‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 61 sur 282 · Dial. XXXVIII, CXXXII · texte numérisé non relu

Dial. XXXVIII, CXXXII

SACCTB CATHBRIXE.

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lui demandant de guérir sa fille, elle répondit : « Je suis moi-même tourmentée du démon : comment voulez-vous que je délivre les autres? » Certes elle blâmait ce père imprudent d*enchaîner la liberté de ses enfants et de les avoir vouées au cloître sans les consulter *. Peut-être le trouvait-elle digne des châtiments de Dieu ; mais si Laurence de Monaldo avait été malade au lieu d'être possédée*, elle n aurait pas attendu pour la guérir que le P. délia Fonte la lui amenât d'autorité. Satan parlait par la bouche de Laurence. « Quand je sortirai d'ici, j'entrerai en toi, cria-t-il àla Sainte. — Si Dieu le permet, je me garderai de m'opposer à sa volonté, » répondit-cïle en faisant par ses prières cesser l'agitation douloureuse de Laui*ence. Déjà Scr Michel et sa femme versaient des larmes de joie. € Laissez-moi cette enfant encore quelques jours, » reprit la Voyante. Un soir Catherine et son amie Alexia étaient retenues dans le voisinage par une œuvre de miséricorde. « Partons ! » s'écria tout à coup la Bienheureuse : le loup infernal vient de ressaisir la brebis que nous lui avions arrachée. » Elles coururent à perdre haleine, et trouvèrent Laurence furieuse sous l'action de la tempête intérieure déchaînée en elle. « Tu seras encore chassé, dit Catherine au démon, et tu ne reviendras plus. » Elle passa la nuit en prières, puis elle fit appeler Ser Michel ; il pouvait reprendre

l.Lettera 12.

2. La possession est l'empire qne Dieu permet an démon de prendre sur nne personne humaine. La tentation agit k distance la possession agit en la personne même.

sa fille, désormais elle servirait Dieu en paix. Bien que les chrétiens du xiv* siècle fussent accoutumés à voir fuir les démons à la voix de TEglise et des saints, le triomphe de Catherine sur Satan eut le retentissement que Thumble Tertiaire avait craint et prévu *.

Les pauvres ne perdaient rien à la ruine des Benincasa ; maintenant Catherine allait les visiter, et depuis qu'elle n'avait plus son père terrestre si libéral envers eux, son Père céleste lui accordait tout ce qu'elle souhaitait. Le pain, Thuile, le vin, se multipliaient dans ses mains, et une puissance invisible protégeait les richesses de sa charité. Un jour qu'elle portait dans la poche de son habit des œufs destinés à un malheureux d'autant plus intéressant qu'il avait lui-même donné tout ce qu'il possédait, elle entra à l'église croyant n'y rester qu'un instant. Ravie en extase, elle perdit l'usage des sens. Quand elle revint à la vie, ce fut pour se trouver étendue sur les dalles du sanctuaire ; tout le poids de son corps avait porté du côté de sa poche, le dé de métal dont elle se servait pour coudre était brisé en trois morceaux ; mais les œufs ne gardaient pas la moindre trace de sa chute.

Peu après, c'était une veuve chargée d'enfants qu'il s'agissait de soulager en secret. Catherine ne pouvait confier cette mission à personne, et ses douleurs de côté la retenaient étendue. Elle invoqua le Seigneur, puis guérie par la foi, elle se

