DV LC. IN PACE
En 1776, on découvrit à Rome, dans une fouille faite à l’Église de Sainte-Prisque, un titulus gravé sur cuivre, se rapportant à l’année 222, et offert par une ville d’Espagne àGaïusMarius Pudens Cornélianus, personnage de l’ordre sénatorial (de Rossi, Bulletin. Année V). Ces deux faits suffiraient à eux seuls pour donner à penser que l’alliance des noms Pudens et Cornélius pouvait exister déjà au premier siècle. Comme nous ne tarderons pas à en administrer en son lieu la preuve directe , nous ne ferons aucune difficulté de désigner dès à présent par le nom de Cornélius Pudens le personnage qui eut l’honneur de donner l'hospitalité à saint Pierre. Un monument incontestable nous donnera même le droit de produire ensuite son fils appelé des mêmes noms.
Le récit de saint Luc sur la conversion du centurion de la cohorte Ita-
Iiquc se termine par un trait, qui vient confirmer d'une manière inattendue le fait que nous racontons. On y lit qu’après son baptême, Cornélius obtint de Pierre qu’il voulût bien passer quelques jours sous son toit. Il n’est pas permis d’ignorer l’importance que les Romains attachaient à l'hospitalité. Celui que l’on avait reçu à son foyer devenait dès lors comme un membre de la famille. L’alliance contractée avec lui et représentée par le signe appelé testera devenait perpétuelle. Elle liait les parents même de celui qui avait ainsi ouvert sa maison à cet étranger devenu un frère, s’il était jeune encore , un père s’il était avancé en âge.
Le séjour de Pierre au Transtévère ne dut donc pas être de longue durée; l’hospitalité de Césarée réclamait scs droits, et conviait le Galiléen à l’honneur d’habiter au Viminal. Mais en échangeant un quartier méprisé pour celui de l’aristocratie romaine, Pierre ne se séparait pas pour cela de ses deux hôtes israélites, Aquila et Priscille. Ce nom de Priscille porté par une juive semble indiquer dans celle qui en était décorée l’affranchie de quelque grande dame romaine. Or nous apprenons des Actes de sainte Praxède que la femme de Pudens se nommait Priscille; ainsi se trouvent expliquées les relations intimes entre les deux époux juifs et les Pudens. Au jugement de M. de Rossi, ces relations sont « un des faits de l’histoire chrétienne primitive de Rome les mieux établis par les monuments ».
Une église située sur le mont Avcntin , et qui porte jusqu’aujourd'hui le nom de Sainte-Prisque , retrace encore toute cette histoire par ses vénérables souvenirs. Dès la plus haute antiquité, elle fut connue dans Rome sous l’appellation de Titre d’Aquila et de Prisque, et c’est dans son enceinte que l'on découvrit, au siècle dernier, la plaque en bronze de l’an 222, qui relate les noms d'un Pudens Cornélianus. Il est hors de doute que saint Pierre, comme le dit la tradition, y ait célébré les saints mystères. On pense avec non moins de fondement que la maison de Cornélius, au vicus Patricius, dut jouir du même Honneur; mais ayant à revenir longuement sur cette famille sénatoriale et sur la demeure qu’elle partageait si noblement avec le prince des apôtres , nous dirons d’abord quels furent les soins auxquels Pierre se livra dès les premiers temps de son séjour dans Rome.
Depuis la conversion de Cornélius, et dans le cours de ses travaux apostoliques au sein des populations asiatiques, il avait senti le besoin de mettre
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entre les mains des chrétiens sortis de la gentilité un récit de la vie et de la doctrine du sauveur des hommes. L'Évangile de saint Matthieu, écrit dans la langue syro-chaldaïquc, en faveur des juifs initiés au baptême, atteste que l’Église, au moment de sa publication, n’avait pas encore franchi les limites de la synagogue. Il débutait par une généalogie destinée à établir la descendance de Jésus, comme issu de la famille de David; l'évangéliste insistait particulièrement sur les prophéties juives, et s’attachait à en montrer l'accomplissement dans les faits relatifs au prophète de Nazareth. Il racontait très au long les discussions avec les pharisiens et les docteurs de la loi. Il avait recueilli en grand nombre les paraboles dont Jésus se servait pour faire pénétrer ses enseignements dans l’esprit des populations de la Judée et de la Galilée.
