B. Raym. III, 1. — Note A de la lettre 176, éd. Gigli
le front comme pour le bénir, et fut ravie en extase. Une commotion intérieure agita le malade, quelque chose d'indéfinissable s'échappait avec violence de l'extrémité de ses membres ; guéri, il éprouvait seulement une extrême faiblesse et l'attribuait à son peu de foi. Catherine le fit manger et lui conseilla de dormir. Puis, à son réveil : « Allez, lui dit-elle, allez travailler au salut des âmes ; rendez grâces au Tout-Puissant qui vous a délivré de ce danger. ^ Le religieux reprit ses pénibles labeurs, et Catherine arrachant aussi le P. dei Dominici à la peste l'envoya rejoindre son compagnon.
Les novices , plus accessibles à la contagion en raison de leur âge, ne visitaient point les pestiférés, mais à mesure que les prof es succombèrent à l'épidémie, on dut chercher de nouveaux dévouements. La récompense qu'on proposait à cette pieuse jeunesse, afin de l'exciter à vivre dans un perpétuel danger de mort, c'était les entretiens, l'amitié de la Sœur Benincasa. « Une telle récompense est magnifique ; avec Catherine tout travail m'est un repos, » disait le plus zélé d'entre eux, Simon de Cortone. Il travailla si vaillamment que la peste le frappa à son tour. Aussitôt le P. délia Fonte le mena, le porta presque jusqu'à Fontebranda. Fatiguées de leurs courses matinales, les Tertiaires mangeaient de la bouillie de froment ; la Bienheureuse semblait les imiter. Le P. Thomas s'approcha. Simon, accablé, s'affaissa près de la porte. Catherine leva les yeux. « Pourquoi mon fils me fuit-il? — Il a la fièvre, » répondit Thomas délia Fonte. La Sainte attira près d'elle le pauvre
novice dont le visage se décomposait sous l'action du mal; pour tout remède elle lui imposa une cuillerée de la soupe qui était sur la table et fit plusieurs fois le signe de la croix en ordonnant à la fièvre de cesser. La fièvre obéit*.
Afin de multiplier ces guérisons miraculeuses, on enlevait parfois Catherine à ses disciples et à ses malades des hôpitaux pour la mener chez d'autres pestiférés. Ainsi on Pentraîna hors des portes de la ville à Termitage d*un ami de Colombini , disciple du célèbre chartreux Petroni. Le vieil anachorète, nommé Frère Saint de Terame, subissait l'empire de Catherine; pour la suivre et se dévouer au prochain, il sortait souvent de son ermitage, déclarant que près d'elle il se sentait plus recueilli dans la paix du Christ qu'au sein de la solitude. Elle décida Frère Saint à se laisser mener à Thôpital de la Miséricorde. Quand il y arriva, elle lui dit à l'oreille : « Ne craignez rien, quelque malade que vous soyez, vous ne mourrez pas. » La peste étendait pourtant ses ravages, chacun s'affligeait, on avait cessé de lutter contre le mal et on attendait le dernier soupir. « Ne craignez rien , répéta Catherine, vous ne mourrez pas. » Enfin on prépara les. funérailles de l'agonisant, car les vivants éloignaient les morts comme un danger. « Ame bénie de Jésus-Christ, je te commande de ne pas partir, » s'écria Catherine penchée sur son ami. A ces mots, la vie, triomphant des lois de la nature, s'arrêta sur les lèvres trem-