1. B. Raym. II. — Legg. Min., Il, 9. — Memoriale di me Ser Crittofano di Gano. [Bibuographik, I, V.]

leva, mit dans un sac les aliments nécessaires à une nombreuse famille, et partit avant le jour. D'abord son lourd fardeau lui sembla léger. Elle marchait avec une extrême rapidité, lorsque tout à coup ses forces la trahirent et ce fut en se traînant péniblement qu'elle parvint au terme de sa course. Chez ses protégés la partie supérieure de la porte était ouverte ; pourquoi se seraient-ils enfermés, eux qui ne possédaient rien ? Catherine passa son bras à l'intérieur, fit céder la serrure, entra et se débarrassa de sa charge. Au moment où elle se retirait en silence^ évitant à cette misère cachée l'expression de la reconnaissance, ses membres lui refusèrent tout service. La veuve s'éveillait ; un instant encore, et Catherine serait découverte ; les passants, les voisins, nul n'ignorerait sa charité : « Allons, il faut s'en aller ! » se dit-elle, faisant à Jésus-Christ des reproches de l'abandon où il la laissait. Elle regagna son logis, épuisée de fatigue; et les souffrances qui l'avaient quittée quelques heures la reprirent de nouveau. Au reste, peu lui importait le moyen d'arriver à son seul but, Jésus-Christ, pourvu qu'elle l'atteignît ! Si la langueur la réduisait à l'inaction, elle s'humiliait profondément, disant à son confesseur : « Que pourrez-vous jamais faire de cette servante inutile ? » Si ses forces renaissaient, elle retournait aussitôt au service du prochain *. Parfois, afin d'éprouver son obéissance, le P. Thomas la gardait près de lui. Patiente, elle s'entretenait des

l.B. Raym. II, 3.

vérités de la foî jusqu'à ce que le divin Maître lui apparût.

Depuis sa résurrection miraculeuse, la Sainte ne témoignait plus son regret d*être distraite de Notre- Seigneur par Tentretien des hommes et elle faisait aux âmes tous les sacrifices^ jusqu'à se priver de la sainte Eucharistie quand leur salut exigeait sa présence ailleurs qu'à l'église.

La foule chaque jour plus nombreuse qui envahissait sa cellule la trouvait prête à donner son temps sans compter. Calme, souriante, elle interrompait son oraison ou le chant des cantiques par lequel elle charmait ses travaux d'aiguille ; tout entière elle s'absorbait dans les affaires qu'on lui confiait. Elle obligeait ceux qui devaient prendre quelque décision à considérer d'abord l'intérêt de leur âme et l'honneur de Dieu ; elle gagnait la confiance des cœurs fiers qui jusqu'alors ne s'étaient jamais ouverts par crainte de profaner leur peine secrète en la révélant. Sans préparation, à intervalles irréguliers bien que ce fût d'ordinaire vers la chute du jour. Dieu Tenlevait à la terre, et ces joies lui donnaient la patience d'attendre l'heure où elle entrerait dans l'éternité.

Un soir, épuisée par les fatigues d'une journée où il lui avait fallu consoler les premières larmes d'une veuve révoltée contre la Providence, elle alla chercher du courage auprès du Maître ; ne pouvant se tenir à genoux, tant elle était oppressée par sa douleur de côté, elle repoussait cependant comme une faiblesse la pensée de s'asseoir suf les marches de l'autel, car elle savait combien la mortification

seconde la prière. Soudain la toute-puissante Trinité lui apparut. Une fois encore Catherine entendit les paroles qu'il n'est point, dit TÀpôtre, permis à rhomme de répéter. Dans une lumineuse vision elle apercevait les bienheureux. Dieu lui permettait de se mêler à eux. Comme les élus elle éprouvait pour le Seigneur, pour tous les habitants du paradis, anges ou hommes, un amour pleinement satisfait ; elle goûtait la félicité céleste, félicité dont Dieu est la source, mais que les élus s'aident réciproquement à augmenter dans leurs âmes, chacun d'eux faisant participer les autres à la récompense de la vertu qu'il pratiquait le mieux sur la terre. Ainsi Marie-Magdelcine répandait l'amour de Dieu parce qu'elle avait beaucoup aimé. Il en était de même des anges qui attiraient dans leurs divers chœurs, les saints dont la vie avait eu le plus de conformité avec celle de certain^ esprits célestes *. Quitter le paradis et se trouver seule sur les dalles froides d'une église, quel réveil ! Catherine adora cependant le bon plaisir de Dieu. Plus tard, se croyant tenue de révéler sa vision à son confesseur, afin qu'il jugeât ses péchés sur les grâces qu'elle recevait, elle chercha à lui décrire le ciel, mais elle n'acheva pas son récit : « IJ faut que je vous laisse, dit-elle au P. Thomas ; je ne puis plus m'entretenir avec aucune créature ; ce que je vois me paraît obscur et sans forme *. »

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