B. R«7m. II
Catherine guérissait les maladies corporelles : témoin le jeune homme miné par la fièvre, que Gérard, laîné des Buonconti, lui amena un soir. Le malade allait expliquer la nature de ses souffrances. Catherine l'arrêta : « Depuis combien de temps ne vous ôtes-vous pas confessé ? > Le dernier pardon de Jésus-Christ remontait aux jours de Tenfance. € Mon fils, c'est le poison de vos péchés qui vous tue, allez vous confesser. » Il obéit et revint absous. Catherine lui mit la main sur Tépaule : < Que la paix du Seigneur vous accompagne ! je ne veux plus que vous souffriez. » Avec l'innocence le pécheur recouvra la santé.
Une pareille manière de guérir alarma les hommes de la science. A. quoi bon consumer ses veilles dans Tétude, si un signe de croix l'emportait sur les formules d'Hippocrate et de Galien ? Le plus célèbre médecin de la ville, Jean Gittalebraccia, résolut d'avoir raison de Catherine. Sous prétexte de lui proposer la solution de mystères qui le troublaient, il vint la trouver, accompagné d*un jurisconsulte fameux de l'Université, Pierre degli Albizzi. Tous deux appartenaient à cette école scolastique « abâtardie et dégénérée, qui s'attarde aux questions vaines, secondaires, souvent ridicules autant que futiles *. > « Comment Dieu parla-t-il en créant le monde ? demanda Gittalebraccia. Dieu aurait-il une bouche et une langue ? » Catherine leva ses yeux francs sur ses visiteurs : v Vous qui enseignez
1. Le vrai Thomiste, parle R. P. Coconnier. Reimie Thomiete, 7 mars 1893, 18.
les autres, vous préteirdez vous instruire auprès d'une pauvre femme dont vous devriez plutôt éclairer l'ignorance, répondit-elle. Que me sert-il de savoir comment Dieu, esprit sans corps, a parlé? Ce qu'il nous importe à vous et à moi de comprendre, c'est que le Verbe éternel s'est incamé et a souffert pour nous racheter. » Elle dépeignit l'amour du Christ mort sur la croix, et son ardente charité se communiqua au cœur de ses auditeurs. Devenus humbles, convaincus de leurs erreurs passées, ils prirent la Sainte pour guide.
Tout le temps que Catherine ne donnait pas activement au prochain, elle le passait à prier pour lui dans l'église Sainte-Christiûé.' Là, sous les voûtes de l'antique sanctuaire bâti au temps de Charlemagne, près de l'Amo d'où s'élevaient les cantiques des matelots qui, en mettant à la voile, se recommandaient à la Madone del Ponte, elle parlait des âmes au Sauveur. Séduite dès son enfance par la vue de Jésus-Christ, elle comparait sa destinée à celle des pécheurs que le caprice de la volonté entraîne vers les créatures. Si les hommes connaissaient Dieu, ne le préféreraient-ils pas à tout? N'était-elle pas appelée plus encore que parle passé à le leur faire connaître ? La prédication propre à frapper ces hommes avides de mouvement extérieur vers un objet sensible, n'était-elle pas la prédication de la Croisade ? Se retraçant la marche de son apostolat, la préparation qui en avait indiqué chaque étape, Catherine voyait son empire sur sa famille naturelle et sur sa famille spirituelle suivre son union à la vie du Christ dans le mariîige
mystique. Le stigmate sacré frappé en sa main et la promesse que tous ses disciples seraient sauvés précédaient ses travaux apostoliques à Sienne. Sa mort miraculeuse, sa résurrection, lui ouvraient une ère d'influence étendue et décisive. L'échange de son cœur contre le cœur du Sauveur l'amenait à s'offrir comme victime pour l'Eglise et à porter d'autres chrétiens à offrir leur sang en sacrifice expiatoire. Pleine du désir de la Croisade, elle rappela au Christ des engagements anciens. Quand donc, ditelle, me ferez-vous porter votre sceau? N'imprimerez-vous pas vos stigmates dans ma chair? Ce me serait un signe certain de ma ùiission*. »
Le quatrième dimanche de Carême *, Catherine, ses compagnons, ses compagnes^ avec de nombreux fidèles, assistaient dans l'église Sainte-Christine' au sacrifice de la Messe célébré par le P. Raymond et avaient presque tous communié. Privée par l'extase de l'usage des sens, la Sainte restait prosternée devant un Christ peint par Giunto de Pise, quand on la vit se redresser, s^agenouiller et étendre les bras. Son visage rayonnait d'une lumière éclatante. Soudain, comme frappée d'une mortelle blessure *, elle s'aff'aissa sur les dalles. Raymond de Capoue
1. Prooatsni, Attast. Fr. Bartb. de Sen. et P. Caff. D. Mart.. t. VI, 1353-1365 et 1268 ^ B. Raym. II, 6. — Suppl. II, 6, III.