vrais serviteurs du Christ; par cet entretien ils arrivent à concevoir la soif que le Seigneur et ses saints ont des âmes, et librement, purement, affectueusement, ils élèvent leur propre âme vers Jésus ; « faire une petite chose pour le Christ crucifié ne leur paraît plus malaisé ; 3> enfin ils comprennent que la Voie droite de la crainte du Seigneur conduit à lui par la souffrance.
Permise de Dieu pour la sanctification et le salut de Thomme, la souffrance est un mystère d'amour que l'âme doit pénétrer. Ce mystère marque l'entrée de la Voie droite, et souvent les ignorants, les négligents, les orgueilleux ne la trouvent que par lui. Dans la douleur, Fâme discerne peu à peu une grâce d'amour. D'abord elle la reçoit avec respect ; puis se reconnaissant indigne de paix et (Je repos d'esprit, elle veut la peine pour dominer ses sens et les punir de leurs écarts, elle remercie Dieu de la délivrer de ce qu'elle hait dans son propre être, et
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non contente de subir le châtiment^ elle s*en fait Tauxiliaire. Par la veille, le jeûne, la discipline, elle ôte à son corps, qui peut devenir son pire ennemi, tout appétit mauvais; cependant, s'il est malade, elle le soigne, car il est son instrument pour procurer l'honneur de Dieu et le salut des âmes, avant qu'il contemple la chair de l'homme élevée au-dessus des chœurs angéliques par Tuniôn à la nature divine en Jésus-Christ,
Reconnaissant d'être appelé à marcher, malgré son indignité, dans la voie où marchait le Maître, le pénitent porte, ou plutôt le Christ son chef porte avec lui, le fardeau que la Providence mesure aux forces. Sût-il seulement répéter : « Jésus ! je me confie en vous ! » ce pénitent ne cède ni à l'ennui, ni à la tristesse du cœur. En souffrant il oublie, il mérite, il expie, il espère ; l'infirmité du corps lui acquiert la santé de l'âme. Aux pieds du Christ déjà il voit, déjà il touche Dieu ; le sacrifice ne lui semble plus le tribut levé par un tout-puissant Seigneur sur des sujets coupables, mais la mesure d'amour de la divine Providence. Dieu demande à l'homme ses richesses périssables, ses égoïstes amours, pour que les biens éternels et l'infini amour trouvent une place. Sur la Voie que le Christ lui fait pour la conduire au repos, l'âme se repose tout en marchant*.
1. Dial. IX, LVI, LXI, LXXVII, LXXX, C, CXIII, CXXXI, CXXXIX, CXL, CXLIV, CXLIX, OLI. — Or. I, VII, VIII, XX, XXI. — Lett. 2, 3, 4, 6, 6, 11, 13, 16, 21, 25, 26, 27, 28, 29, 32, 34, 36, 37, 38, 39, 40, 43, 44, 47, 48, 55, 60, 63, 64, 68. 15, 82, 85, 87, 88, 90, 05, 97, 101, 104,
Si le seul mobile qui pousse danslaVoie vers Dieu était lacrainte, le regard que la Vérité attire, le désir que la Vie appelle, seraient arrêtés ; le service rendu au Maître resterait un service de mercenaire indigne d'être offert au cœur divin, sur lequel le Rédempteur veut la créature comme une amie.
Consumé par un amour si grand qu'il souffrit plus do la perdition de Judas que de sa trahison, brisé après avoir éprouvé^ avec une intensité unique, les douleurs humaines et la plus cruelle^ celle de se sentir abandonné de Dieu, le cœur du Christ répand les dernières gouttes du sang divin et donne tout en rendant la grâce. Baptême visible accordé à la race humaine, ce sang reforme l'image du Créateur, la créature que le péché déforma. Un seul boaime eût-il commis tous les péchés de rhumanité, le sang divin rendrait à cet homme la nobiesee de sa nature, lui prêterait la force de la divinité et lui permettrait de voir, de refléter, de posséder Tétcrnelle vérité, d'en suivre Taction au fond de son propi'e être.
La plaie ouverte en l'âme du Christ parle péché des hommes eten son.corpspar la laaee, reste béante, après avoir fait couler le sang rédempteur sur ht Voie rétablie entre la terre et le ciel, afin que la flamme de la charitédivineédateaudehorsetmontre
113, 114, 116, 119, 122, 123. 124, 128, 136, 145,149, 151, 152, 154, 159, 165, 167, 169, 170, 171, 174, 178, 181, 183, 189, 190, 193, 203, 264, 210,211. 212, 213,221,284, 2U, Zm, 247, 253, 256, 257, 258, 259, 262, 263, 2«>4, 265, 266, 267» 2»^ 272, 276, 287, 294, 2»7, 298, 299^315, 332, 3S4,U36, 387, aïO, 342, 343, S45, 346, 349, 352, 364, M6,S67, 354, 361, 362» 36^, 367, 369.
que si, en tant qu^homme, le Sauveur ne peut donner davantage, la divinité fait porter à sa souffrance des fruits infinis. La plaie ouverte révèle l'invisible secret du Père qui est aux cieux. Par rapport àThomme, ce secret de Téternelle Vérité, c'est que Dieu a créé la créature raisonnable pour la sanctifier * et lui donner la vie de son Créateur ; c'est que Dieu a détruit l'obstacle que le péché d'Adam apportait à la volonté divine, en faisant descendre icibas le Verbe Eternel, facteur de toutes choses ; ce secret de l'éternelle Vérité, c'est que le sang du Verbe incamé rend à Thomme déchu Taccès des joies célestes, et manifeste le mystère du cœur divin, Tamour. Visible en ce foyer, la Vérité dévoile à l'homme que son opération finie devient infinie par l'action de la charité ; elle lui montre que s'il le veut, il peut se rapprocher de Dieu ; aussi, appuyée sur la volonté divine, la volonté des amis du Christ qui, à ses pieds, abandonne les créatures, abandonne sur son cœur toute exigence dans l'amour et éprouve que faire la volonté de Dieu, c^est là toute la perfection. Rapprochée du cœur de Jésus, l'oraison renouvelle la vie ; si la souffrance sensible arrache encore quelques larmes égoïstes, on les désavoue, on souhaite ne pleurer que l'offense faite à Dieu, le péril des âmes, et bientôt les larmes ne sont pas sans joie.
Ce que la Providence laisse deviner, lorsque docile on sort du monde sensible, elle le fait voir