‹ Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers sièclesChapitre 21 sur 113 · LA ÜENTILITÉ DANS L’ÉGLISE · texte numérisé non relu

LA ÜENTILITÉ DANS L’ÉGLISE

qui sc réunissait dans la maison du mont Aventin, à laquelle les noms d'Aquila et de Priscille sont demeurés attachés, et où vivaient les deux époux sous les auspices de Cornélius Pudens.

En attendant le jour où Paul pourrait enfin contempler de ses propres yeux cette Église de Rome qui, fondée par le prince des apôtres, n'avait cessé de s’étendre, il avait encore à accomplir, par suite d'un vœu, le pèlerinage de Jérusalem, et il se proposait d'arriver en cette ville pour la fête de la Pentecôte. Il n’est point aisé non plus de faire cadrer avec le soi-disant hellénisme de Paul cette pérégrination toute judaïque, pas plus que le vœu de Nazaréen qui l’avait déjà précédemment appelé à Jérusalem, pas plus que la circoncision, qu’il imposa à son disciple Timothée. Ainsi que nous l'avons dit ci-dessus à propos de quelques repas de saint Pierre à Antioche avec les chrétiens juifs de Jérusalem, les deux apôtres étaient parfaitement libres de se conduire en cette manière; mais le roman germanique, accepté si naïvement en France par un de nos historiens de renom , n'en croule pas moins de toutes parts. Paul fut l’apôtre des gentils; mais il ne renonça jamais à son droit de suivre les usages mosaïques, lorsqu'il lui sembla à propos de le faire; et on est fondé à affirmer, sur les faits les plus évidents, que Pierre, qu’on aosé accuser de judaïsme invétéré, Pierre, l’initiateur de Cornélius et l’apôtre de Rome, a plus agi que Paul dans l’émancipation des gentils. Il nous a semblé nécessaire de revenir une dernière fois sur un système dont l'intention est visible, et qui, grâce à l'ignorance et à la futilité d'aujourd'hui , a pu séduire certains esprits qui n’étaient pas assez sur leurs gardes.

En se rendant à Jérusalem, Paul évita de passer parÉphèse, où la fureur des païens était encore soulevée contre lui, et il arriva au terme de son voyage en mai de l’année 53 , après avoir touché les îles de Rhodes et de Chypre, et débarqué enfin à Césarée de Palestine. La rage des juifs de Jérusalem se déchaîna jusqu'au dernier excès. Leur orgueil en voulait. surtout à cet ancien disciple de Gamalicl , à ce complice du meurtre d’Étienne , qui maintenant conviait les gentils à s'unir aux fils d’Abraham sous la loi de Jésus de Nazareth. Le tribun Lysias l'arracha des mains de ces acharnés, qui allaient le mettre en pièces. La nuit suivante, le Christ apparut à Paul, et lui dit : « Sois ferme ; car il te faudra rendre de moi à Rome le même témoignage que tu me rends en ce moment à Jérusalem. »

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Cependant la conjuration juive formée contre la vie de l’apôtre allait éclater, lorsque Lysias , averti à temps, le fit partir, sous une forte escorte, pour Césaréc, où il le renvoyait par-devant Félix, gouverneur de la Judée. Félix était le frère de l'affranchi Pallas, affranchi lui-même, et comblé des faveurs de Claude. Il avait épousé Drusilla, soeur des princesses Marianne et Bérénice.

Félix reçut Paul avec intérêt, et ne dédaigna pas d’avoir avec lui de fréquentes conférences. Drusilla, qui était juive, autant que pouvait être juive une fille d’Hérode Agrippa , rechercha aussi avec l'apôtre des entretiens intimes. Elle voulut l’entendre parler du Christ et de sa doctrine-, mais ces relations furent stériles, et la malheureuse femme, après une vie peu honorable, périt en l’an 79, dans la célèbre éruption du Vésuve, avec un fils qu’elle avait eu de Félix. Saint Luc rapporte que Paul parlant un jour devant Félix de la justice, de la chasteté et du jugement à venir, le gouverneur fut saisi de terreur, et renvoya l’apôtre, en lui disant : « Maintenant, retire-toi; je te manderai quand il sera temps. » Quant à la cause de Paul, Félix avait été à même de reconnaître par les débats qui avaient eu lieu en sa présence que l’agitation de la synagogue contre l’apôtre ne se calmerait pas de longtemps. Il le retint prisonnier à Césaréc, où Paul demeura sous la garde de la puissance publique. Nous apprenons du livre des Actes qu'un certain motif de cupidité n’était pas étranger non plus aux égards que Félix témoignait à son prisonnier, espérant qu’un jour ou l'autre les amis de celui-ci présenteraient une riche offrande pour sa rançon.

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