‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 46 sur 282 · Snppl. II,3;I · texte numérisé non relu

Snppl. II,3;I

2. Cette fresque remonte à 1367. Elle a subi d^évidentes retouches, mais eue représente Catherine telle que noas la décrit l'histoire, telle aussi qae nous la montrent ses reliques. Le type qu'elle reproduit est aujourd'hui encore celui des belles Siennoises.

repentants et subjugués : aussi le P. Thomas laissait-il tout le monde pénétrer dans la cellule de sa pénitente pendant qu'elle était en extase. Bien que Catherine fût privée de Tusage de ses sens, Notre- Seigneur permettait que par une grâce spéciale de double vue elle aperçût ses visiteurs et priât à haute voix pour leur conversion. Ainsi elle ramena beaucoup de Siennois à Dieu ; deux d'entre eux, le noble François de Lando et un Frère de la Miséricorde nommé Mathieu Cenni Fazi, déclarèrent formellement et répétèrent toute leur vie que, s'ils se sauvaient, ils devraient à la Dominicaine le salut de leurs âmes.

Quand des fidèles réclamaient Tintercession de Catherine, elle disait simplement : « Priez avec moi ; la prière est un bouclier qui nous défend dans les combats, la prière soutient Tâme au fort des tribulations, la prière donne Tesprit de joie. » C'était sans crainte d'être repoussée qu'elle s'adressait à son Maître. Commentant pour elle le psaume Jubilate Deo omnis terra, Jésus-Christ lui avait fait comprendre que le cœur plein de charité qui sort le Seigneur avec joie peut» tout attendre de lui. D'avance elle se savait donc exaucée ; elle l'avouait elle-même, en expliquant qu'elle ne demandait rien que son jugement éclairé par les lumières de la foi n'approuvât. Il fallait qu'elle pût dire au Tout-Puissant : « Seigneur, je ne quitterai pas votre présence tant qu'il ne vous plaira pas de faire ce que je veux. »

De toutes les preuves qu'on eut du pouvoir de Catherine sur Notre-Seigneur, deux surtout furent

éclatantes à cette époque. Tout en larmes, elle priait pour un moine criminel qu'on lui avait recommandé. Oubliant la présence d'AlexiaSarracini, elle s'écria : « Seigneur, me voici prête à sacrifier mon corps à votre justice, à le livrer à tous les tourments qui pourront expier les fautes de ce religieux, mais je veux que vous lui pardonniez, que votre grâce le rappelle à vous. » Alexia, qui de loin Tobservait en silence^ la vit alors environnée de vives clartés ; elle donnait les signes de la plus grande joie. « Amour, murmurait-elle, je vous ai vaincu avec votre amour même ! J'acco^iplis votre volonté en me faisant exaucer de votre miséricorde. » A cette volonté de la Sainte, Dieu répondit parla conversion subite du pécheur.

Un autre jour, Catherine disait à iNotre-Seigncur : « Amour ! vous savez que, si une personne dans Taffliction s'adresse à moi, votre grâce ne permet pas qu'elle me quitte sans être consolée. » Attirés par la voix de la servante de Dieu, quelques membres de sa famille Técoutaient. « Vous savez, Seigneur, continua-t-elle, combien de fois j'ai averti cette âme que ce qu'elle désirait avec une si grande ardeur serait une occasion de se perdre et de vous perdre. » Enfin, se sentant exaucée : « Seigneur, vous assistez les personnes que je vous recommande, vous les aimez, et c'est votre amour qui me fait conspirer avec lui ! » Catherine gagnait sa cause. La convoitise qui dominait Tâme tentée s'apaisa comme par miracle.

C'est en se sacrifiant elle-même à l'exemple du

Rédempteur que Catherine obtenait tout de lui. Sa charité avait atteint le suprême degré où, selon l'enseignement de Notre-Seigneur, on jouit plus du bien des autres que du sien propre. « Jetez sur moi le fardeau de vos tribulations, 3> dit-elle à un prêtre qui, vaincu par ses peines intérieures, avait résolu de ne plus célébrer la sainte Messe. Délivré de ses tentations, l'ecclésiastique reprit aussitôt les fonctions du ministère sacré, tandis qu'à son tour Catherine trouva le service de Dieu difficile et son joug pesant. Avec courage elle porta cette croix jusqu'-au jour où il plut à son Maître de l'en décharger. <( Que le Seigneur est miséricordieux envers ceux qui espèrent en Lui ! » dit-elle alors à ce prêtre, citant un texte qu'elle aimait à répéter parce qu'elle en avait éprouvé toute la douceur.

