‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 88 sur 282 · CATHERINE PENDANT LA PESTE DE SIENNE · texte numérisé non relu

CATHERINE PENDANT LA PESTE DE SIENNE

Cbristo rini ego, e*l ciele tutti i santi... S« morir deve un hnom giovane e forte 8'a cio crudellà il mena e nongiastizia — Signore....

Converti a te si grave peccatore.

II Malatesta rapprbs. i>i s. Gatbrina.

Pedte de Sienne. — Catherine perd son frère Barthélémy et neuf de ses neveux. — Elle guérit miraouleusement un grand nombre de malades. — Disette et guerre civile. — La Sainte porte aux prisonniers les consolations de la foi. — Elle convertit et accompagne au supplice Nicolas Toldo de Péroase. — Puissance du sang humain versé en expiation.

Au moment où le P. Raymond et Catherine se voyaient pour la première fois, pendant Tété de 1374, la peste, qui existait depuis plus d'un an à Sienne, éclata avec une extrême violence. On souffrait unjouroudeux, puis la mort venait si rapide, si soudaine, que le pape Grégoire XI, saisi de compassion, avait accordé Tindulgence plénière aux victimes du fléau. La contagion inspirait une terreur sans limites ; sou vent Tamitié, l'amour, le sentiment paternel même, ne retenaient pas au chevet du pestiféré ceux qui jusqu'alors n'avaient eu avec lui qu'un cœur et qu'une âme. Resté seul, il se croyait

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abandonné ; mais à l'heure où il devenait un objet d'horreur pour ses amis de la terre, arrivait à lui un inconnu, qui ému de toutes les pitiés, prêt à tous les sacrifices, choisissait celte heure même pour se dire et se montrer son frère en Jésus-Christ. C'est ainsi que prêtres et religieux couraient d'un malade à l'autre, jusqu'à ce qu'ils tombassent mourants aux pieds de ceux qu'ils exhortaient. Les Frères Prêcheurs semblaient se multiplier et puiser des forces dans l'exemple de Catherine. Durant tout le jour ils la voyaient secourir les agonisants ; la nuit venue, ils la rencontraient encore cherchant son chemin un bâton à la main, tandis qu'avec une petite lanterne elle s'éclairait pour relever les corps tombés dans les rues désertes, et s'assurer qu'ils ne donnaient aucun signe de vie*.

La douleur personnelle qui, ferme tant de cœurs, ouvrit plus largement celui de Catherine aux infortunes d autrui. Elle était cruellement frappée. Son frère Barthélémy avait succombé au fléau, laissant onze enfants. Bientôt l'un d'entre eux le suivit dans la tombe, puis d'autres. Le fils de Benincasa fut aussi emporté et neuf fois la Sainte vit finir ces courtes existences qui, arrêtées sur le seuil de la vie, avaient seulement connu les joies innocentes d'une heureuse jeunesse. Ensevelissant alors les corps de ses neveux, parfaitement purs devant Dieu,

1. Mnr.XV, 240. - G. GigU, Diario Sanese, 1, 130. Lucoa L. Venturi, 1723. Quelques auteurs donnent à Catherine une sœur aînée nommée Lisa et la font mourir de la peste. Cette assertion manque de fondement. Cf. ch. i, p. 33, note 2.

elle souriait au milieu do ses larmes. « Celui-ci, je ne puis plus le perdre, > disait Catherine, et elle le rendait à la terre jusqu'au jour de la résurrection *. Pour consoler des épreuves semblables aux siennes, Catherine était toute-puissante. En assistant les derniers moments de trois Dominicains, trois frères de la noble maison des Gorî, elle arrêta le murmure sur les lèvres de la Tertiaire Françoise leur mère , bien tentée de se plaindre à ^Jésus- Christ quand il lui reprit les fils qu'elle avait joyeusement offerts à TÉglise*. Mais, si elle parcourait le couvent de Camporeggi jadis animé, aujourd'hui morne, Catherine se demandait qui resterait pour ensevelir les derniers morts. Le P. dei Dominici s'éteignait rapidement. Raymond de Capoue, le seul qui pût aller dans la ville administrer les agonisants, rentrait à peine quelques heures. Une nuit qu'il se levait péniblement à la cloche de matines, il retomba accablé de violentes douleurs. Etait-ce la peste ? sa main tremblante en chercha et en découvrit les signes certains. S'il fallait mourir, près de Catherine le passage serait moins terrible: s'armant donc d'un courage désespéré, il se traîna jusque chez sa pénitente. Déjà elle était au milieu des pestiférés ! On courut à sa recherche ; elle vint droit au Dominicain, lui plaça la main sur

1. Alcnni Mit., 22. Dans le nécrologe de Saint- Dominique, du 2 août au 1*' octobre 1374, sont inscrits six des fils de Bartolo et un de Beninoasa (Arcbiv. délie Ri for m. Lib. délia Corona, c. xuii, t. XII. Compagnia di 8. Antonio di génie, Cod. c. in, 2, de la Bibl. Gom. de Sienne).

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