Pierre pensa donc que la rédaction d'un second Évangile serait d’une véritable utilité aux néophytes de la gentilité, et il employa à ce travail son disciple Marc, que l’Esprit-Saint favorisa en même temps de son inspiration. L’œuvre se présentait comme l’abrégé du récit de saint Matthieu; mais la touche de Pierre était reconnaissable dans de nombreux passages où la narration du premier évangéliste reparaît complétée par un témoin oculaire. La généalogie du Sauveur a disparu, ainsi que la plupart des citations de l’Ancien Testament. Les paraboles conservées se réduisent à quatre, sur lesquelles une a rapport à la prédication de la parole de Dieu, deux à l'établissement de l’Église et la quatrième à la vocation des gentils.
Marc écrivit en grec l’Évangile qui devait porter son nom, et qui a été quelquefois appelé, dans l’antiquité, l’Évangile de Pierre, comme ayant été rédigé sous les yeux du prince des apôtres. Papias et Clément d’Alexandrie, dans des fragments cités par Eusèbe, confirment la part que prit l'apôtre à l’œuvre de son disciple ; ils attestent même l’empressement avec lequel cette œuvre était désirée des néophytes de Pierre qui, dès les premiers jours, avaient été conquis à la foi du Christ par sa parole. Au reste, ce livre ne devait pas demeurer renfermé dans Rome ; ainsi que l'Évangile de saint Matthieu , il était appelé à se répandre comme livre sacré dans la chrétienté tout entière. A cet effet, ainsi que nous l’apprend Papias, qui écrivait au commencement du deuxième siècle, « Pierre l’approuva, afin qu’il fut lu désormais dans les églises».
Ayant ainsi pourvu, avec le concours de Marc, à l'instruction des nouveaux chrétiens que la gentilité produisait de jour en jour, Pierre songea à leur éducation morale, et leur adressa un avertissement, sous forme de lettre , dans lequel il retraçait l'attitude que devaient garder les fidèles au milieu de la société païenne. Cette lettre , écrite dans la langue grecque, que l'on parlait à Rome autant que la langue latine, était dirigée aux chrétiens dispersés dans le Pont, la Cappadoce, la Bithynie et les autres provinces de l’Asie que Pierre avait évangélisées. On voit par toute la teneur de ce document que l’apôtre n’y a en vue que des chrétiens sortis de la gentilité. Pas un mot qui fasse allusion au judaïsme qu’ils auraient professé antérieurement ; loin de là, c’est à eux qu’il applique la prophétie d'Osée sur la conversion des païens, et il leur rappelle la vanité du culte auquel ils ont renoncé. Cette lettre, gage touchant de son affection pour les populations qu’il avait connues après le baptême de Cornélius, était donc en même temps destinée à Rome, où elle devait servir de règle aux nouvelles recrues de la foi chrétienne.
Après un exorde plein de majesté, l'apôtre définit en quelques mots énergiques la situation des chrétiens au sein de la société qui les entoure. « Vous devez, leur dit-il, vous considérer comme des étrangers et des voyageurs, et résister aux désirs charnels qui luttent contre l’ame. Que votre manière de vivre au milieu des gentils soit donc conforme au bien ; en sorte que ceux qui maintenant parlent mal de vous, comme si vous étiez des méchants, considèrent à la longue vos œuvres bonnes, et qu'ils en rendent gloire à Dieu , au jour où il les visitera eux -mêmes. » On reconnaît ici déjà la condition particulière où allait se trouver cette nouvelle race d’hommes recrutée dans tous les rangs de l'échelle sociale. Les chrétiens n’étaient pas appelés à devenir une école accessible seulement aux gens d’une certaine classe, comme celle des stoïciens. Il leur était seulement demandé d’être x'ertueux et de fuir le sensualisme; c'était l’unique réaction qu'ils avaient à exercer.
