‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 236 sur 282 · Bbllanti, » ON. Di s. Gaterrca · texte numérisé non relu

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Catherine renouvelle à Dieu le sacrifice de sa vie. — Vision, le dimanche de la Sexagésime. — La Sainte Sauve Urbain VI de la mort. — Lettres à Jeanne I*^ et à Charles de Duras. — Derniers avis de Catherine. — Elle adresse son testament à Raymond de Capoue. — Ce qu*elle pensait d'elle-même. — Son agonie. — Elle remet son âme à Dieu.

Avec toute Tardeur de sa nature et la pl^l'milude de sa charité, Catherine, depuis sept ans, offrait sa vie pour TEglise. Ses disciples trouvèrent cependant à sa prière accoutumée une expression plus vive, plus intense, au début de Tannée 1380, en ce jour de la Circoncision où, pour la première fois, coula le sang de Jésus. C'est qu'un cardinal dominicain venait de solliciter la prière de l'humble Tertiaire et que, lui obéissant, elle parlait à Dieu au nom de tout son Ordre : « Donnez aux chrétiens

la pureté de la Foi, disait la Sainte ; prouvez-leur qu'Urbain est le vrai pape, éclairez les ennemis de votre Vicaire ! qu'ils se convertissent et que le souverain pontife les reçoive avec charité ! Vous Pavez doué d'un cœur énergique, ajoutez à ce don de nature la lumière surnaturelle qui seule préserve de Torgueil. Trinité sainte, je vous offre ma vie pour la réforme de l'Eglise, hâtez-vous de Taccepter * ! »

Sans doute, par une miséricorde paternelle envers la Sainte et TOrdre dont elle ne séparait point son action, cette heure fut Theure de Dieu. Désormais le doux visage de" Catherine porta le sceau de la mort : tout son être parut dévoré par une flamme intérieure; l'haleine passait sur ses lèvres desséchées comme un souffle de feu et son activité, qu'aucun aliment ne soutenait plus, sembla participer à cette pleine vie du ciel où, par le repos en Dieu, Tâme entre dans une activité sans limites.

Le lieu habituel de son oraison pour l'Eglise était Saint-Pierre. La basilique de Constantin offrait à l'imagination une figure de l'Église au xiv* siècle : malgré son apparente beauté, elle laissait apercevoir des ruines. Les colonnes précieuses que lui avait léguées le temple de Salomon ne sou-

1. Or. XXII. In Roma il di délia Circoncmone del Nosiro Signore adistantia di N. cardinale delVOrdine dei Predicaiori. Il y avait à cette époque deux cardinaux dominicains, Nicolas Carracciolo et Philippe Geza, évêque de Tivoli ; il s'agit évidemment du premier, qui, après avoir été le disciple de la bienheureuse Brigitte de Suède, s'était mis en rapports avec Catherine.

tenaient plus qu'avec peine les poutres dorées arrachées aux sanctuaires du paganisme. Usées par les pas du pèlerin, les pierres tombales ellesmêmes perdaient la trace des inscriptions confiées à leur garde. Si l'on n'y veillait point, l'œuvre des hommes disparaîtrait. autour du Dieu étemel, vi- ^ vaut dans le tabemacle *.

Sous les voûtes, Catherine entendait résonner, avec des accents que nul langage humain ne saurait rendre, la plainte mystérieuse adressée par le Christ aux membres infidèles de son Eglise, à ce clergé qui, au lieu de la faire vivre, la déshonorait ou la persécutait, et toujours croissait en Catherine le désir de jeter sa vie dans les balances de la justice divine, pour les incliner vers la miséricorde. Un soir, le 29 janvier, durant les vêpres delaSexagésime, la Sainte, dont les regards suivaient peutêtre les contours des mosaïques de Giotto, où flotte la barque de Pierre, eut une vision : elle voyait l'Eglise tout entière portée sur cette barque, puis elle voyait encore le Maître prendre la barque, et lui en charger les épaules. Accablée par le poids mystérieux, elle s'évanouit.Les Tertiaires Tentourèrcnt, la ranimèrent et la ramenèrent chez elle, devant lautel de son oratoire. A la fois, elle se réjouissait de la cause de sa mort, et elleéprouvaitles affres de lagonie ; sa douleur de cœur était si vive que sa robe se déchira. «Jamais, disait-elle, je n'ai supporté pareille chose. » Le lendemain, vers le soir, elle en-

