Situé à 24 milles de Sienne, sur la route de Rome
3. Lettere 75, 78, 79, 82, 85, 86, 89, 90, 91, 93, 97. 174, 176, 179, 190,249, 251, 265, 274, 288, 289, 290, 300.— Suppl. 11,5.
4. Nous admettons facilement avec M. Dantier (lltalie, Paris, Didier, 1874, 1, 434, note I) qu'on devrait traduire de Vinea^ de la Vigne ; mais la tradition suivie depuis des siècles nous engage à ne pas changer un nom familier à Catherine sous la forme défectueuse de délie Vigne,
Le religieux avait déjà entendu parler de la Tertiaire. C'était peu auparavant ; il vivait à Montepulciano, petite ville forte du territoire siennois, et y attendait deux Pères de son Ordre, Thomas délia Fonte et Georges dei Naddi, qui faisaient un pèlerinage au tombeau de sainte Agnès, jadis prieure des Dominicaines de cette ville. Arrivés fort émus , les Siennois avaient raconté à leur hôte que des malfaiteurs aip: mains desquels ils étaient tombés dans les forêts allaient les pendre, après les avoir volés, quand poussé par une inspiration soudaine, le P. délia Fonte s'écria : « 0 ma très douce fille, Catherine, qui êtes toute à Dieu, secourez-moi dans ce grand péril! » Aussitôt, sans cause apparente, les brigands avaient re- ' lâché leurs captifs , les remettant en possession des habits et des chevaux dont ils venaient de les dépouiller. Raymond de Capoue, que ce récit intéressa, sut plus tard qu'au moment même oîi son confesseur l'invoquait, Catherine se mettait en prières, et disait à Alexia Sarracini : « Mon Père m'appelle, il court un grand danger ! » Raymond de Capoue vit donc venir à lui la Tertiaire avec un vif intérêt ; son passé, ses vertus, lui permettaient de la comprendre*.
On regardait à bon droit le P. Raymond comme une des gloires de l'Ordre. Longtemps prieur de la Minerve, à Rome , puis directeur des Domi-
1. Echard, I, 679-680. — B. Raym., 10. Il nous paraît certain que le P. Raymond de Capooe n*arriva à Sienne' qu'en 1374, sans doute au mois de juin, comme l'assure le P. Garapelli.
nicaines cloîtrées de Montepulciano , il avait acquis une profonde connaissance des âmes. Ses études sur la bienheureuse Agnès, dont il venait d'écrire la vie, lui rendaient familières les voies par lesquelles Dieu se plaît à conduire les âmes privilégiées ; sa naissance, les alliances de sa famille, le mettaient en relations avec les grands de la terre auxquels Thumble fille du teinturier devait désormais se mêler; enfin ses rapports avec la cour pontificale, qu'il fréquentait sous le règne d'Urbain V, lui donnaient des connaissances spéciales à regard de la mission que le Christ avait prédite à sa servante pour FEglise.
La Sainte reconnut l'envoyé de Dieu * et elle confia au P. Raymond, dans les moindres détails, l'histoire de sa vie. Elle rappelait les grâces surprenantes de sa première enfance où par une oraison déjà toute dominicaine sa jeune intelligence s'élevait du visible à l'invisible et cherchait Dieu tandis que les anges l'emportaient loin des hommes ; elle décrivait sa première vision , elle s'accusait surtout de sa résistance à la grâce avant la mort de Bonaventure. Ce fugitif péché de coquetterie faisait le grand objet de sa confession générale ; surpris de la disproportion qu'il y avait entre la faute et le repentir qu'elle témoignait, Raymond
1. La première fois que la Sainte le vit, c'était à une Messe chantée poar la fête de saint Jean -Baptiste. Barthélémy dei Domînici officiait ; Raymond de Capoue et Thomas della Fonte Tassistaient. Chose remarquable, les principaux confesseurs de Catherine, auxiliaires de sa mission dans TEglise, étaient réunis aux pieds du Christ pour honorer le Précurseur.
de Capoue la reprit. « Mon Père spirituel excuse mes péchés, dit-elle avec reproche; est-ce qu'une créature si vile, si méprisable, qui ne méritant rien avait tout reçu de son Créateur, devait ainsi passer le temps à orner son misérable corps ? Sans la miséricorde de Dieu, Tenfer n'eût pas suffi à expier mon crime. » Jadis le P. Barthélémy s'était scandalisé de semblables paroles *. Plus avancé dans la perfection, Raymond de Capoue laissa Catherine s'accuser d'avoir préféré sa sœur au Christ, d'avoir privé le prochain et de s'être privée elle-même des secours providentiels ; il la laissa même, selon la coutume des saints et en particulier de saint Dominique, s'accuser des fautes de toute l'humanité. Ne concevait-il pas que pour se rendre semblable son épouse, le Christ faisait porter à Catherine les iniquités du monde, qu'il l'abandonnait au sentiment de [réprobation dont il eut le cœur rempli sur la croix, qu^il la pressait de se repentir du péché de tous, de l'expier, comme si elle l'avait elle-même commis * ?
Pas à pas cette femme de vingt-sept ans retraça la voie qu'elle avait suivie, elle raconta sa maladie, sa volonté de guérir pour prendre l'habit dominicain ; elle instruisit le P. Raymond de tout ce qu'elle avait traversé par obéissance envers ses parents, envers le Père-Maître et la prieure des Tertiaires, envers ses confesseurs ; et Raymond de