SnppL, 1, 1 ; II, 6. - B. Raym. Il
2. Au xvui* siècle, Qirolamo Qigli écrivit un curieux sonnet 8Qr ces tentiments de la Sainte. [Bibuogbaphie, ë, zlvi.]
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telles « paroles de vie », qu'en les écoutant Alexia et une autre Tertiaire, compagne favorite de la Sainte, Catherine de Scetto, ne pouvaient retenir leurs larmes. L'Extatique nommait les présents, les absents, ceux qu'elle aimait ou ceux qu'elle désirait convertir. Tout à coup, palpitante d'émotion, elle étendit vers le ciel sa main amaigrie. <( Mettez votre main dans la mienne, Jésus ; donnez-moi une preuve que ma prière est exaucée. » Le Rédempteur traita sa fidèle servante comme il avait été traité lui-même. Il prit un clou acéré et transperça la main de Catherine : « Que Notre-Seigneur Jésus-Christ soit loué ! » s'écria-t-elle, ainsi qu'elle le faisait toujours au . fort de ses douleurs ; et à partir de ce moment, elle porta le stigmate sacré imprimé dans sa chair : « Nul ne le voit, disait-elle, mais je le sens toujours et j'en souffre sans cesse. » Plusieurs Dominicains, quelques Sœurs de la Pénitence, apprenant plus tard d'Alexia ou de Catherine les secrets de cette vision, comprirent la source des grâces mystérieuses qu'ils venaient de recevoir*.
Les fréquentes extases de Catherine la dominaient au point de la soustraire sans cesse aux lois de la nature. Jamais elle ne pouvait continuer un entretien ; s'interrompant, elle ne s'adressait plus à ceux qui l'entouraient, elle adressait à
1. Le plus favorisé fnt le P. délia Fonte qui, avec les détails de cet événement surnaturel, sut par sa pénitente elle-même tout ce qu'elle souffrait du stigmate sacré. B. Raym. II, 6. — Legg. Min., II, 6. — Snppl. II, 6. — Nous avons adopté la date de 1370 qui est celle du B. Raymond, confirmée par le P. OarapelU. Le P. Caffarini donne sans preuves celle de 1372.
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Dieu de mélancoliques reproches. Pourquoi son Epoux éxcitait-il en elle la passion de le voir, s'il ne voulait pas briser le lien qui la retenait à la terre? Pourquoi lui faisait-il comprendre la douceur des mots : Veni, electa mea, par lesquels il appelle les vierges à la gloire, puisqu'il ne voulait pas les lui dire? Et elle parlait comme si les Chérubins lui avaient révélé les mystères de la science éternelle, les Séraphins ceux de TAmour. Depuis lon^emps son abstinence dépassait les limites des forces humaines ; il lui était impossible de boire ou de manger; si, pressée par sa famille, elle prenait quelques fruits ou quelques légumes, elle ne pouvait les absorber.
Cette incapacité d'user d'aliments était comme un témoignage du mépris que Catherine faisait de tous les biens d'ici-bas. Elle s'affligeait peu de ce que le commerce de ses frères déclinait de jour en jour. Au temps prospère elle disait souvent : c< Ce ne sont pas ces biens que je désire pour mes parents, ce sont les biens éternels; ceux de la terre sont accompagnés de maux et de dangers *. » Elle vit donc d'un œil calme s'évanouir les richesses amassées par son père, et elle suppoi1;a courageusement les suites de la ruine. Ces suites furent terribles.
Soit que les Benincasa ne crussent point possible de rétablir leurs affaires à Sienne , soit qu'ils désirassent cacher leur détresse aux témoins de
1. Sappl. H, 3. — Alcimi Miracoli, 13. 14. — Processus •tteat. P* Caff. D^ Mart., VI, 1270* — B. Raym., I, 5.
leur ancienne fortune, ils résolurent de se séparer, de renoncer à la douce vie de famille qui les réunissait, et ils obtinrent de Florence l'admission au droit de cité. Depuis vingt-huit ans leur père ou eux trafiquaient avec cette République, ils y avaient des comptoirs et y étaient estimés. Benincasa et Etienne s'établirent donc tout à fait à Florence ; Barthélémy les accompagna, mais dans l'intérêt même du négoce il devait souvent révenir à Sienne où il laissa sa femme et ses enfants *.
Le divin Maître, qui de chaque événement dé la vie tirait une leçon pour Catherine, l'interrogea sur le conseil : « Si vous désirez être parfait, allez, vendez tout ce que vous possédez, et distribuez aux pauvres le prix que vous retirerez. » La servante de Dieu répondit par le sens littéral des mots. Le Seigneur la reprit: « Tu ne comprends que le dépouillement des biens fragiles exposés aux voleurs et à mille ruines ; j'entendais davantage en parlant à ce jeune homme, j'entendais les puissances de son corps et celles de son âme. Pour loi, tu ne t'appartiens plus, tu as tout vendu et sacrifié, tu ne dois te servir de ton corps que selon mes commandements ; s'il le faut, tu l'exposeras aux souffrances et à la mort. Ton âme est à moi avec ses pensées, son amour, sa volonté, ses désirs. — Quel
t. Supplique des BêoincaBa en date du 16 octobre (Arohiv. di Stato Fir., vol. LIX delle Provis, del Corn.). Il en existe deux copies à la Bibliothèque Com. de Sienne. Cod. T. III, 7, f... 245, et Cod... E. IX, 1, f. 15. On 8*étonne que dans son Vocabolario Gateriniano [Bibliographie, B, ni], Gigli ait osé falsifier ce document.
