‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 209 sur 282 · Ad Rom. viir · texte numérisé non relu

Ad Rom. viir

tionducœur ». Conceptions importunes, désirs lassants, la dominent et la paralysent ; puis d'une douleur profonde elle passe à des joies ineffables, et comme la volonté reste étrangère à de telles alternatives, il lui faut reconnaître qu'elle ne possède rien, pas môme sa vertu. La Foi lui démontre qu'elle doit à Dieu, avec l'être, ce qui s'appuie sur cet être et môme la faculté d*aimer. Aussitôt tout en elle est réglé par Tobéissance prompte, persévérante jusqu'à la mort; selon la mesure de cette obéissance, elle participe à la force du Père céleste, au point que la nature inanimée et animée donne parfois d'éclatants témoignages de soumission à cette obéissante. La vertu de Tépouse n'est plus seulement FeAFort vers le bien, c'est encore l'acceptation de ce qui paralyse l'activité oîi l'on trouve sa propre satisfaction. Aux heures d'infirmité, le tentateur murmure : « Si tu étais guérie, tu pourrais faire beaucoup de bonnes actions ! » Mais l'épouse répond qu'elle cherche la vertu plus haut que dans l'exercice libre de sa volonté ; elle sait qu'aucune pénitence, qu'aucune œuvre de zèle, ne vaut l'abandon de soi ; elle sait que la vie du Christ lui manquera toujours en proportion de ce qu'elle se réserve de vie propre ; elle sait qu'elle verra Dieu éternellement dans la proportion où durant le temps elle l'aura goûté par lamour qui renferme toute vertu.

Aimer c'est vivre, la vie c'est Dieu ; dans l'éternité on vivra de lui, dans le temps on vit de ses dons. Seules les âmes unies à Dieu savent ce qu'est le pur amour ; leur large et joyeuse charité prouve leur vertu et les rend avides de s'immoler:

elles veulent sacrifier leur vie mortelle à celui qui est leur étemelle vie, elles réclament la croix qui unit à Jésus-Christ. Si les créatures les persécutent, elles jettent sur leurs bourreaux des charbons tellement enflammés de charité, que la colère se dissipe au feu de Tamour. Membres du corps dont le Christ est le chef, elles deviennent, grâce au sang rédempteur, des médiatrices entre la créature péchef esse et le Juge divin. Estimant avec saint Paul * que les douleurs de cette vie ne sont point à comparer avec la gloire future qui les rémunère, ces âmes désirent souffrir, d'un désir plus grand que toute possibilité de souffrance. Unie à la vie du Verbe, leur vie déborde au-dessus de la mesure humaine. « Epoux de vie, » le Christ les fait monter par son humanité jusqu'à son Père, auquel sur la croix il les remit *.

Quelle est la pénitence des parfaits? c'est porter avec patience la vie terrestre quand leur ardeur à laquelle le corps résiste, est tournée vers la mort. « MouraDtde ne pouvoir mourir', » le regard attiré par les premières splendeurs de la vision qu'ils con-

Page 1