‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 65 sur 282 · Lettera · texte numérisé non relu

Lettera

2. L'un d'eux était inscrit dans le Gonfalone del Léon nero nel quartiere di Santa Oroce, Tautre dans celui délia Scala nel quartiere di Santo Spirito. Barthélémy vivait souvent à Sienne.

3. Cette pensée revient sans cesse sous la plume de la Sainte ; on la trouve dans les lettres 5, 13, 90, 184. 299, et dans le Dialogo XLV. Pascal parlait ainsi à MHe de Eoannez (L. VU).

nelle semble trop éloignée à ses frères, la vie présente trop rude, elle les soutient de la voix et du cœur. « Ne vous évanouissez pas sous la discipline de Dieu, ayez confiance, leur dit-elle : quand le secours humain vient à manquer, le secours divin est proche; Dieu ne rendit-il pas à Job ses biens terrestres avant de l'appeler à la gloire éternelle? » C'est avec émotion qu'elle recommande leur vieille mère à ses frères. Lapa s'est dévouée pour eux, ils semblent ingrats envers elle ; certes ils ne peuvent pas l'aider des biens qu'ils n'ont plus ; pourtant le feraient-ils s'ils étaient riches, puisqu'ils la laissent jeûner de tendres paroles? « Pardonnez-moi, ajoute-t-elle aussitôt : si je n'aimais pas votre âme, je ne vous dirais pas ce que je vous dis. » D'autre part, elle n'épargne pas à Lapa d'austères avis. « Le chevalier n'est regardé comme brave qu'autant qu'il a fait ses preuves sur le champ de bataille : l'homme qui s'est conformé à la volonté de Dieu, qui s'en est revêtu, se donne lui-même, donne ses enfants, ses biens, sa vie, pour l'honneur de Dieu. »

Un jour, s'entendant dicter une lettre au cardinal Pierre d'Estaing, Légat du Pape, le jeune secrétaire resta interdit. Comment aurait-il deviné que Catherine, de sa pauvre cellule de Fontebranda, connaissait et comprenait l'état de la chrétienté?

L'époque vigoureuse, brillante, féconde que This-

toire nomme le moyen âge touchait à son déclin ;

partout on voyait des signes de décadence. Les

Ordres religieux ne naissaient plus du sol même où

seproduisaient les attaques contre la foi et la mo-

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raie pour expliquer le dogme comme saint Thomas d'Aquin, pour prêcher la vertu avec saint Bernard. Une nouvelle hérésie menaçait de pervertir la raison humaine ; et les champions de la vérité ne se préparaient point au combat. Corrompus par le luxe que créaient l'industrie et le commerce, laïques et clercs estimaient uniquement les biens sensibles qu'ils se procuraient trop souvent par force, fraude ou simonie ; quand une réaction se produisait au sein de l'Église, le culte de la pauvreté apostolique dépassait toute mesure et devenait une folie à laquelle se joignaient l'orgueil etlevice. La chrétienté ne restait plus soumise au pouvoir défenseur du droit contre la violence, dont le pape Innocent III avait montré l'efficacité. Depuis que le Saint-Siège cessait de s'appuyer au tombeau des apôtres, la papauté maîtresse d'Avignon semblait la vassale du seul pays qui ne la reconnût point pour suzeraine : la France. Sept Français *, choisis successivement par des électeurs peu libres de leur choix, s'étaient remplacés sur le trône de saint Pierre sans que la diversité des caractères ou des moyens de gouvernement changeât une situation qui, ôtant au monde chrétien son principe d'unité, mettait pahout l'anarchie et faisait même surgir un anti-pape*. Brisé par le pouvoir d'Avignon, le Saint-Empire, rival de la papauté après

1. Clément V, Jean XXII, Benoît XII, aément VI, Innocent VI, Urbain V et Grégoire XL

2. Pierre de Ck)rbière. L'épreuve n'était point nouvelle ; Toa comptait déjà une trentaine d'anti-papes, dont le premier fut Novatien en 261.

en avoir été le bras séculier, ne se relevait point lorsque le Souverain Pontife voulait trouver dans les races germaniques un contrepoids à la prépondérance des races latines. La chevalerie oubliait Uart de vaincre et périssait sous le canon, entraînant dans sa perte la féodalité. La royauté guerrière et religieuse était morte et sous Tinfluence des légistes, s'élevait une monarchie païenne servie par des mercenaires. Partout les luttes politiques remplaçaient les guerres de foi. Indifférentes aux progrès de Tislamisme, les notions chrétiennes s'entre-détruisaient, n'aspirant qu'à faire triompher leurs intérêts ou leurs passions.

Le spectacle offert par l'Italie était particulièrement triste ; grâce à leurs rois, Naples et le Piémont échappaient à certains des maux dont souffrait le reste de la péninsule; cependant les dissensions entre vassaux et suzerains et la résistance aux incursions étrangères maintenaient ces pays en armes. La république aristocratique de Venise, celle de Gènes où régnait un régime mixte, ne tournaient point seulement leur ardeur à fonder de florissantes colonies ; elles la conservaient pour lutter Tune contre l'autre quand elles n'épuisaient pas en révolutions une dangereuse activité. Dans la persécution des nobles, dans les troubles civils, Sienne révélait l'état intérieur de toutes les républiques ombriennes et toscanes, jalouses de leurs voisines, promptes à les tromper s'il s'agissait de négociations politiques ou commerciales, et désireuses de s'opprimer réciproquement par les armes. Les villes lombardes se livraient à de petits tyrans,

afin d'être gardées par des mercenaires. Peu à peu les Visconti étendaient la puissance qu'ils avaient prise sur Milan. L'un d'eux, archevêque de la ville, avait voulu fonder un État ecclésiastique dans la haute Italie; un autre se disait « pape et empereur chez lui. » Relevant contre les guelfes, partisans du pape, le drapeau tombé des mains de l'empereur, ils combattaient la seule puissance qui mît obstacle à l'extension de leur injuste empire.

A Rome, la noblesse exerçait les principaux emplois : ceux de sénateur et de capitaine du peuple, parce que le négoce n'y donnait point d'importance aux arts et métiers. Aidée de mercenaires, l'aristocratie pillait ou opprimait les cités et les campagnes^ s 'attaquant même aux cinq recteurs chargés par le Souverain Pontife d'administrer les Etats del'Eglise. Souvent les opprimés se révoltaient, tentant des choses aussi étranges que la résurrection de la république antique avec un Rienzi pour tribun. (Juand, en 1367, Urbain V avait rétabli le Saint-Siège dans la Ville Eternelle *, les espérances éteintes s'étaient ranimées. Le retour à Rome, c'était d'une part la fin de la politique exclusive d'Avignon, la renaissance pour l'empire d'Allemagne, l'équilibre entre les races latines et germaniques, la pacification de

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