‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 228 sur 282 · Cf. S. Teresa. Goncaptos del amor de Dios · texte numérisé non relu

Cf. S. Teresa. Goncaptos del amor de Dios

2. Ces 7 Brefs sont conservés dans les ArchiTes Dominicaines. 3 Lett. 323.

assurait-il, lui avait donné plus que la vio, car elle Tenfantait sans cesse à la grâce dans les douleurs et les larmes. La Sainte bénit son confesseur. « Le signe de la croix vous protégera, dit-elle ; mais dans cette vie vous ne reverrez plus votre m^re. »

Après une longue séparation, Catherine et Raymond s'étaient retrouvés durant quinze jours ; puis le Christ écartait le dernier intermédiaire entre la Sainte et lui. On se dit adieu. Montés sur le vaisseau qui allait les emporter vers la France, les voyageurs regardaient le rivage, où était restée Catherine. Tout à coup elle s'agenouilla, les yeux baignés de larmes, et fit sur la mer un dernier signe de croix. Le cœur du P. Raymond se serra : « Je sentais, dit-il, qu'en ce monde je ne recevrais plus sa bénédiction. »

Cette bénédiction, qui défendit les religieux contre les pirates, ne put les rassurer contre les embûches que leur tendirent les Clémentins,

Dès sa première étape, à Pise, le P. Raymond avait reçu de Catherine une lettre où elle l'exhortait à proclamer la vérité, au péril de sa vie, et cependant, arrivé à Vintimille, le timide apôtre croyait ne point pouvoir passer une frontière bien gardée ; il retournait à Gènes, avouant sa joie d'échapper auxpérils. CommentUamour maternelde la Sainte, froissé dans ses légitimes espérances, n'eûtil pas exprimé son chagrin? « La peur a poussé l'abbé de Saint-Antime à trahir son devoir, écritelle au P. Raymond, et une dure prison Ten châtie. Voilà comment sont traités les cœurs pusillanimes ; vous n'êtes point digne de vous trouver sur le

champ de bataille, on vous en chasse comme un enfant el vous fuyez, joyeux que Dieu ail eu compassion de votre infirmité ! Si vous ne pouviez pas marcher, il fallait aller à quatre pattes; si vous ne pouviez pas arriver comme frère, il fallait arriver comme pèlerin. Si vous n'avez pas d'argent, mendiez. L'Antéchrist et ses membres, m'écrivez-vous, vous recherchent afin de s'emparer de votre personne : n*ayez aucune crainte, vous n'êtes point digne du martyre. Puisque vous êtes un homme quand il s'agit de promettre, ne soyez pas une femme lorsqu'on vient au fait. »

Raymond accusa la Sainte de le mesurer à sa propre mesure, et trembla d'avoir perdu son amitié ; elle le rassura, lui prouva avec une humilité sincère, « qu'elle i'^imait comme elle s'aimait elle-mômo,^ qu'à tous deux le Seigneur donnerait ce qui leur manquait. » Se souvint -il alors qu'Etienne Maconi, saisi par des brigands de laMaremme,n'avait eu qu'à prononcer le nom de Catherine pour être relâché ? Rougit-il de s'être encore guidé aux seuls conseils de la prudence humaine ? On ne sait, car l'heure d'agir était passée. Quand de Gênes il demanda des instructions au pape, il lui fut ordonné de rester où il se trouvait, et de prêcher contre le schisme.

CependantCatherine, inquiète del'isolement d'Urbain VI, et désireuse de la réforme du clergé, rappelait au pape les avis qu'elle lui avait donnés Tannée précédente, et elle obtenait de lui qu'ilpubliât une Bulle * par laquelle, en réclamant les prières de

