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ronde dédiée à la martyre d'Alexandrie, sainte Catherine délia Rota, comme l'appellent les Italiens, étaient situées les piscines dans lesquelles coulait la source* Catherine désira ne se baigner qu'après le départ de tout le monde, et afin de crucifier sa chair, elle se plaça chaque jour près de la prise d'eau bouillante. La pensée des peines du purgatoire et de Tenfer la portait à cette cruelle pénitence qu'elle priait Dieu d'accepter comme, expiation de ses péchés ; en retour le Seigneur lui révélait * le fruit de cette souffrance volontaire. Lapa sut bientôt ^ la manière dont sa fille usait des eaux et la ramena à Sienne, s'avouant qu'elle n avait rien gagné.
Il semblait même que le voyage eût hâté une crise désormais inévitable. Catherine, qui plusieurs fois déjà avait sollicité l'autorisation de prendre rhabit du Tiers-Ordre, réclama cette faveur avec des instances qu'on ne put repousser. Lapa aurait voulu trouver d'autres délais, non par esprit de révolte envers la Providence, mais par manque (le courage. Bien qu'élevée dans les doctrines et fidèle aux pratiques de la foi chrétienne, elle jugeait les biens du ciel et ceux de la terre d'un jugement tout humain : or, si la règle du Tiers-Ordre n'obligeait pas aux trois vœux de religion et n'éloignait pas Catherine du toit des Benincasa, elle lui donnait, avec une famille spirituelle, des auxiliaires pour résister au mariage. Voir Catherine passer sa
1. La révélation divine est la manifestation de ce qui dépasse ootre connaissance ordinaire.
jeunesse sans autre époux que Jésus-Christ, sans autre maternité que la génération des âmes pojir la vie éternelle, était au-dessus des forces de Lapa. Il lui fallut pourtant aller chez les Sœurs de la Pénitence, nommées par les Siennois MarUellcUe à cause de leur cape noire. Avec le secret espoir de n'être point exaucée, Lapa leur demanda pour sa fiUc rhabit de saint Dominique.
Ces pfeuses femmes connaissaient Catherine par le témoignage de sa tante \ qui depuis longtemps faisait partie de leur Fraternité. Elles eussent reçu la jeune fille avec joie si elles avaient vécu en communauté * ; mais elles rappelèrent à Lapa que. fidèles à la règle primitive de saint Dominique, elles restaient dans le monde, « et se faisaient
1. Agnès Benincasa, qui avait épousé Chele di Duccio. Son portrait fut peint à fresque sur les murs du couvent des Dominicains avec cette inscription : Beata Agne$ Beninccua.
2. Ainsi que nous l'avons dit (p. 26), les Tertiaires qui désiraient ne point rester sans défense au milieu d*uue société troublée par d'incessantes guerres ou qui voulaient ajouter les trois grands vœux À la pratique de la Règle se mirent en communauté. C'était un terme moyen entre Taustérité du second Ordre et la douceur du troisième. Dès le xiiie siècle l'Italie vit s'élever de couvents de Tertiaires. De nos jours cette branche de la famille dominicaine est florissante sur toute la surface de la terre et se donne à chacune des œuvres de zèle pratiquées par Catherine, y compris le soin des lépreux. En France, elle rend de grands services dans les refuges, les hôpitaux et les écoles. D y a aussi parmi nous un Tiers- Ordre régulier d*hommes fondé par le P. Lacordaire pour l'éducation des jeunes gens ; le collège d'Arcueil, les écoles préparatoires de Lacordaire et de Laplaoe, sont connus à Paris, non moine que les collèges de Sorrèze, d*Arcachon et d'OuUins dans le midi de la France ; les fonda* tiens de ce Tiers-Ordre enseignant s'étendent jusqu'en Amérique.
dans quelque réduit de la maison paternelle ou conjugale un sanctuaire mystérieux, plein de TEpoux invisible qu^elles aimaient uniquement ^ » Aucune promesse incompatible avec les devoirs de tilles, d'épouses ou de mères, ne les liait ; elles ne subissaient d'autre autorité que celle de leur Prieure, d'autre contrôle que celui du Frère Prêcheur chargé de maintenir l'observance de la règle. Dans ces conditions, pouvait-on donner Thabit' à une enfant de quinze ans ? Les Sœurs ne le croyaient pas, et Lapa fut facilement de leur avis.
Pourtant Catherine, loin de se décourager, renouvelait sa requête, quand elle tomba dangereusement malade de la petite vérole. Inquiète, émue, Lapa ne quitta plus le chevet de son enfant. La mort semblait venir. Commentlui disputer sa proie? « Ma douce mère, dit une nuit Catherine, si vous voulez que je guérisse, il faut que j'aie l'habit des Sœurs ; si je n'ai cet habit. Dieu et saint Dominique qui m'ont appelée à leur service feront tant que vous ne m'aurez ni revêtue de celui-là, ni revêtue d'aucun autre. » Etait-ce une prophétie ? Lapa le craignit, et, dès le lever du soleil, elle courut à l'église Saint-Dominique afin d'attendre