Lettera
Taggravation de l'état qu'elle avait signalé en 1 372 dans sa correspondance avec Pierre d'Estaing. Les premiers croisés n'avaient clairement distingué que Tobjet immédiat de leurs efforts ; au xiv* siècle, il était évident qu'on disputait ji l'islamisme l'empire du monde: Amurat menaçait à la fois Constantinople et la Hongrie, les infidèles marchaient contre les croyants, et parmi ceux-ci régnait partout la discorde ; la France et l'Angleterre s^achamaiént à lutter sans trêve, les royatrtnes espagnols restaient armés les uns contre les autres, les républiques italiennes étaient soulevées dans d'ardentes rivalités quand, malheur nouveau, elles ne se liguaient pas contre le pape, enfin TEui^ope entière se voyait dévastée par de hardis mercenaires. Un généreux élan sortirait peut-être de l'excès du mal ; unis pour le bien,led chrétiensentralneraientles schismatiques disposés à devenir sous le drapeau de l'Eglise, et au lieu de s'attatder en vains préliminaires, ou de s'épuiser en qtrerelles, comme dans les précédentes croisades, on irait convertir à la foi son commun ennemi.
Le mot croiâade était le dernier de Catherine à Pierre d'Estaing ; il fut son premier au successeur de ce prélat dans le gouvernement de la Sabine et de Pérouse. Gérard du Puy, abbé de Marmoutier, auquel on donnait le titre de nonce apostolique • ,
1. Envoyé en Italie dès 1371 comme trésorier da Saint-Siège, nommé en 1372 goavwnear de Péronse du patrimoine, avec le titre de vicaire apostolique, il eut pent-être en Toscane une mission qoi lui valnt oe titre de Nonce. Les documents contemporains le lui èonfèrent presqne tons .
n'était ni un esprit judicieux ni une âme vaillamment trempée ; mais à la connaissance de la politique contemporaine il joignait quelque expérience des saints et de leurs révélations. Dès son arrivée à Rome, il avait été envoyé chez Brigitte de Suède par le pape Grégoire XI, désireux d'avoir des éclaircissements sur une lettre récente de l'austère prophétesse ; en 1373, c'était encore Tabbé Gérard qui provoquait les conseils de Brigitte expirante au Souverain Pontife '. La nouvelle servante de l'Eglise put donc se faire apprécier du légat et apprendre que la croisade, toujours souhaitée de Grégoire XI, promulguée par lui trois ans après son avènement, présentait enfin des chances de succès.
Le Christ crucifié avait stigmatisé Catherine de ses plaies sous la forme lumineuse qui est celle des dons divins à la famille dominicaine; parunelumière céleste et miraculeuse elle était attachée à la croix même du Christ. Ainsi encouragée à prêcher la croisade, autorisée par la mission que son provincial et le P. Raymond avaient reçue du Saint Siège : celle d'exhorter au « saint passage >, s'inspirant des lettres écrites dès 1371 par Grégoire et des Bulles pontificales, Catherine parla, et sa parole quant à la raison, quant au sentiment et même par l'expression imposée à la pensée, rappela la parole de saint Bernard. A qui elle s'adressa en particulier, il serait difficile de le dire, car plusieurs de ses lettres s'égarèrent. Songeant que c'était son élan pour la guerre sainte qui en ranimait l'espoir chez
1 . Cf. Sainte Brigitte de Snôde. Paris, Oudin, 1892 ; 398, 485.
le pape et les légats, voyant sa correspondance pleine de ce sujet, on est fondé à croire qu'elle écrivit à tous les souverains, à tous les groupes militaires, à tous les particuliers qu'elle crut capables de prendre la croix*.
« Levez Tétendard sacré, disait-elle, unissez votre volonté à la puissance du Souverain Pontife, afin que les guerres fratricides des chrétiens se tournent contre les infidèles. Payez de votre vie la Terre Sainte, l'honneur, la gloire de l'Eglise, la participation des infidèles au sang divin ; mais préparez-vous à la croisade comme à la mort, par une confession générale. Sachez vous vaincre vous-mêmes, autrement vous ne vaincrez point! Armez-vous des armes mystiques décrites par saint Paul, sinon mieux vaudrait rester chez vous. On doit porter la croix en son cœur et pas seulement sur ses habits ! j» Gela la Sainte l'écrivait à tous, prêtres et laïques* ; à ceux qui toujours ont la croix sur la poitrine, aux Ordres militaires, cJle le répétait en particulier, résumant sa pensée par ce cri jeté aux chevaliers de Rhodes placés à l'avant-garde : «L'amour pour Dieu, voilà l'arme la plus forte ' ! j^
Les lettres de la Sainte révélèrent la connaissance surnaturelle de princes qu'elle n'avait jamais vus.
1. A oe moment et à d'aatres, presque jusqu'à celui de sa mort, Catherine, dans ses lettres, parle fréquemment de la croisade. Lett. lOU 128, 131, 132, 133, 136, 137, 138, 144, 145, 148,177, 181,236,291,303.