Il semblait que les peines, les mortifications» les mérites de Catherine fussent des trésors infinis où tous pouvaient puiser sans autres titres que leurs besoins. Elle accueillait indistinctement ceux qui venaient à elle et recommandait l'âme de chacun a la miséricorde divine. Lorsqu'on lui demandait comment elle pouvait se souvenir de tant de personnes différentes, elle disait en souriant : « Si l'on invoque le Seigneur avec un ardent désir de sauver ceux pour qui Ton prie, il permet à l'œil de notre esprit de les apercevoir \ »

Les âmes qu'elle soutenait ainsi surent bientôt que ses exemples étaient aussi virils que ses ensei-

1 Suppl. T. 1 ; II, 3, 5, 6. — Alcuni Miracoli, 14, 15

gnements, et qu'elle se tenait debout, sans défaillance, « sous la discipline de Dieu*. ».

C'était pendant Tété de 1368*; chacun souffrait des chaleurs d'août, quand Jacques Benincasa tomba malade. Catherine, dont le premier élan avait été de demander la guérison de son père, se tut en voyant que la mort serait un bien pour le chrétien qui s*y préparait dans la crainte du jugement. Quel serait ce jugement? La Sainte pénétra les secrets de la prescience éternelle ; Tâme de son père était destinée à souffrir les peines du purgatoire avant de participer aux béatitudes célestes. « 0 mon Dieu! s'écria-t-elle, ne permettrez-vous pas à votre serviteur d'expier sur la terre les fautes qu'il a commises contre vous ? » Mais la miséricorde ne parvint pas à fléchir la justice. Catherine, pleine de TEsprit-Saint qui vivait en elle, s'offrit alors pour souffrir ce que son père aurait souffert dans le purgatoire. A ce désir héroïque, comnaent pouvait répondre le Rédempteur, sinon en acceptant l'échange proposé par la piété filiale de l'innocente victime? « J'exauce ta prière à cause de ta charité, dit le Seigneur à son épouse ; les péchés de ton père lui sont remis, mais la peine que je t'impose, tu l'endureras jusqu'à la mort. »

1. Les mots entre guillemets dont la provenance n'est pa indiquée sont tirés des écrits de Catherine.

2. Le nécrologe de Saint- Dominique porte à la date du 22 août 1368 la sépulture de J. Benincasa; c'est donc par erreur ou plutôt entraîné par ^rencbaînement de sou propre récit d*où il bannit toute chronologie,que le B. Raymond (il, 7) place cet événement après la mort miraculeuse de Catherine.

Jacques Benincasa entrait en agonie : Catherine lui montra le ciel ouvert. « Mon père, je voudrais partager votre sort, murmura-t-elle au moment où il rendait le dernier soupir, que Dieu soit béni ! » A peine avait-elle proféré ces mots qu'elle éprouva de violentes douleurs de côté. Elle les supporta avec joie comme un gage du salut de son père et ne les laissa pas entraver ses devoirs. Tandis qu'elle ensevelissait ce corps qu'elle devait revoir dans le rayonnement de la résurrection, Dieu permit que l'âme de Jacques Benincasa lui apparût, lui donnât des conseils, lui communiquât quelque chose de sa béatitude et l'exhortât à consoler la famille désolée. Ces entretiens du père et de la fille se renouvelèrent souvent.

Le premier hommage qu'on put rendre à la mémoire de Jacques Benincasa était de perpétuer les traditions charitables dans sa maison. Le cercueil y était encore, que déjà Catherine avait loccasion de donner un avis à ce sujet. Elle priait à l'église, quand un pauvre vint frapper à la porte de l'atelier. Personne n'ouvrant, il se lassa d'attendre et se retira. Le soir, la servante de Dieu se plaignit de ce qu'on n'accueillait plus les malheureux si aimés de son père! Rien ne lui est caché, pensa Lapa. « Promettez-moi, ma mère, dit Catherine, que vous ne refuserez plus votre secours aux pauvres. » Lapa le promit, et tint sa promesse.

Depuis son mariage mystique, Catherine, restée sous le toit paternel, avait secouru, "converti, sanctifié sa famille selon la nature,. sa famille selon la grâce et tous ceux que ses parents ou son Ordre

amenaient à elle. Avant de l'appeler à sortir de ce cercle étroit, son « doux Jésus » voulut lui accorder une de ces joies qui, par leur caractère, jettent des lumières uniques sur Tamour hors duquel il n'en est point de vrai, puisqu'il est le principe et la fin de tout. Le plus tendre souci de la jeune fille était Lapa. Quand la douleur du veuvage éclaira sur la fragilité des joies terrestres cette femme captivée par les illusions d'ici-bas, Catherine l'amena doucement à relever ses regards vers les immortelles réalités. Au travers de ses larmes la veuve vit que la vierge avait choisi la meilleure part; elle se laissa donc conduire vers cette Fraternité dominicaine à laquelle elle avait tant disputé son enfant. Un jour la mère et la fille se retrouvèrent aux pieds de saint Dominique vêtues du même habit. Après avoir ouvert le ciel à son père en expiant pour lui, la Tertiaire entraînait sa mère dans la voie de la pénitence. La sanctification des deux âmes qu'elle aimait entre toutes semblait le premier fruit de son union parfaite avec le Verbe*.

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