‹ Sainte Catherine de SienneChapitre 97 sur 282 · Catherine ne donne point de détails sur cette blateure · texte numérisé non relu

Catherine ne donne point de détails sur cette blateure

comprit que les vœux de sa pénitente étaient exaucés ; il s'approcha rapidement, t Par la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, je porte ses stigmates, murmurait-elle à voix basse. Attaché à la croix, entouré de merveilleuses clartés, le Sauveur est venu à moi.; mon âme s'est élancée vers lui, mon corps s*est relevé pour la suivre. Des cinq plaies sacrées tombaient sur moi cinq rayons sanglants; j'ai demandé à mon Maître de rendre les cicatrices invisibles ; il m*a exaucée ! Avant d'arriver jusqu'à moi en ligne droite, avant de pénétrer-mes pieds, mes mains et mon cœur, les rayons sanglants se sont transformés en simples rayons lumineux. Une vive douleur déchire mes membres, une cruelle angoisse oppresse mon cœur ; s*il ne plait pas à Dieu de faire un nouveau miracle, je mourrai ! >

Dès qu'on eut ramené la Sainte au palais Buonconti, elle s'évanouit. Ceux qui Taimaient s'agenouillèrent, dTardentes supplications s'élevèrent vers le Seigneur ; en Catherine chacun voyait la consolatrice de ses peines, Tappui de sa faiblesse, le secours de ses travaux. Lorsqu'elle reprit connaissance, elle avoua qu'elle souhaitait sa fin prochaine, et ses disciples le lui reprochèrent avec désespoir. Sans leur mère, ils ne sauraient ni bien vivre ni bien mourir; les abandonnerait-elle exposés à la tempête pour se réfugier dans le port et goûter le bonheur qui lui était assuré? ils savaient qu'elle tenait

d'amour dont saint Thomas (in 3 dîst. 27 A. I. ad 4.) et sainte Thérèse (Cast. mor^ VI, 2) parlent longuement.

son sort entre ses propres mains ! < Je n'ai d'autre volonté que celle de Dieu, répliqua Catherine. Celui qui est le salut peut vous sauver sans Taide d'aucune créature. Je vous aime, mais il vous aime encore bien plus tendrement que je ne saurais le faire, et il désire votre salut plus que tous les hommes, plus que moi-même nous ne pouvons le concevoir* Ne la-t-il pas prouvé par l'effusion de son précieux sang? Que sa volonté s'accomplisse pour votre plus grand bien.» -

Durant toute la semaine, de longs silences succédèrent à de rapides échanges de paroles ; la malade buvait seulement quelques gouttes d'eau froide, t Ce qui est doux me semble un poison, » disait-elle, refusant les boissons sucrées qu'on lui préparait. Raymond de Capouese souvint alors qu'on baignait les tempes et les poignets des personnes faibles dans du vin de Vernaccia. Il pria ses hôtes de lui en procurer, et ils s'adressèrent à im voisin dont la cave était mieux pourvue que la leur. ITanii des Buonconti n'avait plus de ce vin ; tout ce qu'il put faire pour témoigner son bon vouloir fut de montrer le tonneau vide et de tirer la cheville qui le fermait. Aussitôt, des flots vermeils inondèrent le sol. On appela les serviteurs ; ils partagèrent l'étonnement du maître. Quant aux disciples de Catherine, ce miracle, qui rappelait la barrique merveilleuse de Sienne, encouragea leurs espérances, et ils appliquèrent le remède avec foi. Le samedi vers le soir, leur mère fit appeler Raymond de Capoue. « J'espère que vous êtes content, dit-elle, le Seigneur semble vous exaucer. > Une longue extase suivit sa commu-

nion du lendemain. Elle renaissait sous le regard anxieux de ses disciples ; bientôt elle s'endormit profondément. Avec un espoir qu'on n'osait s'avouer, chacun épiait ses mouvements. € Éprouvez-vous toujours les mêmes douleurs? s'écria Raymond de Capoue dès qu'elle s'éveilla. — Mes plaies fortifient mon corps, répondit-elle. Ce qui m'abattait me soutient ; à votre prière Dieu prolonge mon temps de souffrance ; j'en suis heureuse à cause de l'amour que je vous porte. >

Catherine était guérie ; elle se leva et sortit. Dieu le voulait! Elle portait la croix non point sur ses vêtements, comme les croisés ordinaires, mais d'une manière miraculeuse en sa chair et en son âme. A tous elle devait prêcher la croisade ; le Cardinal Guillaume de ^^oëllet, légat du Pape, venait d'en^ voyer des messagers à Pise, un nonce apostolique y arrivait, il fallait qu'elle leur parlât.

La ville entière s'agita dès qu'on aperçut la Sainte de Sienne dans les rues. Leâ passants poussaient de joyeuses clameurs ; les ouvriers accouraient de leurs ateliers, les femmes, les enfants, tombaient à genoux. Avaient-ils besoin de voir les stigmates de Catherine pour y croire? Tandis que les Frères Mineurs, regardant ces plaies sacrées comme un privilège réservé à leur père saint François, niaient le miracle, que les Dominicains cherchaient d'ailleurs à tenir secret * , tandis que les savants souriaient de

1. B. Raym. II, 11. Cette qnerelle dura des siècles. Le pape franciscala Sizt<^ IV alla jusqu'à défendre de représenter Catherine avec la marque des stigmates ; enfin Urbain VIII donna gain de cause aux Dominicains. (Bibliographib H.)

cicatrices invisibles, le peuple ne doutait pas. Il lui semblait plus facile de porter les stigmates * que de faire couler du vin d'un tonneau vide, et chacun se vantait tout haut d'avoir puisé à l'inépuisable barrique de Vernaccia. La Tertiaire s'étonna du bruit élevé sur ses pas, et s'en plaignit au Seigneur: < Aije sollicité ce vin? disait-elle; tarissez-le au plus tôt. > De même qUe les stigmates, le vin disparut, mais la vénération qu'on témoignait à Catherine lui était à jamais acquise, et avec respect on Técouta parler de la croisade.

La prédication des guerres saintes par les Souverains Pontifes hé s'était jamais arrêtée depuis qu'en 1096 Urbain II dirigeait celle qui donna Jérusalem aux chrétiens, et sept autres fois les papes avaient jeté les croyants contre l'es infidèles. Perdus dès 1187, repris, restés ensuite pendant plus de dix ans aux mains de l'empereur Frédéric II, chef de la sixième expédition, les lieux saints retombaient, vers le milieu du xiii* siècle, sous le pouvoir des Musulmans, et Louis de France mourait sans les leur avoir arrachés. Depuis, les croisés n'atteignaient jamais les côtes de la Palestine. Grégoire XI obtiendrait-il un succès meilleur que ses devanciers? ('atherine Tespérait; elle venait de s'entretenir avec l'ambassadeur de la reine régente de Chypre qui traversait Pise pour aller en cour d'Avignon demander protection contre les Mahométans*, et elle discernait

1 . Les stigmates peuvent être simolét par la puissance du démon et par les seules f urces de la nature. La sainteté du sujet est une preuve suffisante qu*ils viennent de Dieu.

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