‹ Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers sièclesChapitre 9 sur 113 · DESTINÉE DU H A T R I C I A T ROMAIN · texte numérisé non relu

DESTINÉE DU H A T R I C I A T ROMAIN

reconnaissance, et témoigne de sa disposition à accepter , lui et les siens , tout ce que le Seigneur daignera révéler par la bouche de son envoyé. La scène devenait de plus en plus solennelle, lorsque de la bouche inspirée du Vicaire du Christ descendent ces paroles : « Je le vois , Dieu ne fait point « acception des personnes; mais, en toutes les nations, celui qui le craint et « vit selon la justice , celui-là lui est agréable. » Il n'y avait donc plus ni juit ni gentil , et si , dans le passé , Dieu avait montré sa prédilection pour Israël , cette prédilection passait en ce moment même à tous les peuples de la terre. Que manque-t-il encore à Cornélius? La connaissance de Jésus-Christ, en qui la paix a été accordée par le ciel à tous les hommes.

F if. i. — Saint Pierre, d’après le bronze du musée chrétien du Vatican.

Fin du second siècle ou commencement du troisième.

Alors l’apôtre commence à exposer le mystère de l'adoption divine. Il montre le Christ envoyé de Dieu , sa mort pour le rachat du genre humain , sa résurrection , le droit qu’il exerce de juger les vivants et les morts , le ministère apostolique qu’il a institué, enfin la rémission de leurs péchés, promise à ceux qui croiront en lui. Pierre parlait encore, et soudain l’Esprit-Saint descend d’une manière sensible sur Cornélius et sur scs compagnons. Les chrétiens juifs que l’apôtre avait amenés de Joppé sont dans la stupeur ; mais Pierre, rempli d’un feu divin, s'écrie : a Ces hommes, qui viennent de recevoir le Saint-Esprit comme nous l’avons reçu nous-mêmes , qui donc s'opposerait à ce qu’ils soient baptisés? » Tout aussitôt l’eau régénératrice est versée, Cornélius en sort purifié, et Rome est devenue chrétienne dans la personne d’un de ses plus illustres représentants.

Il n'appartenait qu’à Pierre de consommer cette alliance. Au jour de la Pentecôte, il avait harangué la foule des juifs réunis autour du Cénacle, et.

la

par sa parole, il en avait conquis trois mille, fondant ainsi sur Israël fidcle l’Église chrétienne. Mais la masse de ce peuple rejetant avec fureur le nom de celui qu’elle avait crucifié, l'heure approchait où la plénitude des nations, comme parle saint Paul, allait être appelée à l’héritage des promesses. Cette heure avait enfin sonné; mais il fallait que Pierre, le Pasteur universel , après avoir ouvert la porte de l'Église aux juifs , l’ouvrit aussi aux gentils, afin que l’unité de l'Eglise se manifestât dans toute sa grandeur.

Le bruit de l’événement de Césarée parvint bientôt aux oreilles des chrétiens juifs de Jérusalem, et, perdant de vue les oracles des prophètes qui avaient annoncé que les gentils seraient appelés à remplacer Israël , ils s’inquiétaient et se laissaient aller au trouble. Pierre dut se rendre à Jérusalem et donner l’explication de ce qui avait eu lieu au sujet de Cornélius et de sa maison. Sa parole apaisa les inquiétudes, et, loin de s'irriter de voir les gentils admis dans l'Église, la chrétienté de Jérusalem glorifia Dieu, qui remplissait ainsi la promesse qu’il avait faite de convoquer un jour à son alliance tous les peuples de la terre.

En lisant ce récit au livre des Actes, on demeure stupéfait de l'audace de ces renommés professeurs qui ont osé affirmer que saint Pierre fut constamment le représentant de l’élément judaïque dans l’Église , et qu’il ne vit pas avec bienveillance l’admission des gentils. Il est vrai que, sans égard aux premiers principes de la critique, se sentant gênés par le livre des Actes des apôtres, ils ont décidé de le tenir désormais pour apocryphe, suivant ainsi l’exemple de leur prédécesseur, Luther, qui, voulant faire prévaloir son étrange et facile doctrine sur l’inutilité des bonnes œuvres pour le salut, et rencontrant une redoutable contradiction dans l’Epître de saint Jacques, s'avisa de la retrancher de la Bible. Nous ne pouvons assurément renoncer, par égard pour l’école de Tubingue , à un livre aussi ancien que le christianisme , et nous serons en mesure de démontrer la prédilection de saint Pierre pour les gentils par d'autres arguments encore que ceux qui nous sont fournis dans les récits de saint Luc.

La nouvelle du baptême de Cornélius et la décision rendue par le chef du collège apostolique se répandirent promptement hors de Jérusalem. Le bruit en parvint jusqu'à des chrétiens qui habitaient Pile de Chypre et la Cyrénaïque, où ils s’étaient réfugiés durant la persécution juive dont le

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