Lett
anges, quand ils visitent les hommej(; on la crut guérie. Soutenue par Alexia, Catherine se releva, fixa ses regards sur un crucifix enrichi de reliques, précieux souvenir d un ami, et avec des alternatives de force et de faiblesse en dehors des conditions ordinaires de la vie, elle s'accusa encore à haute voix de ses péchés.
Elle qui aimait les âmes au point de vouloir souffrir les tourments des damnés pour les racheter, elle qui se fût volontiers, <i offerte en sacrifice à l'entrée de l'enfer, afin d'en fermer Faccès, » elle croyait s'être soustraite aux fatigues qu^exigeait la réforme de TEglise et du monde. Elle craignait d'avoir mal conduit sa famille spirituelle dans le chemin de la vie, et se reprochait de ne point lui avoir donné de bons exemples. Elle gémissait de sa faiblesse, de son manque de sollicitude. Les trésors de grâces et de souffrances qu'elle avait reçus de Dieu, comment les avait-elle employés ? « Hélas ! mon amour, raurmura-t-elle, dès ma plus tendre enfance, votre bonté infinie m'avait choisie pour épouse! mais je ne vous suis pas restée fidèle ! Ma mémoire n'est pas pleine de vous seul, mon intelligence n'est pas uniquement attachée à vous comprendre ; ma volonté ne s'applique pas à vous aimer d'un amour qui absorbe tout mon être. » Se tournant vers Jean Tantucci*, elle ajouta : <r Remettez-moi tous les péchés dont je viens de m'accuser, tous ceux que j'oublie. »
1. Dans le Transite, Bardnccio dit simplement il aacerdole, mais il est évident que ces mots, désignant la première fois TantQOci, le désignent encore la seconde.
SAntTB CÀTHERIia. 16**
De nouveau elle réclama Tabsolution générale : « Les papes Grégoire XI et Urbain VI m ont accordé rindulgence pléni^rc à l'heure de la mort, absolvez- moi au nom d'Urbain VI. » Elle parla encore de Dieu, mais d'une voix trop faible pour être entendue distinctement. La douleur qui, depuis la mort de son père, oppressait sa poitrine, la suffoquait.
Pourtant, Catherine voulut imposer ses volontés suprêmes à ceux qu'elle n'avait point entretenus le 27 février. Néri n'avait pas pu quitter Naples ; elle chargeait ses amis de l'exhorter à se faire Ermite. François dei Malavolti, toujours indécis entre le bien et le mal, devait s'enfermer dans un couvent d'Olivetains; Etienne Maconi se soumettrait à l'austère règle des Chartreux. Ces hommes ne se sentaient aucune vocation religieuse; mais tout leur sembla plus facile que de résister à la mourante, et ils s'engagèrent à obéir.
De sa famille, Catherine n'avait auprès d'elle que sa mère et sa belle-sœur Lisa, toutes deux ses sœurs en saint Dominique. Etienne, l'ami de son enfance, l'avait précédée dans la vie étemelle; de loin, grâce à ses lumières surnaturelles, Catherine avait assisté à la mort de ce frère bien-aimé ; c'était au moment où, occupé de son salut, il allait à Rome gagner l'indulgence du jubilé, que le bon Maître l'avait appelé à rendre ses comptes. Au milieu de la douleur générale, chacun songeait donc à Lisa, à Lapa. « Bénissez-moi, » disait la Sainte à sa mère , et la pauvre vieille femme suppliait sa fille de prier pour elle, afin que, dans
l'excès de sa peine, elle n'offensât pas le Seigneur.
Cependant l'agonisante, dont les yeux étaient à demi fermés, continuait à parler. Une dernière fois, elle proclama la validité de l'élection d'Urbain VI; une dernière fois elle exhorta ses disciples à mourir, s'il le fallait pour défendre le pape. Au moment de quitter ses enfants spirituels, son cœur débordait de tendresse pour eux. « Mon Dieu, ils vous appartiennent, disait-elle empruntant les paroles du Christ; mon Père, vous me les aviez donnés et je vous les rends; gouvernez-les, gardez-les; qu'aucun ne me soit arraché des mains. » Ces mains tracèrent le signe de la croix ; comme le Christ crucifié, Catherine avait élevé vers Dieu tout ce qu'elle aimait. Présents, absents, nul n'était oublié.
Raymond de Capoue , le meilleur ami que Dieu lui eût donné, fut celui qui reçut sa dernière pensée. « Dites-lui qu'il ne faiblisse jamais, ordonna-t-elle. Je serai avec lui au milieu de tous les périls. S'il tombe, je l'aiderai à se relever. »
Les yeux de la Bienheureuse s'ouvrirent : la vision qui vingt-huit ans auparavant jetait sur toute sa vie une lumière prophétique semblait réalisée. Le Christ époux et pontife, qu'elle avait suivi jusque dans la passion et la mort, ne l'appelait-il point ? Saint Pierre ne lui témoignaitil pas que sacrifier sa vie pour l'Eglise est ce qu'on peut accomplir de plus haut? saint Jean ne l'attirait-il point sur le cœur de Jésus ? Certes les Saints vôtus de blanc, qui avaient coutume de visiter
Catherine*, raccompagnaient à sa sortie du monde : Marguerite de Hongrie, Agnès de Montepulciano la conduisaient à son Bien-Aimé; saint Thomas ramenait au sein de la Trinité ; le Fondateurde son Ordre l'accueillait ; saint Pierre de Vérone dont, en ce jour, on célébrait la fôte, lui tendait les palmes du triomphe, car, à Texemple de son père Dominique, Catherine avait été martyre par le désir!
Le soleil de midi inonda la cellule ; il était rheure * où le Verbe incarné remonta vers son Père; joyeusement les cloches de la Minerve sonnèrent en l'honneur du dimanche : « Seigneur, vous m'appelez! je viens à vous, non par mes mérites, mais grâce au sang de votre Fils. O sang ! » murmura la Sainte pleine de confiance dans la Rédemption.
Sur les lèvres de la mourante passèrent les paroles du jVcrbe mourant: « Mon Père, je remets en vos mains mon âme et mon esprit. > La tète baissée elle expirait, et le Christ unissait à Lui son épouse'.
1. Cf. ch. 1, pp. 9 et 10. On n'a point, oublié que le Christ s'était montré à Catherine au-dessus de l'église des Frères Prêcheurs, environné d*une blanche phalange, ot que les Bienheureux de rOrdre dominicain lui apparaissaient souvent.
2. Sezte, que l'Evangile indique comme Theure de TAscension; Raymond de Capoue, qui n'était point présent, se trompe quand il dit Tierce ; pour tout concilier, le P. CafEarini ajoute après Tierce, vers l'heure de Sezte. Barduccio, témoin oculaire, est évidemmant dans le vrai. Mourir en pleine lumière, le jour du repos, convenait bien à Catherine.
3. Lett. 129. - B. Ram. III, 1. — Suppl. III, 1. — Lettera di Barduccio Canigiani. Transite. [Bibliographib. I, VIII.]