B. Raym. II
lui fallait c une Bulle de pardon comme on en donnait à Rome. — Sous quelle forme ? s'écria la Bienheureuse en riant aux éclats. Lui, qui suivait sa pensée, répliqua avec gravité : Il me faut pour authentique une contrition sensible et extraordinaire de mes fautes. » VAve Maria sonnait; ils se quittèrent.
Le lendemain, quoique Catherine fût fort malade, elle se leva de grand matin et emmena Alexia dans la maison voisine du monastère où étaient logés les Frères Prêcheurs ; là elle se fit introduire dans la cellule de son confesseur. Faible, presque expirant, il ne pouvait même plus parler à Nicolas de Pise son compagnon. La Sainte s*assit à son chevet et l'entretint de la miséricorde de Dieu si mal récompensée par l'ingratitude des hommes. « A ce moment, dit Raymond de Capoue,jevis mes péchés avec une surprenante clarté ; j'étais en présence du grand Juge, je me sentais dénué de tout, je me savais aussi digne de la mort que les malfaiteurs atteints par la justice des hommes. Pourtant la bonté, la clémence de mon juge, me délivraient du châtiment ; elles changeaient la mort en vie, la crainte en espérance, la douleur en joie, la honte en gloire étemelle. » Des torrents de larmes inondaient le visage du Dominicain, son cœur était brisé. Il se rappela sa requête de la veille. « N'est-ce pas la Bulle que j'ai demandée ? balbutia-t-il. — C'est elle-même, » murmura la Bienheureuse qui suivait l'action de l'Esprit-Saint. « Souvenez-vous des grâces de Dieu, » dit-elle au P. Raymond en lui mettant sur l'épaule la main que Notre-Seigneur
avait marquée du stigmate de la passion alors qu elle l'invoquait pour ses disciples. Son confesseur était guéri, elle sortit rapidement.
Cependant la confiance du P. Raymond eut encore besoin d un miracle pour ne plus faillir, et de nouveau la sainte dont il racontait Thistoire aida sa connaissance de la sainte qu'il dirigeait, car le troisième prodige se passa comme les autres à Montepulciano. Catherine s'ouvrait à son confesseur de ses révélations î « Faut-il vraiment croire tout ce qu'elle dit? » se demandait-il. Soudain la Bienheureuse disparut ; à sa place était un homme sévère dont la figure indiquait la plénitude de la vie ; sa physionomie était empreinte de la majesté qui révèle la présence de Dieu : t Qui me regarde ainsi? s'écria le Dominicain. — Celui qui est, > répondit la voix de Catherine. La vision disparut, mais le P. Raymond, instruit par TEsprit-Saint, comprenait ce qui auparavant lui semblait inintelligible. Bientôt il comprenait aussi qu'il fallait respecter le silence de la Sainte, lorsqu'elle refusait de s'expliquer sur certaines grâces du ciel. Après l'avoir entendue murmurer à diverses reprises: Vidi arcanaDeiy iltémoignale vif désir de savoir ce qu'elle avait vu : « Ma Mère, pourquoi répétez-vous toujours les mêmes paroles sans nous en révéler le sens? — Il m'est impossible, répliqua-t-elle, de dire autre chose ou de le dire autrement. — Comment, vous nous confiez, sans que nous vous interrogions, ce que Dieu vous révèle, et vous ne me répondez pas quand je vous le demande ? — Je ne peux rendre ce que j'ai vu par de vaines paroles. Mon langage
déshonorerait Dieu. Il y aun abime entre ce que mon esprit a contemplé et ce que j*en pourrais dire. Je croirais mentir. Ce que j'ai vu est indicible. » Le P. Raymond se tut ; maintenant il savait tout à la fois diriger cette sainte et labandonner sans contrôle à Dieu *.
Les âmes des Dominicaines cloîtrées restèrent attachées à Catherine lorsqu'elle s'éloigna. Afin de s'affermir dans l'esprit de saint Dominique, qui à la pauvreté personnelle de l'individu ajoute la pauvreté collective du couvent, la prieure entretint une correspondance avec la Sainte et fut, ainsi que ses sœurs, pleinement initiée à l'abandon total de soi à la Providence. Peu après Catherine leur amena deux postulantes filles de son frère Barthélémy et de la Tertiaire Lisa*. Sainte Agnès elle-même sembla les accueillir en renouvelant un miracle qui étonnait ses contemporains. Les Ben incasa réunis autour de la citasse furent couverts des petites croix blanches et fines, pareilles à une manne céleste, qu*on voyait autrefois tomber sur la cloîtrée de Montepulciano. Lisales recueillit et les distribua.
De retour à Sienne, Catherine trouva le P. Raymond singulièrement favorable à ses jeûnes, à ses longues oraisons, à sa vie particulière. Comme il lui voyait l'âme ouverte aux charmes delà nature, il l'engageait à suivre Lisa et ses compagnes, et à se reposer parfois dans une ferme des environs de Sienne qui appartenait à la famille Benincasa. Ca-