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Notre-Seigneur Jésus-Christ et non pas en moi, » répondait-elle, puis elle courait à Téglise deman^e^ au Sauveur les consolations que seul il pouvait lui donner. Si le démon Teffrayait par la vue de ses, fautes, elle se réfugiait dans la miséricorde de Dieu. S'il voulait la remplir de vanité en lui montrant ses mérites, elle confessait son propre néant. Quand, malgré la présence du Saint-Sacrement, le trouble Tenvahissait, elle s'excitait , au mépris d'elle-même. Etait-elle donc digne des bontés di-. vines ? Avait-elle oublié ses péchés ? Tout ce qu'elle pouvait espérer de Dieu, c'était qu'il ne H damnât pas ; d'ailleurs, se disait-elle, je ne suis point au service du Seigneur pour un salaire, même pour un salaire, éternel, mais par pur amour. Ainsi Catherine se calmait et s'encourageait à la fois,. Cependant, la nuit venue, il fallait quitter l'église et rentrer à la maison. Combien n'eût-elle pas préféré fuir dans les vallées et les montagnes comme saint Jérôme I
Un soir, elle venait de regagner sa demeure, quand, se. rappelant les conditions auxquelles Dieu lui avait promis le don de force, elle s'offrit en holocauste. Aussitôt, les puissances infernales se déchaînèrent contre elle. La voix du découragement dominait les autres : « Que veux-tu donc faire? murmurait cettç voix ; tout le temps de ta vie se passera dans ces peines auxquelles succéderont celles de l'enfer. » D'un cœur viril et avec un sincère mépris d'elle-même, la jeune fille répondit : « Je ne crains pas les peines, je les ai choisies pour ma consolation ; mon Créateur me condamnerait à
Tenfer que je no l'en servirais pas moins. Je suis digne de l'enfer, puisque j*ai offensé Téternelle et douce vérité. Si Dieu m'y condamne, il ne me fait aucun tort. » Soudain, comme le soleil perce les nues au milieu de Torage, Notrc-Seigneur dissipa par sa présence les ténèbres qui environnaient sa servante. C'était sur la croix et couvert de sang qu'il lui apparaissait : « Ma fille. Catherine, dit-il en lui tendant la main droite, regarde combien j'ai souffert pour toi, et sois désormais contente de souflFrir pour moi. — 0 doux Jésus; ! où étiez-vous quand j'avais l'âme si affligée ? — J'étais dans ton cœur, répondit le Maître*. Comme je suis immuable, je ne quitte ma créature que lorsqu'elle se sépare de moi par le péché mortel. » Catherine se croyait la proie de tous les péchés ; le Seigneur la reprit en lui montrant que le péché est le consentement de la volonté , et que l'âme est pure si elle veut rester unie à Dieu ; livrée à ses propres forces, Catherine eût ressenti de l'attrait pour les joies, les biens, les espérances, que le démon -. lui présentait ; l'horreur même avec laquelle sa volonté s'en détournait prouvait qu'elle se dirigeait selon la lumière divine ; cette lumière, latentedurant l'épreuve, rayonnait ensuite audehors. Ce ne sont point les peines des hommes, Jésus le disait avec une adorable compassion, qui réjouissent le Seigneur, c'est l'exercice vaillant de leur volonté ; il faut la tentation, sans quoi l'âme n'arriverait point