Pour ce qui est de l’ordre politique, Pierre leur prescrit de se tenir purement passifs, et de conserver toujours l’idée de Dieu, en tant que source du pouvoir social. « Soyez soumis pour Dieu, leur dit-il, à toute créature humaine ; au prince, comme à celui qui occupe la première place ,
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et ensuite à ceux qui sont envoyés de sa part , pour punir les méchants et récompenser les bons ; car la volonté de Dieu est que par votre bonne vie vous fassiez taire l’ignorance des hommes insensés. »
Quant à la liberté, voici celle des chrétiens : « Soyez libres, non comme ceux qui se servent de la liberté comme d'un voile pour couvrir leur méchanceté, mais en étant les serviteurs de Dieu. » Le christianisme ne pouvait favoriser cette liberté sauvage qui pousse l’homme à ne vouloir relever que de lui-même, et qui avait amené la tyrannie des Césars •, mais par cela même que les chrétiens acceptaient le joug de Dieu, ils étaient francs du joug de l’homme. Il leur fallait seulement vivre trois siècles hors de la vie politique, la seule à laquelle on avait tenu jusqu’alors, et qui avait Uni par l’esclavage. Après cette épreuve viendrait un temps où le césarisme compromis et vaincu serait rendu impossible, hors le cas où une nation autrefois chrétienne aurait le malheur de retourner à l’infidélité.
En même temps qu’il retirait les chrétiens de l'arène des révolutions politiques , le christianisme avait à s’occuper de refaire la famille. Depuis des siècles, chez les nations païennes, la vie domestique n’existait plus : le forum avait tout absorbé. Mais la vraie dignité de l’homme, le sentiment d’une vie supérieure, qui s’en préoccupait? Le mariage, altéré dans son essence par l’abaissement de la femme, avait perdu son caractère, et l’on sait d’ailleurs en quelle désuétude il était tombé déjà sous Auguste. Il s’agissait de créer de nouveau dans l’homme le sentiment de la responsabilité personnelle en présence du devoir moral, d’opposer une digue à l’égoïsme, et de remettre en vigueur les droits imprescriptibles et sacrés sur lesquels repose la famille. C’est à la femme d’abord que Pierre s’adresse ; car, en la relevant, il relèvera la famille avec elle.
« Que les femmes, dit-il, soient soumises à leurs maris, afin que ceux qui ne croient pas encore soient gagnés par la manière de vivre de leurs épouses, en voyant combien est réservée et chaste leur conduite. Qu’elles ne se fassent pas remarquer par l’étalage ambitieux de leur chevelure ; qu’elles évitent de paraître rehaussées par l’or et éclatantes par le luxe des vêtements, mais qu’elles songent à parer cette nature humaine invisible qui est dans le cœur, et qui doit régner dans l’incorruptible pureté d’une âme tranquille et modeste ; c’est là une riche parure pour l’œil de Dieu. »
La leçon que l’apôtre donne ensuite aux hommes n'est pas moins profonde. « Et vous, maris, leur dit-il, vivez selon la sagesse avec vos femmes, les traitant avec honneur comme le sexe le plus faible, et comme étant vos cohéritières à la grâce qui produit la vie. »
C’est sur de telles bases que devait porter la réforme du monde romain ; mais quelle opposition cette réforme ne devait-elle pas amener au sein d’une société dégradée par des siècles de polythéisme et d’idolâtrie ! Pierre ne dissimule point aux fidèles le sort qui les attend. « Mes bien-aimés, leur dit-il, lorsque le feu de la tribulation viendra vous éprouver, ne soyez pas surpris, comme si quelque chose d’imprévu vous arrivait •, mais réjouissezvous alors de participer aux souffrances du Christ. Votre allégresse en sera d’autant plus grande, au jour où sa gloire se manifestera. Si donc c’est pour le nom du Christ que l’on vous injurie, heureux serez-vous ! car sur vous repose celui qui est l’honneur, la gloire, la vertu de Dieu, celui qui est son Esprit. »
Ce sublime manifeste, auquel nous ne pouvons emprunter que quelques lignes, nous révèle le mode d’enseignement de Pierre au milieu des gentils, en même temps qu’il nous fournit les traits les plus touchants de la modestie de ce monarque de l’Église chrétienne. Déjà il avait exigé que Marc n’omît pas dans le nouvel Évangile le récit de sa faiblesse chez Caïphe, et l’on est à même d’observer que la narration du disciple de Pierre à cet endroit est plus vive que celle de saint Matthieu •, mais en même temps il avait voulu qu’il laissât au premier Évangile, et qu'il ne redît pas le solennel épisode où l'on voit le Sauveur changeant le nom de Simon en celui de Pierre, et attribuant à ce disciple la qualité de fondement de l’Église , avec la promesse des clefs souveraines. Si, dans le magnifique document qui nous occupe, il rappelle avec une éloquence émue le symbole biblique de la Pierre, on sent qu’il veut détourner l’attention de dessus lui-même, et reporter sur son maître divin tout l’honneur de cette allégorie prophétique, dans laquelle cependant il était personnellement compris. De même pour le tvpe du Pasteur que le Christ lui avait appliqué , il le renvoie humblement au Christ, qu’il appelle avec pompe le Pasteur et l’Évêque des âmes.
