CHAPITRE II
Claude empereur. — Saint Pierre au Trto»tévirc. — Aquila et Pri&citlc. — Le ticus Patricius. — Cornélius Pudens. — Relations avec saint Pierre. — L'f-'giisc Sainte- Prifquc au iront Avcniin. — L'Évangile de saint Marc écrit en vue des gentils. — Lpître de saint Pierre. — Application du christianisme à la société de l'Empire. — La Babylone coélue. — Mission de raint Marc à Alexandrie. — Lvodius à Antioche. — Les Pomponii.— F’omponit Giacirn. — Sa conversion au christianisme. — Les Klavii.
— Relations de Philon avec saint Pierre. — Cimetière Oslrianum. — Première Chaire de saint Pierre.
— Séditions au quartier des juifs. — Expulsion des juifs par l'édit de Claude. — Rciour de saint Pierre en Orient.
’e.mplrklr Claude était entré dans la deuxième
pour arriver au 29 juin 67 , jour de son martyre.
On ne saurait douter que Rome ne renfermât déjà dans son sein quelques chrétiens. Saint Luc donne lieu de penser qu'au nombre des néophytes du jour de la Pentecôte, à Jérusalem, se trouvaient des pèlerins juifs venus de la capitale de l'Empire. D'ailleurs l'activité et les migrations continuelles des enfants de Jacob, leurs communications incessantes, sont des faits qui résultent de leur histoire tout entière. La grande crise qui travaillait en ce
JiUNTl CLCILE. — 3
année de son règne , lorsque Pierre se présenta aux portes de Rome. On était encore au printemps de l’année 42 ; c'est du moins ce que donne lieu de conclure l'ensemble des monuments qui s’accordent à fixer la durée de l’épiscopat romain du prince des apôtres â vingt-cinq années, mais ajoutent tous également un surplus de quelques semaines,
moment le judaïsme, les passions dont Jérusalem récalcitrante était l’ardent foyer, devaient se faire sentir dans une ville où l’agrégation israélite était considérable; mais si l’immense majorité des juifs, à Rome comme ailleurs, repoussait Jésus de Nazareth, la minorité courageuse qui l’acceptait ne pouvait manquer d’y être déjà représentée. Avant son arrivée, Pierre, chef du christianisme, connaissait la situation, et il devait même posséder des renseignements précis sur les personnes.
Nous savons par Philon que la colonie juive de Rome avait été, de la part d’Auguste, l’objet d’une tolérance et même d’une bienveillance marquées. Il avait consenti à lui laisser occuper une partie considérable de la région transtibérine, approuvant qu’on y exerçât le culte mosaïque avec une entière liberté. Un cimetière juif, récemment découvert sur le Janicule, avec des monuments et des inscriptions remontant à la plus haute antiquité, est venu confirmer cette donnée historique, et attester l'importance de l'établissement des juifs dans ce quartier.
Fidèle à la ligne de conduite que suivirent constamment les prédicateurs de l’Évangile, Pierre devait commencer par les juifs son apostolat dans Rome. Ce fut donc au quartier des juifs qu’il vint prendre son premier séjour. Sur une des collines du Janicule, l’Église de Saint-Pierre in Montorio atteste encore l’emplacement de la maison qu’il habita. Quant aux hôtes qui le reçurent, on est en droit de conjecturer que ce durent être les deux époux juifs Aquila et Priscillc, dont nous sommes à portée de suivre les intimes relations avec saint Pierre et saint Paul. Tout porte à croire qu’ils étaient du nombre des juifs qui avaient déjà embrassé le christianisme avant l’arrivée du prince des apôtres dans Rome.
Aquila, riche industriel, s’employait à la fabrication des tentes pour l’armée et pour les particuliers , et l'on voit par l’ensemble des détails qui nous sont parvenus sur lui qu’il devait jouir d’une grande aisance.
Mais Pierre devenu habitant de Rome n'avait pas seulement à entretenir des relations avec ses compatriotes qui formaient une petite cité juive au T ranstévère ; les rapports qu’il avait eus à Césarée avec un Cornélius l’appelaient au vicus Patricius, où le grand événement qui s’était accompli en faveur du centurion de la cohorte Italique ne pouvait manquer d'avoir eu quelque retentissement. Les Cornclii ne cherchaient plus à figurer sur la
SAINT PIERRE DÉLIVRÉ DE PRISON PAR UN ANGE. Peinture à fresque de Raphaël, au Vatican. Seizième siècle.
SAINT PIERRE A ROME
scène de Rome; mais leurs relations de famille n’en étaient devenues que plos étroites. Il est impossible que le centurion de Césarée, dont nous avons connu l'empressement & communiquer le bienfait de la foi à ceux qui l'entouraient, soit demeuré sans faire connaître aux siens dans Rome la faveur dont il venait d’être l’objet. Lui-même, qui n’avait avec l’armée d’autre lien que celui d’un service volontaire, ne sera-t-il pas rentré dans ses foyers, sachant surtout que Pierre, son initiateur, devait tôt ou tard choisir Rome pour séjour?
Les Actes de sainte Praxède et les Martyrologes les plus anciens s’accordent à nous montrer saint Pierre devenu, sur le Viminal, dans le quartier le plus aristocratique de Rome, l’hôte d’un personnage de race sénatoriale qui est appelé Pudens. Ce Pudens appartenait-il à la gens Cornelia ? Les faits archéologiques peuvent seuls donner la solution du problème. Une inscription que l’on ne saurait renvoyer au-delà des premières années du troisième siècle, découverte au siècle dernier dans les catacombes de la voie Appienne et placée aujourd’hui dans l’Église de Sainte-Pudentienne, fermait le loculus d'une femme chrétienne qui réunit les deux noms :
CORN. PVDENTIANETI BENEM. Q. VIXIT. AN. XLVII.
P. I. VAL. PETRONIVS MAT.