Lait
8AINTB CATHERIN B. 16
Le camérier du pape, Martin de Tarente, dut alors remettre au nouveau champion de l'Eglise une lettre de Catheriije. Le caractère du prince angevin n'était point fait pour inspirer coirfiance à la Sainte. Invoquant l'exemple de saint Louis, grand-oncle de Charles, elle prouva que pour être utile à la cause de TEglise, il faut la servir en chrétien. Si le prince veut vaincre les « menteurs et les idolâtres » qui, après avoir reconnu Urbain, se déclarent contre lui, il doit d'abord renoncer à la cupidité, aux voluptés honteuses et à la vaine gloire *. Une dernière fois la persévérante Apôtre se tourna vers Jeanne. « Connaissez votre néant, » écrivaitelle à la belle pécheresse dont l'âme, on le comprend à chaque parole, lui était absolument dévoilée ; « livrés à nous-mêmes, nous sommes corruption pure; notre vie, comme un instrument faux, jette des sons discordants dans l'harmonie divine ; notre être s'abaisse à celui de l'animal, incapable de connaître la vérité. Très chère Mère, la vérité doit se trouver dans la bouche des reines ; une reine doit être un Evangile vivant ! Vous perdez le fruit du sang de Jésus-Christ, en vous élevant contre la vérité, contre le pape Urbain. Si vous êtes indifférente à votre salut, considérez du moins les peuples qui TOUS sont confiés, ces sujets que longtemps vous avez gouvernés avec vigilance au sein d'une profonde paix. Maintenant c'est la guerre ; l'un porte
1. SigD68 de ralliement des Clémentins et des Urbanistes, dit-on sans preuves.
la rose blanche, l'autre la rouge*, et tout en diminuant votre puissance terrestre, vous prenez la responsabilité de la perte des âmes, v Rappelant la récente conversion de Jeanne, Catherine lui déclarait que 'sa faute était plus grave par la récidive ; puis après s'être humiliée de ses péchés devant la pécheresse, la jeune vierge ajoutait: « Retournez à votre père; Sa Sainteté vous accueillera avec bonté. Répondez à Dieu qui vous appelle, de crainte qu'à votre heure dernière il ne vous dise : — « Tu ne t'es point souvenue de moi dans la vie, je ne me souviendrai pas de toi dans la mort^. » Jeanne refusa de se soumettre, et le 21 avril Urbain VI l'excommunia.
Au cours de l'agonie de Catherine, sa vue prophétique discernait l'avenir prochain du royaume de Naples ; Urbain VI devait y donner libre carrière à ses penchants de nature et se souiller de cruautés sans mesure, tandis que Charles de Duras agirait non point en champion de l'Eglise, mais en despote sanguinaire. Sur la reine Jeanne le regard de Catherine s'abaissait avec compassion ; comme sept ans auparavant Brigitte de Suède, l'apôtre dominicaine, arrivée au seuil de la mort, réclamait de Dieu avec une particulière insistance l'âme de la reine Jeanne. Sans doute, quand Charles de Duras fit étrangler l'infortunée princesse, ce furent ces deux grandes samtes qui lui inspirèrent do se réfugier dans son oratoire.
l.Lett.372.