L’Église chrétienne ne s’y trompa pas. En Occident comme en Orient, elle reconnut constamment dans l'apôtre de Jérusalem, d’Antioche et de
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Rome, le Vicaire du Fils de Dieu, la Pierre du fondement, le Pasteur universel. Après son martyre, elle se groupa autour de la Chaire romaine sur laquelle il avait achevé sa vie, et c'est ainsi que, selon la promesse du Christ, il n'y eut dès le principe, dans le christianisme, qu’un seul troupeau et un seul pasteur (Johan., x). La suite de ces récits le montrera avec la plus haute évidence.
Ce fut dès le début de son séjour à Rome que Pierre adressa son instruction aux chrétiens gentils de l'Asie; car il y témoigne que Marc est encore avec lui, et avant la fin de l’année 42 Marc allait se séparer de son maître. Pierre avait su mettre à profit cette première année de son séjour à Rome. Une Église nouvelle surgissait déjà autour de lui. Juifs et gentils goûtaient sa parole; Cornélius Pudens et les siens, Aquila et Priscille, étaient en mesure de lui ouvrir bien des portes. En terminant sa lettre, l’apôtre informe d’une façon mystérieuse scs disciples d’Asie des progrès de l’Évangile dans Rome. « Je vous envoie, dit-il, le salut, de la part de l’Église qui est votre coéluc dans Babylonc. »
Ce mot sur la Rome de Claude est sévère autant qu'il est vrai. Cette ville, centre de toute erreur et de toute perversité, méritait bien ce nom flétrissant que saint Jean lui donna plus tard, lorsqu’il l’appela Babylone et la dépeignit sous les traits « d'une prostituée plongée dans l'ivresse, assise sur scs sept collines, et tenant à la main la coupe des abominations, à laquelle elle faisait boire toutes les nations de la terre ».
Pierre ayant ainsi, au nom du Christ, pris possession du monde romain par l’occupation de Rome elle-même, cette ville était désormais enchaînée d’un lien indissoluble à la principauté spirituelle de l'apôtre. Déjà capitale du plus vaste de tous les empires, elle devenait la capitale de l’Église chrétienne. Le moment était donc arrivé où Pierre devait songer au gouvernement général de cette société qui depuis le baptême de Cornélius apparaissait comme ne devant avoir d'autres limites que celles de la race humaine. Il s'agissait alors d’établir des relations entre les diverses régions du monde, de chercher le moyen de ramener tout à l’unité, et de faciliter les rapports en créant plusieurs centres d’action. L’isolement judaïque était renversé pour jamais, et, quant à la conception du nouveau mode d'organisation de la société des croyants, Pierre, désormais en relation intime
avec des membres du patriciat romain, n’avait pas longtemps à chercher pour rencontrer le type selon lequel il était à propos qu'il procédât.
L’Empire gouvernait le monde par scs trois grandes villes : Rome, Alexandrie et Antioche. Les provinces, il est vrai , demeuraient directement soumises à des proconsuls ou à des légats impériaux, mais la vie du monde romain s’alimentait à ces trois sources. Pierre avait mis le pied dans Rome, et elle était désormais le siège de la monarchie chrétienne; mais quels immenses labeurs à entreprendre pour évangéliser les vastes provinces du monde latin placées sous le ressort immédiat de cette capitale! L’Italie, l’Espagne et le -rivage africain, la Gaule Celtique, la Gaule Belgique, la Germanie, la Bretagne; tel allait être l’apanage direct de Pierre et de ses successeurs; c’est ce que l’on a appelé dans la suite le patriarcat d’Occident.
Alexandrie, la seconde ville du monde, opulente et peuplée autant que pouvait l’être Rome, cultivée à l’excès sous le rapport de la science, et en même temps en proie à toutes les superstitions , n’avait pas encore entendu parler du Christ. Pierre songea tout d’abord à venir à son secours, et avant la lin de l’année 42 il la marqua pour être la seconde entre les Églises chrétiennes. Il lui fallut pour cela se séparer de Marc, dont il connaissait le zèle et la capacité, et ce courageux disciple reçut l’ordre de partir pour l’Égypte. Les bornes de notre récit ne nous permettent pas de décrire ici le glorieux sillon de lumière qu’il y traça.