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sera le prix de cet abandon total? dit doucement Catherine. — Je rends le centuple, je veille sur la créature qui se donne à moi sans réserve, je vis en elle, je me donne à elle pour Téternité. »
Pendant que le Seigneur excitait ainsi sa servante au détachement absolu , Lapa, déjà fort éprouvée par son changement de fortune et disposée à trouver toute épreuve trop lourde, ne put résister à la douleur de quitter ses fils, et tomba dangereusement malade. Catherine, qui la soignait avec un dévouement sans bornes, voulut la préparer à la mort ; Lapa refusa les derniers sacrements ; sa fille ferait mieux, disait-elle^ d'obtenir sa guérison que de Texhorter à bien mourir. En proie à de vives angoisses, la Sainte pressait Lapa de faire le sacrifice de sa vie. « Elle ne veut pas mourir, dit le Tout-Puissant à Catherine, fais-lui savoir qu'un jour elle souhaitera ardemment la mort sans pouvoir Tobtenir. » L'agonisante résistait encore quand elle expira: « Ne m'aviez-vous pas promis, mon Dieu, s'écria Catherine, que nul des miens ne serait damné ? Ne venez-vous point de m'assurer que ma mère ne mourrait pas contre son gré? Votre miséricorde ne me trompera pas ainsi, je ne quitterai ce lieu que lorsque vous m'aurez rendu ma mère vivante. » Lisa et deux autres sœurs de la Pénitence, Catherine de Scetto et Angeline Vannini, avaient assisté aux derniers moments de Lapa ; elles se disposaient à l'ensevelir lorsque, entendant la prière de Catherine, elles se rapprochèrent de la morte déjà froide et raidie. Subitement le cadavre se ranima ^sous leurs yeux ; la
santé était revenue avec la vie. A partir de ce jour, on reniarqua que Lapa, jusque-là si peu soucieuse des biens invisibles, soupirait souvent dans Tattente du paradis.
Ce miracle fit grand bruit à Sienne ; deux mois après, le souvenir du pouvoir de sa pénitente tira le P. Thomas de grandes perplexités. Par un soir de décembre il sortit de son couvent vers l'heure de TAngelus et gravit le coteau de Fontebranda. La tristesse Taccablait, car il désespérait du salut d'une âme ; depuis deux jours il s'épuisait en exhortations au chevet d'un seigneur siennois, André dei Bellanti ; comme tous les prêtres de la ville, il s'était vu repoussé par des injures : que faire ? Le jeune homme, qui se mourait lentement depuis les derniers beaux jours de l'automne, n'avait plus que peu d'instants à vivre. Il lui faudrait rendre compte à Dieu de sa santé perdue, de ses richesses si souvent confiées à la chance d'un coup de dé, de ses blasphèmes contre Jésus-Christ, dont il avait osé fouler aux pieds l'image. Catherine seule pouvait obtenir de Dieu la grâce de ce pécheur: c'est pour cela que le Dominicain courait chez elle. Troublé par ses inquiétudes, il oublia que sa pénitente entrait le plus souvent en extase à la chute du jour. Lorsqu'il arriva, elle n'appartenait pas à la terre. Attendre était impossible, car ces ravissements avaient coutume de durer fort avant dans la nuit; il s'adressa donc à Catherine de Scetto qui veillait et priait. « Dès que votre compagne reviendra à elle, dit-il, ordonnez-lui au nom de l'obéissance de prier pour André dei Bellanti* »
Quelques heures plus tard, Catherine, avertie de ce qu'on souhaitait d'elle, s'inclina en silence devant l'image de Jésus crucifié. Au point du jour elle se releva; la joie la plus vive animait son pâle visage. C'était le matin du 16 décembre. Bientôt la ville apprenait avec étonnement qu'André, connu plus encore par ses vices que par ses richesses, avait de son propre mouvement envoyé chercher un prêtre au lever du soleil. Il s'était confessé, puis, renonçant à déshériter sa famille comme il l'en menaçait, il avait sagement disposé de ses grands biens. Réconcilié avec les hommes et plein d'espoir en Dieu, il rendait ensuite son âme au Créateur. Le P. Thomas accourut chez sa pénitente. « Votre prière est exaucée : l'âme d'André est sauvée des peines éternelles, fut la première parole de Catherine. — Comment pouvezvous le savoir avec tant de certitude ? » s'écria le religieux. Il fallait répondre. « En vérité je vous le dis, mon père, Notre-Seigneur est apparu à André et l'a converti. D'abord Jésus-Christ ne voulait pas laisser de tels crimes impunis ; mais, ajouta-t-elle en baissant la voix, une personne qui lui est chère s'offrit en victime à sa justice-; il put donc laisser libre cours à sa miséricorde et permettre au pécheur de se purifier dans les souffrances du purgatoire. » L'imagination de Catherine l'égaré, pensa le P. délia Fonte. Afin de s'éclairer, il interrogea sa pénitente sur la vie d'André. Elle connaissait cet homme, il dut se l'avouer, beaucoup mieux qu'il nel'avait connu lui-même ; comme si elle devinait lesdoutes de son confesseur, elle décrivit au cours
