‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 67 sur 282 · Rerelationes S. Birgittœ, IV · texte numérisé non relu

Rerelationes S. Birgittœ, IV

Catherine discernait tout cela avec une clarté vive. S'adressant à Tun de ces Légats étrangers dont rinepte gouvernement donnait à lltalie le droit de les maudire, elle cherchait à le former d'après un type nouveau, tout évangélique. A mesure qu'elle parlait, son secrétaire Néri la sentait directement inspirée du Saint-Esprit. Il eût été difficile de supposer que la Tertiaire illettrée s'était, par le commerce des citoyens versés dans la politique, par la conversation de quelques nobles revenus de la guerre, ou par les leçons des Dominicains, instruite à ce point. D'ailleurs, il suffisait de la regarder pour voir oii elle puisait sa science et sa sagesse. A genoux, les mains jointes, les yeux fermés, Catherine dictait, et c'est à peine si la plume du secrétaire, courant avec rapidité sur le vélin, pouvait suivre sa voix.

Carissimo e Rêver endo Padre in Cnsto dolce Gesù, lo Caterina serva e schiava de servi di Gesù Cristo scrivo a voi nel prezioso sangue suo\ disait-elle; puis elle pénétrait au cœur de son sujet: € Légat du pape en Italie, soyez lié par le lien de la vraie, de la très ardente charité! y> Creusant la pensée qui jaillissait de ces mots semblables par l'étymologie, elle montrait au prince de l'Eglise appelé

1. « Mon très cher et très révérend Père en le Christ doux Jésus; moi Catherine servante et esclave des serviteurs de Jésus -Christ, je vous écris dans son précieux sang. » Cette for* mule, sauf le changement des mots père, mère, frère, sœur, est identique pour la plupart des lettres qui toutes ont comme entête : Al nome di Gesù Cristo crocijîsso e di Maria dolce, — Au nom de Jésus -Chri$«t crucifié et de la douce Marie.

à exercer une autorité souvent contestée que le principe de tout pouvoir est Tamour qui puise dans le Verbe incarné la vie, la vérité, la paix, la force, pour les communiquer. La fille du teinturier ne craignait pas de dire et répéter au noble rejeton de la maison d'Auvergne : « Je veux, » et terminant sa lettre par le côté de la mission de Pierre d'Estaing dont entre tous elle discernait l'opportunité, elle encourageait le cardinal à lever « l'étendard de la croix. »

La Sainte avait-elle rencontré le légat? Malgré le style précis et affectueux de la lettre, on ne le crut pas. Il parut probable que c'était en Dieu qu'elle voyait cette âme comme tant d'autres vers lesquelles elle se portait par un mouvement spontané. Lorsqu'après avoir vaincu les Visconti par les armes, Pierre d'Estaing conclut une trêve, il reçut une nouvelle lettre de Catherine : c Cherchez la paix, l'union de l'Italie tout entière, écrivait-elle. Si afin d*accomplir une telle œuvre, donner votre vie était nécessaire, il faudrait la sacrifier mille fois. Paix, paix, paix, mon très cher Père ; considérez et faites considérer au Saint-Père que la perte des âmes est plus grande que la perte des cités. Dieu demandera un compte autrement rigoureux des âmes que des cités. » Et comme la politique sans vigueur du légat nuisait à la pacification de l'Italie, Catherine lui expliquait qu'une autorité ferme, juste, désintéressée peut seule établir et défendre la paix.

Alors que ces lettres, première et soudaine manifestation de la mission publique qu'elle se savait appelée à exercer dans l'Eglise, allaient

porter des conseils, presque des ordres, Catherine ne regardait à aucune fatigue, s'il s'agissait de retenir ou d'amener une seule âme sous le joug du Seigneur.

Néri, connaissant l'empire de la Sainte,lui amena la noblesse siennoise qui se joignit aux pauvres, arrivés les premiers autour de Catherine, parce que les richesses périssables ne leur cachaient pas les richesses éternelles. Ces seigneurs accouraient plus ardents, plus nombreux que la classe moyenne accoutumée à priser avant tout l'argent et les charges. Malgré le négoce que tous faisaient à Sienne, l'éducation dressait l'aristocratie à placer au-dessus des biens matériels et même du pouvoir l'antique vertu transmise par le sang; aussi la noblesse était mieux préparée que la magistrature populaire et les citoyens enrichis à concevoir les biens surnaturels dont sur terre on reçoit seulement les arrhes.

Un groupe recueilli et pénitent se forma ; on s'encouragea l'un l'autre à ne plus passer la vie en festins splendides, en jeux effrénés ; on ne tira plus vanité de ses riches habits rouges, on aspira vite à de meilleures joies que le prix remporté dans un combat ou une course, grâce au superbe cheval qui secondait l'adroit cavalier. Avec son irrésistible éloquence la Dominicaine domina ce groupe et le disciplina aux luttes contre le péché. Une sorte de règle fut observée. On se confessa et on communia chaque semaine, chaque jour on fit oraison et on récita l'Office.

A la suite de Néri, Gabriel Piccolomini dont le

vieux sang bouillonnait d'ardeur pour les croisades, Nigi degli Arzocchi et d'autres entraient joyeusement dans « la voie qui mène au Christ et où le cœur s'élargit par la charité *. )> Mais le plus cher des camarades de Néri, François dei Malavolti, lui opposa une si longue résistance qu'il considéra comme un triomphe la première visite du jeune seigneur à Fontebranda. Il ne s'agissait pourtant que d'un acte de complaisance. « Quelques moments passés avec cette fille du peuple n'engageaient à rien, se disait François, on pourrait même trouver matière à se divertir, et on serait à jamais délivré des obsessions de Néri. » Quand le jeune homme entra dans la cellule, Catherine leva les yeux et sourit. Lui, interdit comme à la vue d'un inévitable danger, s'arrêta, sentant ses forces le trahir. Etait-ce bien là ce François dei Malavolti, fier de sa race, de sa bravoure, de sa belle et robuste jeunesse, fier même des passions auxquelles il livrait sa vie sans autre frein que son bon plaisir ? Catherine lui parla avec sa simplicité accoutumée. Il la quitta sans dire un seul mot, courut à l'église et se jetant dans un confessionnal il y fit, l'aveu de ses fautes. Désormais sa vie changea : au lieu de passer le temps à jouer et à boire, il s'instpuisait et faisait pénitence ; sa famille le retrouvait ; sa femme, la belle Angela, qui jusqu'alors avait en vain tenté de le rendre fidèle aux commandements de Dieu, apprenait maintenant de lui la pratique des conseils évangéliques dans toute

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