‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 39 sur 282 · Dial. CLVIIL · texte numérisé non relu

Dial. CLVIIL

avec le Verbe restait aussi étroite, sinon aussi doucement goûtée dans l'action que dans Toraison, Les mêmes faveurs exceptionnelles vinrent lui entr'ouvrir le ciel et faire deviner sa sainteté à la terre. Un jour Catherine, assise auprès de Tâtre, tournait avec son activité ordinaire la broche où rôtissait la viande destinée au repas, quand on la vit s'arrêter, dominée par une force invisible. « Ma mémoire ne contient plus que Dieu ; mon intelligence est absorbée par la contemplation de l'éternelle Vérité, ma volonté se précipite vers l'Amour, m disait-elle à voix basse, empruntant, sans le savoir peut-être, le langage théologique de saint Augustin. Les puissances de l'âme ainsi concentrées, le corps perdit tout sentiment : l'œil ouvert ne vit plus, l'oreille écouta sans entendre, la langue loua le Très-Haut sans qu'on la fît parler, les mains touchèrent sans vouloir saisir ; l'affection de l'âme était détachée d'elle-même et attachée à Dieu par une union plus étroite avec la divinité qu'avec le corps de Catherine. La femme de Barthélémy, Lisa, que la Sainte nommait : « ma belle-sœur selon le monde, mais ma sœur en Jésus-Christ, » prît sa place, servit le dîner de famille et revint assez tard à la cuisine ; en y arrivant, elle aperçut Catherine étendue sur le brasier. Se précipiter vers elle, l'arracher de la cheminée, fut l'aflFaire d'un instant ; la jeune fille n'avait pas une seule brûlure ; le feu avait respecté jusqu'à ses vêtements*. Est-elle

1. Dialogo LXXIX. — Lett. 263. — B. Raym II, i, — Legg. Hin., ii, 2. Cf. ch. xviii.

donc une Sainte? se demanda Lisa. Un double miracle fut la ré[(on6e de la Providence.

Lisa rentrait de l'église ; elle rencontra sa bellesœur : (( Ah I maintenant tu es vraiment bonne, » s'écria Catherine avec un étrange sourire. Lisa resta interdite. Troublée par le souvenir de ses fautes, elle venait d'en faire la confession générale, confession dont un angle reculé de Saint-Dominique avait été le témoin ; un ecclésiastique étranger, Tinstrument. La jeune femme pressa sa belle-sœur de questions et comprit qu'elle n'ignorait ni Tacte accompli avec tant de mystère, ni les peines intérieures qui Tavaient motivé. « A cause de ce que tu as fait ce malin, ajouta Catherine en terminant l'entretien, je t*aime de tout mon cœur, et je t aimerai toujours. » Quelques semaines s'écoulèrent ; en proie aux douleurs de la maternité, la femme de Bai'thélemy se mourait, emportant dans la tombe l'enfant auquel elle ne pouvait donner le jour. Déjà la famille pleurait cette double mort, quand Catherine, sûre de l'empire qu'elle se savait sur son Epoux, éleva la voix au milieu du silence général : « Mon Dieu, délivrez ma sœur de ce péril, je vous en prie et je le veux. » Une extase fut la première réponse du ciel à sa prière, mais non la seule. Tandis que, l'œil fixe, Catherine contemplait les trois personnes de la Trinité qui daignaient lui apparaître*, les assis-

1. Ceci De veat pas dire que la Sainte a vu la très sainte Trinité en ei]e-méme et sans intermédiaire, mais bien qu'elle a vu les trois Personnes divines sous la forme où elles ont daigné se manifester.

taiits voyaient Lisa revivre, et bientôt ils entendaient les cris du nouveau-né *.

Etienne, le plus jeune de la famille, .était quelque peu sceptique et railleur. Il doutait fort des visions de sa sœur. Un soir elle l'arrêta dans la rue : « Tu quittes un lieu de scandale. — Comment le sais-tu ? — La miséricorde de Dieu m'a révélé ton crime. » Elle continua sa route et arriva à Téglise. Les anges qui veillent auprès du Saint-Sacrement vinrent à sa rencontre ; elle les éloigna : « Je ne veux pas les anges, je veux celui qui vous a faits, vous et moi, le Créateur, mon Époux, Jésus. » Ses larmes coulaient sur le péché de son frère ; son ardente prière monta jusqu'à Dieu. De retour chez elle, elle y trouva Etienne ; ce qu'elle avait dit portait ses fruits. Vaincu, le jeune homme reconnaissait la sainteté de sa sœur, et promettait de se convertir *.

C'est ainsi que les Benincasa étaient initiés à la vie surnaturelle de Catherine. Lapa s'étonna d'abord de prodiges qu'elle ne pouvait comprendre. La première fois qu'elle aperçut sa fille en extase, elle lui aurait redressé le cou de vive force, si on ne l'avait pas empêchée de toucher aux membres raidis qu'on eût plutôt, disait Catherine, « brisés que fait plier ; » mais la pieuse femme s'accoutuma à respecter les opérations de la grâce *.

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