lût SAINTE CATHERI>'E DE SIENNE
du récit non seulement le palais Bellanti où elle n'était pas entrée, mais encore la chambre d'André et André lui-même qu'elle n'avait jamais vu*. Ce seigneur ne fut pas le seul Siennois que l'intercession de Catherine sauvait alors de la damnation. Grâce aux troubles dont la ville était redevenue le théâtre, la mort arrivait souvent subite et terrible. Les armes à la main, on succombait, non comme victime du devoir envers la patrie, mais comme partisan effréné de l'intérêt personnel. La trêve due à la médiation de Florence avait été de courte durée; bientôt les combats recommencèrent; les incendies se rallumèrent ; coupables violences de partis qui ne savaient s'entendre que pour attaquer, et dont la désunion faisait tomber le gouvernement entre les mains de la démocratie. Au fort de la mêlée on vint avertir Catherine qu'un chanoine du Dôme, Christophe dei Cerretani, était mortellement blessé. Dans les veines de ce prêtre coulait le sang de la plus vieille noblesse siennoise, et il succombait sous les coups des ennemis de sa race. « Je ne veux pas mourir, » s'écriait-il indigné de finir ainsi, et il défendait qu'on lui parlât de se préparer au juge-
1. Sappl. MBS. 11,4.5. — B. Raym. Il, 8. Pour le récit du dernier miracle, nous avons suivi la version du P. Caffarini, beaucoup plus complète que celle du B. Raymond de Capoue et différente dans les détails. La copie du procès de Venise conservée à la Bibliothèque de Sienne (Ood. T. I, 3) [BiBLioGBAPHiB, G, i] porte sur la marge du feuillet 154 une note au sujet d* André dei Bellanti. Cette note semble remonter ati xvû siècle ; elle nous dit qu'André était tin iingolart ribaldo, Kous lisons dans le Nécrologe' de S. Dominique : Andréas Naddini moriius est die XVI DecembriB 1370.
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ment suprême . La prière de Catherine, vive, confiante, presque impérieuse, s'éleva vers le Seigneur jusqu'à ce que Christophe dei Cerretani eût fait le sacrifice de sa vie.
Pendant les jours d'épreuve quetraversait Sienne, Catherine fut rèspéraiice visible de ceux qui priaient et qui faisaient pénitence. Pouvaient-ils douter de la Providence quand elle agissait sensiblement devant eux par une enfant de leur peuple? Au cours des deux années qui pour' la' plupart de leurs concitoyens s'étaient écoulées en craintes, en intrigues, en luttes, ils regardaientvivre Catherine. Élevée audessus des préoccuj;)àtions dans lesquelles se débats taient ses proches, parce qu'elle s'abandonnait avec toutes ses affections à la paternité divine, l'Épouse du Verbe atteignait ce degré suprême de perfection où la volonté abdique devant celle du Père céleste, où la charité veut la souffrance, parce que la souffrance unit au Rédenipteur et à son sacrifice expiatoire. Alors que les Siennois employaient leurs forces à se frapper l'un l'autre, la Tertiaire» se souvenant qu'elle était une hostie vivante, ne cessait de s'offrir pour la pacification de sa patrie ; en la main qui portait l'anneau mystique de l'Époux, elle recevait une blessure surnaturelle d'expiation et de rachat, un douloureux et invisible stigmate de la Passion. Associée à la grande œuvre de Dieu, que prétendaient contrarier les plans mesquins des hommes, elle unissait les citoyens divisés et enfantait des âmes à la vie, tandis que partout retentissaient des cris de mort. Les heures d'épreuves où ceux qui s'appuient sur leurs propres forces se
diminuent abîmés dans la terreur, comme accablés sous les coups providentiels, étaient les heures où Catherine s'ouvrait d'une manière éclatante à la lumière, à Tamour, à la participation aux puissances du Christ. Par la charité le cœur de la jeune vierge entrait dans le cœur sacré que l'amour de la patrie a consumé d'une flamme dont tout patriotisme est le faible rayon. Là, malgré les querelles et la corruption de ses concitoyens, elle faisait vivre Sienne de la vie divine*.
1. Dial. LXXVr. - Mar. XV, 224-229, -« Gigli Diario SanesOi Lucca, 1723, I, 154. — Procesins attest. P. Gaff. Mart. D. 1266-1267.