‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 85 sur 282 · B.Raym.II · texte numérisé non relu

B.Raym.II

thcrine sortait alors des portes de la ville, franchissait de hautes futaies, traversait la vallée, les prairies, dans d* étroits chemins creux bordés de haies et dominés par d'immobiles cyprès. Après une marche de cinq milles, elle arrivait à la Canonica de Santa- Maria-a-Pilli et s'arrêtait dans une maison blanche, tout entourée de vignes dont les raisins déjà rougissants se suspendaient aux rameaux verts des ormeaux*. La création rayonnante des splendeurs de Tété relevait vers le monde invisible ; Catherine apercevait la Jérusalem céleste, l'entrée triomphale de TAgneau sans tache, elle assistait pour ainsi dire à la résurrection de l'univers qui souffre et gémit de la chute de l'homme. Les harmonies des chœurs angéliques arrivaient jusqu'à son oreille, et on en retrouvait l'écho dans les hymnes par lesquels elle donnait libre cours à son allégresse. Ses compagnes la suivaient, oubliant le temps et le monde. Une fois on les vit errer par les bois et les prés durant trois jours et trois nuits, puis rentrer à Sienne les mains enlacées, les yeux au ciel, chantant les louanges du Seigneur et la beauté de ses œuvres !

Partout où passait Catherine, ses pas laissaient une trace bénie. Les paysans s'aperçurent qu'elle subissait Tardeur du soleil, les rafales de la brise, les lourdes pluies d'été sans en être atteinte. Nombre

1. Cette ferme avec les vignes dont elle était entourée appartenait aux Bonincasa depuis 1293. (Bibliothèque corn, de Sienne. Cod. B. VII-11, Carta 39 rétro.). Quand Lisa devint veuve, elle la posséda comme reprise dotale. La maison a été reconstruite plusieurs fois depuis le ziv« siècle. Une inscription^ que nous avons vue en 1874, y perpétue lé souvenir do Catherine.

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d'entre eux lui virent traverser à pied sec l'Arbie ou la Tressa, quand lès flots gonflés par la fonte des neiges avaient emporté les ponts : aussi ne doutaientils pas de sa puissance sur la nature et, lorsque la tempête menaçait leurs récoltes, lorsqu'un nuage de grêle planait sur leurs vignobles, ils obtenaient que la Bienheureuse éloignât Forage et rappelât le soleil parle signe de la croix.

Ainsi le vénérable Dominicain assistait à la vie extérieure et pénétrait la vie intérieure de la Sainte qu'il était appelé à gouverner. Jamais Catherine ne se refusait à parler de son âme, car c'était parler du Tout-Puissant en elle : — « Si Ton trouvait quelqu'un pour m'écouter, disait la pénitente au directeur, je passerais les jours elles nuits à m'entretenir Je Dieu ! j> Lorsque l'attention du P. Raymond faiblissait, lorsque ses paupières s'alourdissaient, la voix de Catherine le réveillait avec hardiesse: « Est-ce à voufe ou à ce mur que je parle, mon Père? Quel tort le sommeil fait à votre âme ! » Remarquant le doux sourire, la physionomie heureuse qu'aucune souffrance n'avait le pouvoir d'assombrir, le sage directeur admirait la vaillance de cet être débile qu'une force sans limite soutenait, dès que la charité exigeait l'action, mais il ne célébrait point les prodiges dont le vulgaire restait surpris ; il taisait l'empire de Tâme affranchie sur le corps vivifié qui permettait à Catherine une veille constante et un jeûne tel qu'on la prétendait nourrie de la seule Eucharistie ; loin de rechercher l'accomplissement des prophéties de la Sainte, il déclarait que de tels prodiges peuvent avoir d'autres causes

que Pintervention divine, et il cachait tout ce que ses entretiens avec Catherine jetaient de lumières nouvelles et intimes sur des faits généralement connus, L'Église ne pouvait se prononcer encore, et le théologien déclarait que les grâces singulières scandalisent les orgueilleux, les envieux et parfois môme certaines âmes de bonne volonté. Ne l'avait-on pas remarqué lors de la mort miraculeuse de Catherine ? Ce que le P. Raymond proposait à la vue, à l'imitation de tous par degrés, c'étaient les vertus qui éclataient en la Tertiaire, l'humilité, la patience surtout, cette « rose odoriférante qui a l'amour pour racine, cette reine qui gouverne notre être et fait justice de la sensualité, cette vertu royale acquise par le souvenir du sang de Jésus-Christ, cette vie des autres vertus sans laquelle nous ne saurions au milieu des souffrances exprimer à Dieu notre désir de le servir joyeusement, d'honorer sa présence en nous, de sauver les âmes. La pazienzia, s'écriait Catherine dans son beau langage, sempre vince e rimane donna * ! » Maîtresse d'elle-même et de tout le créé, Catherine l'était en possédant selon la parole évangéliquc son âme dans la patience', et c'était cela que Raymond de Capoue disait dans cette ville do Sienne où elle venait d'être calomniée et persécutée. L'un des bienfaits que la protection du P. Raymond valut à sa pénitente fut le retour à la communion fréquente. Plus le commerce de la Sainte avec le prochain l'arrachait à l'oraison, plus elle donnait,

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