Sappl. II
3. B. Raym. II, 2. Certains états morbides, les suggestions diaboliques ou l'action divine produisent sur le corps humain des effets physiologiques qui peuvent sembler les mêmes ; toute affection portée à un degré extraordinaire nous arrache à notre
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ftON MARIAGE MYSTIQUE 69
Un miracle propre à éclairer les plus ignorants né laissa aucun doute sur la puissance de Catherine. Le nombre des mendiants qu'elle secourait par sa fenêtre s'accroissant à mesure des bienfaits reçus, elle avait ouvert pour eux et complètement vidé la dernière pièce de vin que contenait le cellier. Etienne, chargé du soin de la cave, s'aperçut de cette prodigalité ; il en témoigna son mécontentenient, et malgré sgïi respect envers sa sœur, il se plaignit d'elle à leur père. Jacques Benincasa parut affligé. Aussitôt Catherine saisit une des amphore^ * en usage à Sienne pour puiser l'eau à la fontaine : « De quoi vous troublez-vous, mon bon père? Je vais vous chercher du vin ; » et elle descendit au cellier. < Seigneur, murmuraitelle doucement, vous savez que ce vin a été distribué aux pauvres pour l'amour de vous ; ne permettez pas que je sois une cause de scandale. »
vie ordinaire : oela est évident. Se plaçant à ee seul point de yne, Tan des derniers historiens de la Sainte, Madame Ifignaty' [Catherine de Sienne, Pan«, 1359, 2, 6, 72, 77.— Bibucgraphib, D. X VUl], prétend expliquer « le$ vraie res$orti de cette âme poMnonnée.., donner une idée nette des condiUone physiologiques et morales du phénomène de V extase chez la Sainte par t intuition , V amour et la volonté... jointes à lanesthésie etàrhyperesthisie ». Après quoi elle s*écrie quelque peu naïvement : « Ce quil y à d'unique dans le cas de Catherine^ c'est qu^en ces états extrêmes sa force morale et son énergie ne la quittaient jamais. » Laissant la science médicale apprécier ce qui relève d'elle chez les malades^ nous en rapportant à TÉgliae pour distinguer les possédés des extatiques, nous montrons, nous appuyant sur des signes certains, que chez Catherine Dieu est la seule cause de ces prodiges.
I. La batterie de cuisine et les lampes des Siennois sont encore façonnés d'après les plus purs modèles antiques.
Arrivée devant le tonneau vide, elle fit le signe de la croix et le vin jaillit sous sa main. En s'étonnant beaucoup, on puisa au tonneau pendant quinze ou vingt jours ; c'était à peu près ce que durait d'ordinaire une barrique de vin ; ce temps passé, on continua, et Catherine ne |)riva pas ses chers pauvres d'un vin que tous trouvaient bien supé^ rieur à celui qu'on avait l'habitude de boire. Plusieurs mois s'écoulèrent ainsi ; quand vînt la saison des vendanges, le miracle continuait toujours. La récolte était abondante, les fûts manquaient ; on voulut donc vider le tonneau merveilleux que les ouvriers sortirent du cellier. Le matin môme il avait donné du vin parfaitement pur, et pourtant on le trouva aussi sec que s'il était épuisé depuis longtemps.
Les frères de Catherine gardaient encore l'impression de ce prodige, quand une nuit ils l'entendirent les appeler. « Hâtez- vous, leur criait-elle, descendez à Fontebranda; vous y trouverez une femme qui veut se noyer; amenez-la-moi. » Comment Catherine pouvait-elle savoir ce qui se passait à la fontaine? Quelques jours plus tôt, elle n'eût point obtenu de ses frères une obéissance passive à des ordres incompréhensibles, mais à l'heure présente ils croyaient en elle, et ils s'élancèrent dans la vallée. Là, se détachant sur les ombres noires du coteau, ils aperçurent une jeune femme éclairée par les rayons de la lune. Cette femme s'approchait en silence du profond bassin qu'alimente la fontaine et se jetait dans les eaux scintillantes de Fontebranda. Enlevée à la mort
avant de savoir par qui elle y était soustraite, amenée dans la cellule de Catherine sans avoir re|iris conscience d'elle-même, elle raconta à la jeune fille sa simple histoire. Celui qui devant Dieu lui avait juré une fidélité éternelle ne laimait plus et en aimait une autre ; elle voulait donc mourir, car c'était pour lui seul qu'elle avait vécu. Catherine ressentit une compassion profonde. Du Toui-Puissant elle obtint que l'ancien amour reprît son empire sur l'époux infidèle ; à la femme elle enseigna que Celui qui ne trompe jamais peut seul remplir le cœur *,
Il n'était pas de jour où Catherine ne montrât son pouvoir sur la nature inanimée ou sur les hommes par quelque miracle. Les Sœurs de la Pénitence ne les comptaient plus. « Elle lit dans ma conscience comme dans un livre ouvert, » assurait Françoise de Marco, tandis que d'autres Tertiaires prétendaient recevoir de Catherine des secours qui dépassaient la puissance humaine. « La seule vue de mon amie me délivre de toute tentation, disait Sœur Gemma ; ses prières arrêtent mes peines ; par un simple signe de croix elle m'a sauvée d'une dangereuse esquinancie. » Certes, Catherine trouvait moins difficile de guérir des corps malades que de rendre actives et viriles des âmes tièdes et découragées, comme elle le faisait souvent. Pourtant les prodiges qui parlent aux sens -sont les seuls que la foule comprenne ; par
1. B. Raym. II, 8. — Procaasna (Mss), AtUst. P. Joh. Ven, de Bénis.
i2 SAINTE CATHERINE DE SIENNE
eux Notre-Seigneur préparait jadis ses disciples à entendre sa doctrine * .
Ce fut ainsi que, sans le chercher, Catherine se fit connaître d'un certain nooibre de sœurs et se lia avec Tune d'elles de Tamitié « . forte comme le diamant et tendre comme une mère » dont la famille dominicaine semble puiser le secret au cœur de son Fondateur. Le monde n'aurait point uni les deux Tertiaires, car par elle-même, par le mari qu'elle venait de perdre, Alexia Sarracini appartenait au rang le plus élevé et jouissait de tous les honneurs du siècle; mais la belle patricienne, passionnée pour l'abaissement et la mortification, avait tout quitté pour prendre l'habit que portait Catherine et venir demeurer dans le quartier populaire de Fontebranda. La règle dominait sa volopîé ; elle se méprisait et s'anéantissait en Dieu; le jour, la nuit, elle se fatiguait au service du prochain, et particulièrement à celui de sa mère tombée en enfance*. Jamais la voie dans laquelle Catherine poussait Alexîa toujours plus loin ne sembla trop dure à celle-ci ; jamais Catherine ne faiblit dans son austère direction : aussi l'amitié des deux jeunes femmes, loin de les porter à s'absorber l'une en l'autre, ouvrait leur cœur à Dieu et à ses créatures. Le Seigneur les trouvait plus généreuses par l'appui qu'elles se prêtaient pour le servir. Quiconque
1. Snppl. mas, II, 4. — B. Raym. II, 8. II y avait trois Tertiaires dn nom de Gemma. Nous ne saurions affirmer, quoique cela nous semble vraisemblable, que les divers miracles de Catherine aient été faits en faveur de la même.