En ces temps de foi on sonnait les cloches pendant Tonge
voix vibrante, et elle adora le Verbe avec la simple foi des bergers. Le jour dé la Circoncision, quand elle communia, la Vierge Marie la soutint dans ses bras, la toute-puissante Trinité la ravit en extase, et Notre-Seigneur Jésus-Christ l'unit à lui, dans le mystique baiser chanté par l'épouse du Cantique. Ses lèvres restèrent tout embaumées d'un parfum qu'elle répandit en parlant.
D'intolérables douleurs succédèrent à ces joies ; cependant son confesseur voulut que le jour de l'Epiphanie elle se rendît à l'église. Bien qu'épuisée par la souffrance, elle se leva malgré les efforts de sa mère et de sa belle-sœur, afin de les accompagner à Saint-Dominique ; miraculeusement guérie, elle assista à la messe des Tertiaires. Dès qu'elle eut reçu le corps de Jésus-Christ, elle s'écria avec un irrésistible élan : « Amour ! mon très doux amour, je succombe ! » Des torrents de larmes inondaient son visage, elle demandait à Dieu de perdre sa volonté propre, d'appartenir complètement à Jésus, d'entraîner dans cette union ceux qu'elle aimait. Dieu interrompit sa prière par une vision. Devant elle s'élevait une porte étroite. Si on voulait la franchir, il fallait renoncer à tout ce qu'on possédait, être prêt à affronter les phis cruels supplices. Catherine s'approcha et passa sous la porte. De l'autre côté, le Sauveur l'attendait ; avec lui étaient le précurseur Jean-Baptiste, saint Dominique et ses disciples, Pierre martyr et Thomas d'Aquin. A leur suite venaient deux illustres vierges romaines, Agnès et Lucie. Toutes ces âmes étincelaient, grâce à la splendeur de leurs
diverses vertus, et formaient autour du Sauveur un arc-en-ciel bien plus lumineux que celui jadis aperçu parNoé. La foi, Tamour, la constance, Thumilité, rayonnaient de Catherine en cette auréole du Verbe Eternel.
Vers le soir, la jeune fille retourna dans sa cellule. Le Rédempteur lui apparut : « Donne-moi ton pain, » dit-il, indiquant un petit morceau qu'elle tenait à la main. Jésus-Christ le prit, 1 inonda du sang qui jaillit de son côté entr'ouvert, et le rendit à sa servante : « Mange ce pain en recevant ma bénédiction. » Comme les apôtres, Catherine était conviée à la cène.
Lapa, Lisa et quelques autres Tertiaires avaient préparé leur repas. Elles cherchèrent à persuader à Catherine de rompre un jeûne qu'elle gardait depuis dix-huit jours. Au même instant la jeune fille entendit la voix de Jésus-Christ : c'était un doux reproche : « Ne te souvienstu pas d avoir reçu d'autres aliments que ceux des hommes ? — Ah ! mes sœurs, s'écria la Sainte, avant de m'asseoira cette table j'ai été rassasiée d'une nourriture bien meilleure, » et écartant les fruits qu on lui offrait, elle parla des dons surnaturels.
Quelques jours plus tard, contre son habitude, Catherine parut un instant à sa fenêtre. La campagne couverte de neige gardait un morne silence ; mais le ciel s'ouvrit devant la jeune sainte, et jusqu'à elle arrivèrent les harmonies des célestes concerts. Dans une symphonie de voix immortelles, les âmes rendaient des sons divers. Marie-Magde-
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leine, Jean, le disciple préféré du Maître, d'autres encore qui avaient beaucoup aimé, vibraient davantage au souffle du Créateur, et leurs chants dominaient les chœurs des bienheureux. Ces chœurs célébraient la miséricorde infinie de Dieu, qui gratuitement, par un pur eflfet de la grâce, fait jouir les hommes de la béatitude éternelle. Catherine devinait le sens plutôt qu*elle ne le comprenait. C'était assez pour exciter le désir, mais non pour satisfaire l'entendement. Quant à expliquer ce qu'elle saisissait, il n'y fallait point songer. Comment traduire le langage de l'infini avec les mots bornés de la terre ? Ne valait-il pas mieux communiquer sa joie que la décrire? « Veillez et priez, dit-elle au P. Thomas qui tout pensif la regardait. Ce soir je vous enverrai mon Seigneur Jésus-Christ. j> Entraînée par la force de son amour, elle s'adressait à l'invisible Epoux des âmes. € Oui, lui disait-elle, vous témoignez votre miséricorde à ceux qui ôtent leurs couronnes pour les jeter aux pieds de l'Agneau qu'ils suivent en chantant. »
L'oreille attentive, les yeux fermés, elle écouta plusieurs jours et plusieurs nuits le cantique de l'amour éternellement heureux. Jésus-Christ lui découvrait les admirables bontés de la Providence, et Marie-Magdeleine la faisait participer à sa propre communion au secret divin.
Cependant le corps de Catherine ne goûtait ni nourriture ni sommeil ; épuisé par l'activité de l'âme il s'affaissa. Sans mouvement, presque sans voix, la jeune Sainte gisait sur la planche qu'elle nommait
son lit, et, avide de 7ésus-Christ, elle se débattait dans les liens qui la retenaient captive. « Très doux Fils de Dieu et de la Vierge Marie I » s'écriait-cUe comme si ce nom béni l'eût rapprochée de son immortel Epoux, puis elle murmurait : « Pourquoi ce corps misérable m'empêche-t-il de m'unir à vous? Rien ne peut me plaire dans cette triste vie, je ne cherche que vous. Si j'aime les créatures, c'est à cause de vous. Tirez mon âme de sa prison, délivrezmoi. -^ Ma fille bien-aimée, répondait le Christ, quand j'étais parmi les hommes, je désirais d'un grand désir manger la dernière Pâque avec mes disciples; pourtant j'ai attendu avec patience le moment fixé par mon Père, car j'accomplissais sa volonté et non la mienne; il te faut aussi vivre de désirs dans la résignation jusqu'à ce que mon heure soit venue. » Alors Marie-Magdcleine, qui avait été particulièrement unie au mystère de la mort du Christ, consola Catherine. Inondée du sang dont la divine vertu l'enivrait, Marie-Magdeleine étreignait la croix ; mais c'était surtout au jardin du saint Sépulcre que Catherine cherchait à suivre sa protectrice : « 0 Magdeleine Amour! disait-elle, ton cœur reposait avec ton Sauveur ! Afin de trouver ton doux Jésus, tu ne mettais point de terme à une douleur dont la persévérance te rendit ton Maître. » En réponse, r«pos/o/amnamorû/a faisait entendre la vocation qu'elle avait reçue au saint Sépulcre, quand le Christ la repoussa pour lui donner plus encore qu'aux autres ^ Instruite dans les traditions de son