1. Nous liaooB les mêmes faits, les mêmes paroles dans la Vie de saint Antoine.
à la connaissance de Dieu et de soi-même. Continuant ses leçons, le Christ dit à sa disciple que durant nos luttes il demeure en nous dans Tétai oîi après sa mort il était sur la croix, puis dans le tombeau. Le voyant privé de la vie que l'âme donne au corps, ses apôtres ne discernaient plus en lui la présence de la divinité * ; Catherine ne doit pas tomber dans cette erreur. A l'heure de la tentation elle ne cessera point de croire à la présence divine en elle. De même que la vie du Christ s'unissant à son corps après la résurrection lui communiqua une existence supérieure, la vie du Christ, latente en Tâme éprouvée, éclate à l'instant voulu de Dieu avec plus de force qu'avant l'épreuve : « J'ai créé les hommes à mon image et ressemblance, ajoutait le Seigneur; j'ai pris leur nature, je me les assimile sans trêve dans toute la mesure où c'est possible pour chacun d'eux. Ce qui a été fait en mon corps pendant trois jours par la mort, je désire le renouveler dans les âmes voyageuses ici-bas. Ce n'est donc pas par ta vertu, c'est par la mienne que tu as fidèlement combattu et mérité un accroissement de grâces ; désormais je me montrerai à toi plus souvent et plus familièrement. »
La vision disparut, mais la paix du Seigneur n'abandonna pas la jeune Tertiaire. Elle conçut l'honneur de l'épreuve, et cette vierge revêtue des livrées dominicaines nomma la souffrance Thabit de l'Époux éternel dont il couvre, après l'avoir
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porté Iui<-môme, les âmes consacrées à son service. Elle appela de ses vœux un tel gage de lamour infini du Christ ; les joies d'ici-bas, même avec la promesse de la béatitude éternelle, elle ne les aurait pas voulues, tant elle était avide de se conformer au Bien-Aimé de son âme, le divin Crucifié.
Les mots : « Catherine ma fille, » lui laissèrent une impression ineffaçable ; elle se les redisait sans cesse pour renouveler le bonheur de les avoir entendu^. La jouissance d'un aussi doux souvenir était plutôt augmentée qu'atténuée par ses fréquents rapports avec Dieu. De nouveau le Tout-Puissant se manifestait à elle, et la sainte Trinité l'environnait de lumières ; Notre-Seigneur lui posait la main sur la tête, il lui parlait, il récitait avec elle certaines parties de l'Office qu'elle savait par cœur, H bien qu'à la fin des psaumes elle changeait les paroles et disait : Gloria Pain et tibi et Spiritui sancto. Elle voyait le Maître de ses yeux ; lorsqu'elle était lasse, elle s'asseyait aux pieds de Jésus. Après Marie de Béthanie elle se reposait là ; elle s'y tenait jusqu'à ce que le Christ lui dît : « Va, ma fille, va dormir. »
Parfois la pauvre cellule était peuplée de saints ; dès cette vie Catherine goûtait la joie des conversations célestes ; la Vierge Marie, Jean l'Évangéliste» Jacques le Majeur, saint Paul, saint Dominique, saint Thomas d'Aquin, Marie-Magdeleine , venaient l'entretenir des grâces qu'ils avaient reçues du divin Maître. Leurs visites la remplissaient d'une joie que le Père de son Ordre lui enseignait
à faire éclater dans des cantiques inspirés par l'éternelle sagesse \
Ce qu'était la vie de cette ignorante fille du peuple, des saints seuls pourraient le concevoir pleinement ; mais certaines paroles destinées à répandre la lumière sur rÉglise entière tombaient de ses lèvres après avoir pénétré son intelligence ou retenti à son oreille '. « Ne sais-tu point, ma fille, qui je suis et qui tu es? lui dit le Verbe au cours de leurs mystiques entretiens ; si tu savais ces deux choses, tu serais certainement bienheureuse. Tu es celle qui n*est pas ; je suis celui qui est. Que ton âme reçoive cette pensée et les puissances infernales ne prévaudront point contre elle. Tu seras obéissante à mes commandements, revêtue de toute grâce, de toute vérité, de tout amour. » Et illuminée par la science infuse, la Dominicaine se détachait d*elle-même et des choses créées ; se sentant une simple capacité de recevoir, elle se plongeait dans Tabîme de la Divinité, et tournait vers son Créateur, en qui elle percevait toute perfection, ses facultés et leurs actes. Grâce à sa charité, que sa foi rendait chaque jour plus intense, son âme se transformait d'une certaine façon en Dieu, unique objet de son intelligence, de sa volonté, de sa mémoire.