1. B. Gostagusi Architettura délia Basilica di S. Pietro inVaticano. KomaMDOLXXXIV. — Templi VaUcani Historia. P. Ph. Bouasseri. Romne, 1C96.

Ira dans son cabinet de travail* appuyée sur ses disciples ; il lui fallait écrire au souverain poxitife et à trois cardinaux '.

La lettre que Catherine dicta aussitôt à Barduccio pour le pape ne porte aucune marque d'affaiblissement d'esprit, ellç trace, au contraire, avec une lucidité merveilleuse la conduite qu'Urbjaindoit tenir pour se garder fidèle lavillede Rome, « têteet originp de notre foi. » Les hommes d'Etat, qui suivaient rhistoire de Rome depuis le premier séjour des papes à Avignon, et qui voyaient la ville, peu soucieuse du Sénateur nommé par le souverain pontife, se gouverner à son gré sous l'autorité de son préfet, de ses Bannerets, de ses Buoni Uomini et de tant d'autres magistrats aux noms divers, n'eussent pas donné de meilleurs conseils à Urbain VL Les Bannerets et certains des Buoni Uomini viendront à lui après une assemblée générale, où ils auront tranché un différend entre le pape et le préfet de Rome. Qu'Urbain VI soit humble, qu'il se souvienne du mal fait par la papauté à l'Italie sous le gouvernement des. légats, qu'il reçoive volontiers et aimablement les ambassadeurs, a Je vous en prie, très Saint-Père, écrivait Catherine, voyez-les souvent... attachez-les par le lien de l'amour. Vous devez savoir qu'il est dans la condition de vos fils romains, d'être attirés et retenus plus par la douceur que par la force et

1. Snppl. III, 1. — Sermo in reyerentiam B. Katerina de Sanis. 6 Fleta. [Bibliographie F. I.] — Latt. 344, 373.

2. Ou la S-iÎDte n'écrivit jamais aux trois Cardinaux, on les lettres ont été perdues.

Tâpreté des paroles ! Reconnaissez la nécessité pour vous et pour l'Eglise de. conserver ce peuple dans l'obéissance et le respect de Notre-Seigneur. Je vous en prie, soyez prudent, ne promettez que ce que vous pouvez pleinement accorder, afin qu'il ne s'ensuive ni dommage, ni honte, ni confusion!... Que votre fermeté soit éclairée, fondée sur la vérité ! Pardonnez-moi ces paroles. Votre humilité, votre bonté seront contentes qu'elles aient été proférées ; vous ne les aurez ni en aversion ni en dédain, parce qu'elles sortent de la bouche d'une très vile femme ; l'humble de cœur ne considère pas celui qui parle. Il voit seulement l'honneur de Dieu, la vérité, le salut. » Et après une recommandation en faveur de ses chers concitoyens, car Sienne lui était toujours présente, la Sainte ajoutait : Ne craignez pas! Dieu pourvoit à chaque chose et à tout! il gouverne la barque de l'Église, la barque de Votre Sainteté *.

Cette lettre, la dernière de la Sainte au pontife *, ne fut point étrangère à l'empire qu'Urbain VI prit sur la République du Capitole et jamais les magistratures civiles ne témoignèrent pareille soumission àunpape ^; mais les forces deCatherine s'épuisaient; dominée par ses souffrances, elle tomba violemment sur le sol. Aussitôt la terreur Tenvahit; elle subissait une sorte de contact avec les esprits de ténèbres: elle les chassait de l'empire qu'ils s'étaient longtemps arrogé dans l'Eglise et ils se vengeaient!

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