CHAPITRE II
AI sig^or fu dedicaU Spregio il mondo co'suoi inganni.
8ER. RAZZl. LAUOB DI 8. CATIKINA.
CatheriDe reçoit l*habit dominicain. — Sa retraite dans la prière et le silence. — Tentations. — Visions.
Un dimanche de Tannée 1363 \ vers la fin do l'hiver, Catherine, conduite par ses parents, monta jusqu'à l'église des Frères Prêcheurs. Les voûtes ogivales dont la chapelle délie Volte porte le nom
1. 1362, selon la manière de compter à Sienne. Cette date est de tradition ; le récit da B. Eaymond démontre que la Sainte fit partie da Tiers-Ordre dès l'adolescence ; dans la déposition du P. Gafi^rini au Procès de Venise, nous lisons que lorsqu'il prit lui-mâme Thabit en 1364, Catherine le portait depuis longtemps. Le P. Garapelli, dans le Corso Cronotastico, assigne sans preuves la date de 1366, que M. Grottanelli adopte au cours des notes savantes dont il a enrichi la Leggenda Minore. [Bibliographie C, II, lo.] C*est également sans pièces à l'appui queTabbé neiiT7(xx, 260) parle de Tannée 1367, et que le P. Tantucci [BiBLioGBAPHiK H, xih], suivi par la Révérende MèreDrane [Bi- BLioOBAPHisD, xv],ditque Catherine n'entra dans le Tiers-Ordre qu*à dix- sept ans. Une erreur de traduction a établi que la Sainte fut la première vierge admise par les Tertiaires ; tel n*est pas le sens de prima exeelUnê virgo, et le chronotaxis du couvent deCamporeggi nous signale nombre déjeunes filles.
retentissaient du chant des psaumes, et dans cet étroit sanctuaire, qui s'élève à Tentrée de l'église et la domine de la hauteur de plusieurs marches, toutes se Sœurs de la Pénitence, réunies autour de leur Père-Maître, attendaient Catherine. En cô jour, elle devait recevoir Thabit.
Debout devant Tautel, le Dominicain dit à la postulante : « Que demandez-vous ? — La miséricorde de Dieu et la vôtre, » répondit la jeune fille. On récita lés prières du cérémonial, et cette enfant exceptionnellement éclairée par réternelle Vérité reçut laceinture, le voile blanc, la tunique blanche et le manteau noir* des Tertiaires. Mieux encore que les Sœurs réunies pour raccueillir , elle comprit que porter à l'abri de l'amour maternel étendu sur l'Ordre par Marie cette livrée de servante humble, soumise et volontaire, c'était laver son âme dans le sang du Christ, contenir les penchants rebelles de la nature déchue sous le joug de la charité, puis marcher sans défaillance, progresser et parvenir au terme
1 . Les lois somptoaires de la Répablique obligeaient toates les femmes, sauf les courtisanes, les pauvresses et les enfants, à porter dans la rue un manteau destiné à cacher leurs robee et leurs ceintures éclatantes. C*était un signe d'honnêteté repoussé des orgueilleuses et des coquettes. Cf. G. Falletti-FoBsati. Gostami Senesi. Siena, 1882, 1, 136-136 .La fidélité à se couvrir du manteau valut sans duule aux Tertiaires siennoises leur nom de MantellaU ; ce manteau fournit à la Sainte une jolie image : Mantellare Vanima per Vaffeito dellêvirtù. Cf. Lattera 212. Un ancien bas-relief représentant Catherine (Année domini* Gaine, in-8* [Bibliographik, I, xxxni], n* d*avril 1890) complète les documents fournis par les peintures des Dominicaini et donne le costume exact de la Sainte.
parfait de sa vocation *. Sauf par les couleurs mystiques: le noir emblème de mortification, le blanc symbole d'innocence, le costume du Tiers-Ordre différait peu de la robe accoutumée de Catherine. Pour elle ce fut « le vêtement royal de la charité ' », la barrière visible qui la séparait du monde et aussi le signe d'une existence nouvelle, riche en activité intérieure et extérieure. « Voici que tu es entrée en religion, se dit-elle ; la vie du monde a passé, la vie religieuse commence. Tu dois te conformer à la règle ; ta robe blanche te montre qu'il faut te revêtir d'une pureté extrême, ton manteau noir t'indique clairement que tu es morte au monde. Examine tes actes, tu marches par la voie étroite où s'engagent peu d'âmes. »
Dèsee premier jour de vie dominicaine', l'oraison de la novice se tourna, par la vertu .même de sa vocation, vers la recherche de la Vérité, qu'ellcvit manifestée en l'amour divin. Fidèle à l'esprit apostolique de l'Ordre où chacun poursuit sa propre sanctification par celle d'autrui, Catherine invoqua sur le monde coupable la miséricorde du Christ , et le soir même de sa prise d^habit, il lui envoya une vision pleine de sens comme le sont les paraboles de l'Evangile.
Au milieu de belles campagnes s'élevait un arbre vigoureux; cet arbre était si haut qu'on n'en voyait pas la cime; ses racines s'enfonçaient profondément dans le sol et d'admirables fruits faisaient courber