‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 214 sur 282 · Cf. ch. xiir, p · texte numérisé non relu

Cf. ch. xiir, p

2. Pères de Técole philosophique spécnlativô alIemaDde. Le B. P. Denifle, dans les notes des Deutsche Schriften, I(pa88im), démontre que des textes altérés et de mauvaises leçons ont souvent donné lieu À d'injustes accusations contre Eckhart. Cf, Pfeifler. DentscbeMystikerdesXIVtoD Jahrhnaderts. Leipzig. 1846. I, IL Einleitung, IX.

croix; le gouvernail, l'obéissance; les voiles, la charité que le souffle du désir, secondé par Tinspiration de l'Esprit-Saint, pousse vers le port. Ici le pilote est saint Benoit, là saint François, au loin d'autres encore. La nacelle des Frères Prêcheurs est guidée par l'apôtre Dominique, continuateur de l'œuvre du Verbe, qui à son exemple luît dans les ténèbres, répand la lumière et dissipe l'erreur. Par trois cordages le bateau oriente sa marche. La corde de la pauvreté le fait démarrer; si cette corde semble moins apparente que sur la nacelle franciscaine, c'est que tout entière elle reste aux mains de la Providence. Songer à des biens terrestres, même pour y renoncer, détournerait l'intelligence de Dieu, son objet unique ; s'en occuper, même pour les écarter, distrairait de l'apostolat. La corde de la chasteté permet de jeter l'ancre au cœur même de Jésus, sans s'arrêter dans l'ombre que les sens projettent en rintelligence. Pareille à un rayon lumineux, vivifiant, la corde de l'obéissance, liée à la volonté du Père céleste, tire à Lui hors des obscurités de l'orgueil humain. La barque dominicaine a pour pavillon la Vérité ! elle est munie de tous les biens spirituels et même de biens temporels*. A bord, Tair court librement, on l'aspire largement, l'atmosphère est joyeuse, odoriférante, le fanal brille entre tous et fait courir ses feux sur les flots

1. Sans cesse CatLeriae rappelle ans Ordres religieux qae la ?rovideDce n'a jamais laissé manquer du nécessaire ceux qui observent le vœu de pauvreté, et elle montre la diminution des attentions providentielles pour les religieux qui possèdent en commun et surtout en particulier. Cf. p. 464.

noirs. Il s'allume aux lumières de la science divine qui porta saint Dominique à construire son esquif. A cette lumière, pilote et équipage se dévouent pour rhonneur de Dieu, le salut des âmes. Ainsi que le Verbe a reçu son enveloppe terrestre de la très sainte Vierge, les nouveaux Verbes du Christ, apôtres de la vérité, ont reçu leur habit blanc de Marie, qui « seule extirpe toutes les hérésies *. » Marie est le livre ouvert où Tadorable Trinité a gravé la discipline qu'on observe sur la barque dominicaine : la règle du Verbe Incarné Apôtre jusqu'à la mort ! Tous abord ne lobservent pas encore parfaitement, mais la Vérité affranchit vite du péché en cet Ordre royal, tout dilaté par TEspérance joyeuse qu'engendre TAmour, et destiné à illuminer le monde des splendeurs de la Foi. En glissant, l'esquif, sur lequel saint Paul semble ressusciter, fait apparaître ses gloires. On aperçoit Dominique : martyr par le désir, il a reçu aux clartés de l'amour, sans lesquelles l'intelligence n'est point lumineuse, le don de science qui lui fut, en son temps, accordé à un degré unique; on aperçoit Thomas d'Aquin, éclairé plus encore par l'oraison que par l'étude, et appelé comme un autre Jean à lire sur le cœur du Christ la vérité cachée dans l'Ecriture ; on aperçoit Pierre vierge et martyr : avec tout son sang il laisse échap-

1 . La très sainte Vierge exerce cette action sur les hommes commeprincipe de la Rédemption et de ce qai s'y rattache ; les créatures appelées k participer à son œuvre sont ses servantes spéciales; aassi dans une vision célèbre saint Dominique contempla son Ordre sous le manteau de la Vierge Mère.

per de son cœur des flammes d'ardente charité.

Et la barque lumineuse de saint Dominique s'illuminait de nouvelles clartés * à mesure que sa fille la décrivait. Cette inspirée, disaient les Prêcheurs, ajoute le rayon de sa splendide intelligence à tant de rayons que le divin foyer répand par Dominique et ses enfants; avec saint Paul, « elle sait le Christ crucifié ; » ce Christ, qu^elle met aux mains apostoliques de ses Frères, est celui qui, du haut de la croix où il prêche la Vérité, attire tout à Lui et dit : € Je me suis abaissé à Thumiliation de la mort sur la croix afin d*élever vos cœurs à l'amour incréé *. » Par ce Christ, Catherine n'a point goûté et vu tous les secrets divins, ses sentiments, assuret-clle, sont trop grossiers pour qu'elle puisse s'élever au troisième ciel, mais elle a contemplé l'un des secrets de Dieu : Tinfinie Providence. Ecrivant sur cette Providence, elle le fait avec une puissance unique ; le lecteur de son livre se sent aimé, protégé de Dieu à un degré dont il n'avait nulle idée; et il est amené à aimer, à se donner, et à se donner joyeusement, car être aimé rend joyeux !

Le Christ qui s'était manifesté à saint Paul prenait donc devant le regard de Catherine une expression particulière, etde même que laforme extérieure donnée au divin Crucifié par les peintres et les sculpteurs de rOrdre révèle dès le premier aspect l'artiste dominicain, Catherine, en sa conception du Verbe mé-

1. La visiondela barqne est racontée au chapitre CLVIII da Dialogue, les détails que noas ajoutons se trouvent Dial. XCVf» CLV[I, CLXIII. Or. VIII. - Lett 35, 77, 252, 333.

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