‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 87 sur 282 · Lett · texte numérisé non relu

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pelle délie Volte, elle suivait des yeux l'hostie et s'accusait d'être indigne de la recevoir. Après la consécration, le célébrant s'aperçut qu'une parcelle des saintes espèces avait disparu. Serait-elle profanée ? Il chercha dans les moindres replis des linges et des ornements, enfin, laissant le sacrisWn en faction devant l'autel, il allait s'accusera ses supérieurs, quand il rencontra Dom Christophe, prieur de la Chartreuse de Belriguardo.

Le moine venait parler à Catherine d'une affaire importante ; fatigué par les trois milles qu'il avait parcourus au soleil un jour de jeûne, pressé de retourner à son couvent, il vainquit la résistance qu'éprouvait Raymond de Capoue à s'éloigner et l'entraîna chez les Benincasa. Là on leur dit que la jeune fille était à Saint-Dominique ; ils y retournèrent, la trouvèrent, et le premier mot de son confesseur fut pour lui confier ses inquiétudes. Elle sourit : « Avez-vous bien cherché ? — Oui. — Pourquoi vous affliger alors ? » Le religieux garda le silence jusqu'à ce que Dom Christophe fût parti ; puis il revint au sujet qui dominait son esprit. « Ma Mère, dit-il, car il s'était promptement accoutumé à lui donner ce doux nom ; ma Mère, je crois vraiment que c'est vous qui avez pris la parcelle de l'hostie. — Ne m'accusez pas, ce n'est pas moi, mais un autre. » Pressée de questions, elle avoua que le Seigneur l'avait communiée avec celte parcelle du pain sacré*. Soit que Dieu Féclairât direc-

1. Dial. CXLII— B. Raym. 1,2,3,4,6, 7, 9, 10,ll,12;n, 4, 5, 6, 7, 9, 10, 11 , 12 ; III, 6. - Suppl. I, 2, 4 ; II, 3.— Legg. Min. II, 6. - Lett 100, 102.

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tement, soit qu'il subît l'ascendant de Catherine, le P. Raymond ne douta pas un instant de la véracité de ce récit.

L'amitié resserra les liens que l'autorité des supérieurs avait formés entre ces deux membres de la famille Dominicaine. Leurs cœurs étaient remplis du même amour, Tamour de Jésus-Christ. Avec une égale générosité, ils eussent donné bien plus que leur vie : les souflFrances infinies de leurs âmes, pour l'Eglise et le salut des hommes. Ils jugeaient de même le temps et ses épreuves, Tétemité et ses béatitudes ; ils étaient Tun à l'autre une occasion, presque im gage de salut, car Dieu tenait compte au confesseur des vertus qu'il développait en sa pénitente, et l'ignorante Tertiaire ne tarda pas à faire du savant théologien le plus humble de ses disciples. L'un comme l'autre ils s'efforçaient de reproduire le type de leur père saint Dominique ; mais les traits de famille qu'ils avaient en commun, l'habit semblable qu'ils portaient, faisaient encore ressortir le contraste de leurs natures. Tout en restant respectueuse et docile entre les mains de son « très doux Père, » Fardente et vaillante Sainte appelait le religieux timide, hésitant, découragé, <c son fils négligent ; » elle l'exhortait à devenir « un chevalier, un amoureux, un poursuivant, un époux de la vérité ; » à vivre, à mourir au service de la vérité, non point résigné mais joyeux.

Dans leurs inquiétudes, leurs tristesses, 'qui, pour être de l'ordre le plus élevé, ne les atteignaient que plus profondément, Catherine et Raymond se portaient un mutuel secours ; non le secours fugitif et

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énervant que prête Timpuissànte pitié des créatures, mais le secours plein de force que peuvent seuls donner ceux qui ont les paroles de la vie éternelle. D'affection sensible, de discours de la terre, de ce qui passe, ils ne voulaient ricn^ Ce qu'ils aimaient l'un en Tautre, c'étaient les reflets immortels de la beauté de Dieu : aussi, quand ils se heurtaient aux défaillances de .tous les sentiments terrestres, n'éprouvaient-ils ni Tétonnement ni la colère de la passion humaine prompte à briser son idole. Ils s'encourageaient seulement à anéantir, à transformer ce qu'ils jugeaient en eux d'indigne de leur Maître, et réciproquement, l'indulgent confesseur, la Mère si douce de tant d'âmes se montraient, à cause môme de leur particulière tendresse, d'une particulière sévérité.

Un jour viendrait où l'amitié dont Dieu était le principe et la fin s'épanouirait par une pénétrante intimité d'âme inconnue ici-bas et vivrait éternellement sans tache et sans voile dans le lieu béni de l'immortalité qu'ils se rendaient présent et visible à force d'y songer, d'en parler, de le mériter '.

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