1 Le 13 décembre 1378.

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TEglisc militante, il appelait beaucoup de saints personnages à Rome. Le choix de ces personnages semblait dicté par la servante de Dieu. Urbain VI la pria de leur écrire, d'écrire à d'autres encore, jusqu'à ce que la cour pontificale réunît les lumières de tous les Ordres, les vertus de tous les pays. Aidée de ses compagnes et du seul Barduccio, car Néri luttait contre une dangereuse maladie, Catherine adressa des messages dans toute Tltalie . Elle répétait qu'Urbain VI était le vrai pape devant Dieu et devant les hommes, qu'il fallait le soutenir, fût-ce au prix de la vie, que d'incessantes prières devaient monter vers le ciel à son intention. Son nom serait sur les lèvres de toutes les cloîtrées, de toutes les Tertiaires dominicaines. Quiconque pouvait lui ùtve ■utile était tenu d'accourir à Rome. Des. premiers, Maconi quitterait Sienne et ses affaires de famille; Frère Saintsortirait deson ermitage ; Dom Pierre de Milan, le Prieur de la Gorgone et d'autres Chartreux viendraient protester contre la défection du Général de l'Ordre, qui, malgré son respect pour Catherine, était passé au parti de l'antipape. Impatiemment, elle attendait des Umiliati, des religieux de Vallombrosa, des Ermites de Saint-Augustin, des solitaires de Spolète amis de la bienheureuse Brigitte, des Tertiaires, en particulier la Prieure d'Orvieto, Daniella, confidente de la Sainte, et dont la vie pénitente faisait présager la gloire future ' .

1. Lett. 65,213, 308, 316, 323, 327, 330, 333, 336, 340, 365. Le P. Cafftirini assure que Daniella Ht des miracles après sa mort.

La cour d'Urbain VI, bien différente de celle de Clément VII, toute mondaine par le luxe et les divertissements, n'offre d'autres délices que les délices de la croix, auxquelles la Sainte convie ses amis. Ils combattront, comme sur un champ de bataille, en faveur de la vérité, sans autre récompense que des fatigues bénies de Dieu. « Si l'on n'atteint point le but, dit cette femme douée d^esprit prophétique, on frayera du moins la voie qui y conduit. »

Attirés par ces promesses, prêts à entourer le pape abandonné des mercenaires, des ambitieux et des timides, la plupart des fidèles de Catherine arrivèrent à Rome aussi vite que le leur permettaient Tâge, les infirmités et les travaux commencés. H y eut pourtant dans leurs rangs une désertion qui surprit la Dominicaine. Son bachelier^ le savant Guillaume deFlete, retenu par quelque étroit scrupule, n'osa pas quitter la solitude où il avait promis de vivre et de mourir. En vain la servante de Dieu lui fit demander par leur commun ami Antoine de Nice, s'il croyait que le Dieu infini habitait seulement les forêts de Lecceto et ne se trouvait pas à Rome. En vain la contemplative lui prouva la stérilité de la contemplation pure. La douce ironie de Catherine sur Thumble simplicité du moine qui résiste au pape et ne veut pas soumettre sa volonté, échouèrent aussi. Guillaume de Flete ne vint pas. Sa science lui présentait quelque difficulté et Paveuglait sur son devoir, tandis que ses frères spirituels, plus détachés d'eux-mêmes et mieux convaincus de leur propre néant, n'eurent pas de

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peine à marcher dans la voie de Tobéissance *.

Largement hospitalière, comme le sont les êtres accoutumés à recevoir tout de la Providence, Catherine, après avoir appelé à Rome les fidèles serviteurs de TEglise, ne leur fermait point sa porte, et souvent quarante personnes étaient réunies autour d'elle. Au cours de l'été, elle dut môme quitter sa maison devenue trop petite, et aller habiter Via di Papa, entre la merveilleuse église ogivale bâtie sur le temple de Minerve parles Frères Prêcheurs, et le Campo di Fiore *.

Ce qu'on mangeait venait de l'aumône, mais encore fallait-il provoquer et administrer les générosités providentielles. Aussi Catherine chargeait-elle ses compagnes des travaux du ménage, auxquels elle prenait part. Chaque semaine, une des Tertiaires devait pourvoir à la table, tandis que les autres visitaient les lieux saints ; si Ton manquait de tout, on suivait l'exemple de saint Dominique : Catherine ^e mettait en prières, et tantôt arrivaient des dons inattendus, tantôt quelques restes de pain, se multipliant à Tinfini, rassasiaient non seulement les hôtes de la Sainte, mais tous les pauvres du quartier '.

l.Lett. 322,326, 327,328.

2. LaLeggendeHaggiore(II, 11) ne parle que de la première habitation de Catherine, où elle resta jusqu'en juin 1379. Mais la Leggenda Minore (II, 11) indique clairement cette seconde maison. Elle fut plus tard convertie en une chapelle, située 44, via Sta Chiara. Le plafond seul est du xiv^ siècle ; les murs de la cellule de la Sainte ont été transportés à la sacristie de la Minerve.

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