VIE SURNATURELLE DE CATHERINE PENDANT LES TROUBLES DE SIENNE
Cum Cbristo pauper vivo opulenU salis.
Son. »b s. Gathar. Amt. Muwini.
Chute de Itf Sei^^neurie des Douze. — Danger des frères de Catherine. — Barthélémy est appelé à prendre part au gouvernement. — Visions de la Sainte. — Ruine des Benincaea. •- Catherine rappelle sa mère à la vie. — Bile convertit André dei Bellanti et Christophe dei C«rretani. — Emeutes de 1371.
Le temps n'avait pas encore adouci la douleur des Benincasa, et chacun d'eux s'essayait aux nouveaux devoirs que faisait peser sur lui la mort du chef de la famille, quand, le 2 septembre, les frères de Catherine entrèrent dans sa cellule. Les paroles se pressaient sur leurs lèvres ; mais le trouble qui les agitait ôtait toute suite à leur récit. La Seigneurie des Douze qui tenait le pouvoir depuis 1355 venait d'être renversée par la main des nobles qu'ellemême avait armée pour les exciter à s'entre-détruire. S'il était pénible de voir tomber son parti, combien n'était-il pas plus pénible encore de le voir tomber honteusement, victime des embûches qu'il avait
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lui-même tendues? Envers de tels vaincus, les consuls pris dans l'ancienne noblesse, les trois plébéiens du parti des Neuf qui se partageaient le pouvoir, seraient-ils généreux? Ils avaient, il est vrai, chassé la Seigneurie sans répandre de sang; ils n'ordonnaient aucune exécution ; mais pourraient-ilà empêcher leurs partisans de proifiter du trouble général pour satisfaire des haines longtemps contenues ? Les frères de Catherine parlaient encore quand ils furent interrompus par un de leurs amis. On recherchait Barthélémy, qui, durant les mois de septembre et d'octobre 1367, avait fait partie de la Seigneurie; une troupe armée marchait sur Tatelier, on n'avait pas un moment à perdre pour se mettre en sûreté dans l'église de Saint-Anfbine oîi beaucoup de Siennois avaient déjà trouvé asile. « Je plains ceux qui sont à Saint-Antoine, s'écria Catherine ; mes frères ne peuvent y aller ! » Avec sa grâce accoutumée elle remercia l'ami fidèle qui les avertissait du danger et le congédia. Saisissant alors son manteau d'une main, elle ouvrit la porte de l'autre. « Venez avec moi, ne craignez pas, » ditelle. Hardiment elle marcha dans la direction du Dôtne, hardimiënt elle traversa la place del Campo, étroit vallon en forme de conque marine, que l'art du moyen âge a décoré de toutes ses splendeurs. Là, devant le palais de la Seigneurie, les partis célébraient leur triomphe ; mais chacun salua au passage celle dont on ne connaissait les traits que parce qu'on vénérait ses vertus. Nul ne songea à lui disputer ses compagnons. C'est ainsi qu'elle arriva à l'hôpital Santa Maria délia Scala. Aussitôt
elle se recommanda aux Frères délia Scala chargés du soin des malades, et à ceux de la Discipline qui tenaient leurs réunions pieuses dans les chapelles souterraines de Tantique édifice \ « Restez ici cachés pendant trois jours, dit-elle à ses frères, puis revenez chez vous sans aucune crainte. Adieu ! »
Pendant ce temps, t'amides Benincasa, comprenait qu'il avait surpris une prophétie sur les lèvres de Catherine quand elle s'était écriée : « Je plains ceux qui sont à Saint-Antoine, » car ces infortunés arrachés au sanctuaire furent égorgés ou jetés dans les cachots. Enfin Tordre se rétablit, et les Benincasa purent reprendre leurs travaux, après avoir soldé au prix de cent florins d'or l'amende dont les vainqueurs frappèrent les vaincus.
La guerre civile n'était pourtant pas terminée. Vingt-deux jours après la révolution, les Douze, appuyés des lansquenets de l'empereur Charles IV et soutenus par la plus riche, la plus puissante des familles gibelines de Taristocratie siennoise, celle des Salimbeni, combattaient dans les rues de Sienne. Catherine s'efiForça de modérer l'indignation de ses frères ; elle ne put les retenir tous auprès d'elle. Etienne, le plus aventureux, s'élança dans cette sanglante mêlée qui ne dura pas moins de vingt-quatre heures. Blessé à mort et toujours frémissant de haine, il allait mourir. Sa sœur, miraculeusement avertie de son danger, obtint du
1. Cet hôpital, le plus connadltalie, fat construit à Tépoque où Sienne était au pouvoir de Charlemagne.
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divin Maître sa guérison en même temps que Tapaisement de son cœur *.
Cette seule journée de bataille mit Sienne au pouvoir de soi-disant Réfot^mateurs qui lui donnèrent une Seigneurie composée de douze membres, dont trois appartenaient au parti des Neuf, quatre au parti des Douze et cinq au bas peuple, appelé pour la première fois à prendre part au pouvoir. Lia fière noblesse siennoise, qui avait autrefois payé de son sang les gloires immortelles de la République, était exclue des charges de l'État. Trop accoutumée à la contemplation de Téternelle Vérité pour ne pas discerner au milieu des. violences des hommes les droits de la justice, la Bienheureuse se dit alors que la part accordée aux diverses classes offrait un singulier contraste avec les services qu'elles avaient rendus à la patrie.
A tant de maux se joignit une affreuse disette. La famille Benincasa, sans doute à cause des troubles civils, avait jugé sage de se disperser pour un temps, et Catherine accepta Thospitalité de son amie Alexia. La misère était si grande que la riche patricienne se nourrissait de farine avariée et malsaine. Quand vint la moisson nouvelle, les Sarracini voulurent vider leur grenier qui ne contenait plus qu'un peu de grain pourri. Catherine s'y opposa ; il ne fallait pas jeter les dons de Dieu, patrimoine des pauvres. Quoique son amie lui démontrât l'inutilité d'une pareille aumône, la Sainte, encouragée par une apparition de la Vierge Marie, pétrit et mit