‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 242 sur 282 · Lett · texte numérisé non relu

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loin des hommes qui, après l'avoir idolâtrée, la trahissaient ; la pécheresse reçut son châtiment en présence de son Rédempteur, et au-dessus des vengeances humaines on sent planer la miséricorde divine.

Tandis que la Sainte usait ses forces suprêmes dans la souffrance pour les âmes, ses disciples prenaient tout moyen à leur portée pour prolonger la frêle existence sur laquelle s'appuyait l'effort de chacun, Tamour de tous. Un jour qu'on l'avait menée sous les ombrages des jardins de Rome, où comme à Sienne elle se plaisait à chercher Dieu dans ses œuvres, le secrétaire du pape, Thomas Petra, qui la connaissait depuis 1376, et lui portait une respectueuse amitié, vint s'asseoir auprès d'elle. « Ma mère, dit-il, le Christ, votre Epoux, semble vouloir vous retirer de cette vie, et vous unir à Lui. Avez-vous pris vos dispositions dernières? — Quelles dispositions peut prendre une pauvre femme qui n'a rien ? répliqua la Sainte. — Ce serait un beau testament que d'indiquer à chacun de vos disciples ce qu'il doit faire après votre mort. Tous, j'en suis persuadé, vous obéiront comme moi. — Je le veux bien avec la grâce de Jésus-Christ, fut la douce réponse, articulée d'une voix faible. — Ma mère, j'aurais une seconde chose à vous demander, ajouta Thomas Petra ; obtenez dès maintenant de votre Epoux la grâce de me montrer votre âme après votre mort. — Cela ne me paraît pas possible, murmura la Sainte. — Ma mère, j*espère en Dieu : ce que j'implore avec instances et plein de confiance, ne me le refusez pas. » Catherine promit de prier.

laissant à Dieu le soin d*exaucer ou de repousser sa requête *.

Rentrée chez elle, la Sainte médita le conseil de Thomas Petra. Son apostolat entraînait tellement les âmes soumises à sa direction que toutes, malgré ou, peut-être, à cause delà liberté laissée à leur initiative, suivaient le mouvement de l'Apôtre dominicaine, et presque pour chacun des disciples la direction de la vie sous une forme diverse était doimée.

A son Ordre la Tertiaire avait tout dit ; après avoir appris des Dominicains l'amour pour TEglise, elle réchauffait cet amour en eux et les excitait à imiter son sacrifice et son martyre. Sa Fraternité du Tiers-Ordre pénétrait son âme autant que sur la terre les âmes se pénètrent; sa sollicitude ne cessait de veiller sur les sœurs ; de Rome, elle quêtait à Sienne le pain quotidien pour Catherine dello Spedaluccio, exposée à en manquer ! Sa correspondance avec les Tertiaires renfermait ses lettres de direction les plus intimes et les plus élevées, ses confidences particulières sur les maux de l'Église, ses exhortations spéciales à y porter remède par l'offrande de soi : « Soyez des amantes de la Vérité, écrivait-elle à ses sœurs ; perdez tout amour sensible... que votre intelligence soit illuminée de la lumière de la Foi ! Dans Tanéantissement de votre volonté, répétez avec le glorieux Paul : Seigneur , dites-moi ce que vous voulez que

1. Proceuns attest. P.Bart. Dom. de Sen. D. Mart.T. VI, 1862-1868.

je fasse, etje le ferai ! Oh ! mes très chères filles, je vous promets que si réellement vous répondez à votre Créateur, vous vous trouverez avec saint Paul monter au sein de la Trinité. Votre mémoire sera pleine des bienfaits divins, vous participerez à la puissance du Père éternel qui vous fera fortes et patientes contre le démon, la chair, les persécutions. Votre intelligence jouira de la vue de son objet : la Sagesse du Fils de Dieu ; votre volonté sera liée par le lien de TEsprit-Saint qui vous fera concevoir le désir passionné de Thonneur de Dieu et du salut des âmes. Avec moi votre très misérable mère, vous pleurerez la mort du genre humain, du corps mystique de l'Eglise ! Ayez compassion de mes iniquités, elles sont cause du mal fait sur la terre. Que Dieu vous donne son éternelle bénédiction, de sa part je vous donne la mienne. » Et une dernière fois les Tertiaires se sentaient consacrées comme victimes.

A Gênes où Catherine était restée en relations avec Orietta Scotta *, à Naples où daiisle monde, le Tiers-Ordre et le cloître, ses amis travaillaient pour l'Eglise, à toutes les républiques italiennes rangées sous la bannière d'Urbain VI et surtout à Sienne les lettres de la Sainte répétaient : Soyez, jusqu'à la mort, fidèles au sang du Christ, à l'Eglise, à Urbain VI! Si vous étiez ce que vous devriez ôtre, vous embraseriez toute l'Italie ; la chose n'est pas si difficile. » Et selon ses forces et moyens, chacun donnait ses prières, ses travaux et son sang.

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