Après Alexandrie, ce fut Antioche, la troisième ville de l’Empire, â laquelle Pierre voulut assigner aussi un rang supérieur dans l’Église. Il connaissait cette ville, il y avait eu son propre siège; ce qu’il voulait maintenant, c’était d’en -faire le troisième centre de l’action chrétienne. Eusèbe, dans sa Chronique, où il a recueilli les dates de la fondation des principales Églises, nous apprend que l’élévation d’Antioche à cet honneur eut lieu dès I année 43 . Pierre n’envoya personne d’auprès de lui pour aller occuper ce troisième poste hiérarchique. Il avait laissé à Antioche un de ses plus fidèles coopératcurs, nommé Evodius; ce fut à lui qu’il conféra cette délégation supérieure de l’autorité apostolique.
Ainsi furent fondés tout d’abord, par l’institution directe du prince des apôtres, comme l’enseignent saint Gélase et saint Grégoire le Grand, les
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trois sièges patriarcaux de l'antiquité : Rome d'abord, l'Église mère et maîtresse; au-dessous, Alexandrie et Antioche, dans la subordination à l'égard de Rome. L’Église copiait l'Empire, en attendant qu'elle le remplaçât. A la paix de Constantin , les trois sièges avaient traversé tous les orages. Le concile de Nicéc honora l’œuvre de Pierre; mais l’ambition de la nouvelle Église de la nouvelle capitale de l’Empire chercha de bonne heure et parvint enfin à supplanter Alexandrie. Rome résista longtemps, et finit par céder les droits de la seconde Église à cette parvenue; mais qu'importait au fond? L’Empire, dont Pierre avait jugé utile d'imiter en quelque chose l'organisation , avait cessé de vivre, et l’Église régnait désormais sur le monde renouvelé.
Les progrès de la foi chrétienne dans'la Babylone de l’Occident ne paraissent pas avoir excité d’abord une attention capable d’en compromettre le succès. Cetait dans le silence que se posaient les fondements de cette Église romaine dont saint Paul, qui ne l’avait pas visitée encore, attestait, dix ans après sa fondation , que la renommée de sa foi faisait bruit dans le monde entier. La puissance politique n'en était pas encore à prendre ombrage d’un prosélytisme qui à première vue se distinguait à peine de celui qu’exerçait sans éclat et sur un petit nombre de personnes le judaïsme lui-même. On savait que, depuis longtemps déjà, la société romaine, jusque dans ses hauts rangs, avait eu et avait encore de ces alliliés à cette religion peu aimée, mais pourtant tolérée. Ce fut même l’origine de la confusion qui eut lieu quelque temps chez les païens entre le christianisme et le judaïsme. Le nouveau culte d’ailleurs ne cherchait pas à se produire en bâtissant des temples au grand jour. Les réunions de ses membres n’avaient qu’un caractère privé, et toute agitation, toute prétention même à l'intrigue politique, en était strictement bannie.
C’est à cette période de repos qu'on est en droit de rapporter avec toute vraisemblance la conversion d’une dame romaine de haut rang, que Tacite nous fait connaître, et dans laquelle les commentateurs de cet historien s'accordent généralement à reconnaître une chrétienne. Cette noble femme était appelée Pomponia Græcina. Les Pomponii sont mentionnés dès le quatrième siècle de Rome, et se firent de bonne heure un nom dans la carrière militaire. L'un d'eux était déjà consul en 5 19 et en 5î 1 . Le plus connu des
membres de cette famille est l’ami de Cicéron, Pomponius Atticus, ainsi appelé pour l'élégance de son langage. Il n’est pas de notre sujet de parler ici de scs relations politiques dans les derniers temps de la république; mais Pomponius Atticus nous intéresse sous un autre rapport. Les Pomponii étaient unis à la gens Cæcilia. Nous en trouvons une preuve sur un marbre funéraire, publié parGruter etMuratori. C’est l’épitaphe d’une jeune enfant de treize ans, nommée Cæcilia Prima, à qui Pomponia, sa mère, dédie le monument. Le style et la forme de l’inscription sont de la meilleure époque.