‹ Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers sièclesChapitre 10 sur 113 · DESTINÉE DE PATRICIAT ROMAIN · texte numérisé non relu

DESTINÉE DE PATRICIAT ROMAIN

martyre de saint Étienne avait été le sanglant épisode. Ces disciples, s'étant rendus i Antioche, se mirent à prêcher la foi aux gentils; et Dieu favorisant leur parole , ils arrivèrent en peu de temps à former un noyau de fidèles sortis du paganisme, dans cette ville où jusqu’alors on n'avait encore annoncé l’Évangile qu'à des juifs.

Ce succès d'un genre nouveau, qui venait faire suite au baptême de Césarée, ne tarda pas à être connu à Jérusalem. Afin de confirmer dans la foi les néophytes , on fit partir pour Antioche un chrétien juif, nommé Barnabé , personnage qui jouissait d'une haute estime. Celui-ci , étant arrivé , ne tarda pas à s'adjoindre un autre juif converti depuis peu d’années et désigné encore sous le nom de Saul , qu’il devait plus tard échanger en celui de Paul, et rendre si glorieux dans toute l’Église. La parole de ces deux hommes apostoliques dans Antioche suscita du sein de la gentilité de nouvelles recrues, et il fut aisé de prévoir que bientôt le centre de la religion du Christ n’allait plus être Jérusalem, mais Antioche; l’Évangile passant ainsi aux gentils, et délaissant la ville ingrate « qui n'avait pasconnu le temps de sa visite. » (Lit., xix.)

La voix de la tradition tout entière nous apprend que Pierre transporta saTésidencc dans cette troisième ville de l’Empire romain, lorsque la foi du Christ y eut pris le sérieux accroissement dont nous venons de raconter le principe. Ce changement de lieu, le déplacement de la Chaire de primauté montrait l’Église avançant dans ses destinées, et quittant l’étroite enceinte de Sion pour se diriger vers l’humanité tout entière. La troisième et dernière station de cette Chaire devait être Rome , et la vocation de Cornélius en avait été le gage; mais auparavant il convenait qu’elle s’arrêtât quelque temps dans la capitale du monde oriental, centre du mouvement hellénique. Désormais un courant mystérieux va s'établir,entre la race grecque et la race latine, et de Rome à Antioche et à l’Asie Mineure, en passant par la Grèce , le bassin de la Méditerranée sera fréquemment sillonné par les deux apôtres principaux. L’émancipation du christianisme, à l’égard du judaïsme, est donc proclamée sans retour.

Nous apprenons du Pape saint Innocent Ier, dans une lettre à Alexandre, évêque d’Antioche, écrite en 410, et de Vigile, évêque deThapsus, qui florissait à la fin du même siècle, qu’une réunion des apôtres, qui résidaient

encore à Jérusalem , eut lieu à Antioche ; et que l’on doit rapporter à cette assemblée ce que dit saint Luc dans les Actes , qu’à la suite de ces nombreuses conversions de gentils les disciples du Christ furent désormais appelés Chrétiens. La nouvelle société se propageant ainsi au dehors, il devenait nécessaire qu'elle se produisît sous un nom qui lui fût propre , nom dérivé de celui de son fondateur, et que toute solidarité avec la synagogue fût enlevée pour jamais.

Pierre avait donc fixé son séjour à Antioche; mais, de cette ville, sa pensée se dirigeait déjà sur la capitale du monde , où son maître divin régnerait un jour. Nous verrons bientôt qu’il n’oubliait pas Alexandrie. En attendant que le signal d'en haut lui fût donné de lever sa Chaire et de la transporter en Occident, il devait obéir au précepte du Christ, qui avait recommandé à ses apôtres de parcourir la terre , afin d’y semer la parole de vie. Le livre des Actes, à l'époque où le christianisme était encore concentré à Jérusalem, nous montre déjà Pierre visitant avec l’activité d’un chef les lieux de la Palestine où la prédication avait chance de réussir. Ayant fait choix d'Antioche pour le siège ordinaire de son autorité, il voulut néanmoins remplir sa mission d’apôtre, et choisit pour apanage les régions dont se composait la province d'Asie. Le Pont, la Cappadocc, la Galatie, la Bithynie, connurent son visage et entendirent sa voix. On est à même d’apprécier les succès qu'il obtint, et l'affection qu’il garda toujours pour ces Églises qui devaient leur existence à ses labeurs, par les soins dont il les entoura. L’élément de la gentilité formait le fond de ces communautés chrétiennes, comme nous aurons occasion de le montrer, et, en opérant ainsi sur la société païenne , l'apôtre s’essayait au ministère qu’il allait bientôt être appelé à exercer dans Rome. Il pénétrait toujours plus le mode d'instruction auquel seul étaient accessible? les hommes qui n'avaient pas eu la préparation du judaïsme, et Dieu dirigeait son vicaire à l'entier accomplissement de scs desseins sur le monde.

Au retour de ses premières pérégrinations de l’Asie , Pierre eut le désir de revoir Jérusalem, où Jacques le Mineur occupait le siège épiscopal. La ville de David et de Salomon venait de voir arriver dans ses murs , avec toute la pompe royale, au printemps de l’année 41 , Hérode Agrippa, que l'empereur Claude envoyait prendre possession de la couronne de Judée.

F> ESTIMÉE UH PATRICI AT ROMAIN.

L'Iduméen sentait le besoin de se concilier dès son arrivée la faveur populaire, et il comprit qu’en sacrifiant quelques victimes au fanatisme judaïque, surexcité de plus en plus par les progrès de l'Kglise chrétienne et par l’admission des gentils avec les transfuges de la synagogue , il s attacherait plus étroitement la multitude aveugle. 11 se saisit donc de Jacques le Majeur, qui se trouvait pour le moment à Jérusalem, et lui lit trancher la tète. Le respect dont les juifs entourèrent longtemps Jacques le Mineur l’cmpècha de porter la main sur lui ; mais , ayant su que Pierre était dans la ville , il le fit arrêter et jeter dans un cachot, se proposant de l’immoler après la fête de Pâques, qui était proche (année 42). Nul coup ne pouvait être plus sensible à la chrétienté de Jérusalem. Durant la captivité de Pierre , « la prière de l’Église pour lui était sans relâche, » nous dit saint Luc (Ad., xn ). On sait que cette captivité fut de courte durée. Un ange vint délivrer l’apôtre; mais Jérusalem n’était plus un séjour sûr pour Pierre. Il ordonna que l’on fît part de sa délivrance à Jacques le Mineur, et, jugeant inutile de braver plus longtemps le courroux du tyran, il sortit de la ville.

Mais l’heure était venue où, préparé par l’honneur de cette nouvelle confession, le prince des apôtres devait enfin partir pour sa destination finale, et prendre possession de l’Occident. Ce départ dut être aussi secret qu’il fut rapide , à raison des périls qui menaçaient l’apôtre. Pierre emmenait avec lui Marc, son disciple, qui l’avait suivi dans les pérégrinations de l’Asie, et dont il avait été à même d’éprouver le courage et le dévouement.

Fig. 2. — I.a I.tuvc allaitant Romulus et Rf mus. Groupe accessoire Je la statue du Tibre au mu*ce du Louvre.

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