‹ Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers sièclesChapitre 34 sur 113 · I.A SOCIÉTÉ ROMAINE · texte numérisé non relu

I.A SOCIÉTÉ ROMAINE

Victor de Marseille, conserve au musée de cette ville, Plautilla figure auprès de saint Paul que l'on mène à la mort. L’interprétation de ce sarcophage appartient à M. de Rossi , qui le fait remonter à la fin du quatrième siècle , ou tout au plus au commencement du cinquième. A droite, selon l’usage d'un grand nombre de sarcophages chrétiens de Rome , on remarque l’arrestation de saint Pierre, à côté de la scène mutilée de son reniement. Jusqu’à présent l’allusion au martyre de saint Paul, qui est placé à la gauche sur le sarcophage de Marseille , n’a été constatée sur aucun autre. Les sarcophages chrétiens de la Gaule, dont l’idée est prise de ceux de Rome, mériteraient une étude particulière, à raison des rapprochements et des variantes

l-'ig. 1 1. — Bas-rclicf d'un sarcophage de Saint- Victor, conserve au mu bée de Marseille.

qu ’ils présentent avec les premiers. Nous reproduisons ici celui du musée de Marseille, qui rentre dans notre sujet , parla représentation de Plautilla près de l’apôtre ( fig. ■ i ).

Pierre et Paul avaient rendu leur témoignage, ils avaient inauguré dans lcqr sang la nouvelle Jérusalem. Il s’agissait maintenant de donner la sépulture à leurs dépouilles sacrées. La crypte ouverte par les soins des Comelii chrétiens avait son centre sous le temple d’Apollon et s'étendait sous la colline du térébinthe. Le prêtre Marcel présida aux funérailles de Pierre, détaché de la croix. On sait avec quelle facilité la loi romaine accordait les corps des suppliciésà ceux qui les réclamaient pour leur donner la sépulture. Lucinc fit enlever des Eaux Salviennes la dépouille de Paul, et la déposa dans l'hypogée qu’elle avait fait construire au bord du Tibre, sur la voie d’Ostie. Elle avait dû céder aux Cornclii l'honneur d’ensevelir Pierre ; le centurion de la cohorte Italique, prémices de la foi romaine, assurait un droit

MARTYRE DES APOTRES

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incontesté à quiconque de sa race se déclarait disciple du Christ. Ix partage de Lucinc fut donc d'étre la gardienne de la tombe de Paul, auquel sa petite-fille Plautilla avait rendu le dernier oflicc ici-bas.

Ces deux tombes scellées avec tant de respect et d'amour étaient cependant au moment d’être violées : une conjuration s’était ourdie contre elles. Un parti d'Orientaux chrétiens veillait, et se préparait à enlever la dépouille des deux apôtres, afin de la rendre à l’Orient, dont ils regardaient Pierre et Paul comme les transfuges. Le lecteur doit y voir un nouveau trait de cette opposition à la gentilité que nous avons si souvent rencontrée chez une partie des chrétiens juifs, et de cette jalousie qu’inspirait à d'autres encore la préférence donnée à l’Occident. Cependant tout était consommé, c’était à Rome et non ailleurs que la succession de Pierre était ouverte, ses ossements sacrés en étaient le titre visible; mais le droit reposait sur quelque chose de plus solide encore, sur le fait de la mort de Pierre à Rome. A la faveur des ombres, les ravisseurs s’emparent simultanément des corps saints, et, chargés de ce dépôt, ils se mettent en marche vers la voie Appienne, espérant gagner promptement un des ports de l'Italie méridionale, et partir de là pour l'Orient. Ils s'arrêtent après le deuxième mille, et déposent leur riche capture au lieu appelé dans la suite Ad Catacumbas, où s'éleva plus tard la basilique de Saint-Sébastien.

Cette première station avait été préparée à l’avance. Les Orientaux gardèrent toute la nuit leur trésor, espérant jouir en paix du fruit de leur frauduleuse entreprise; mais le ciel se déclara contre eux. Au moment où ils allaient se remettre en marche, un affreux orage accompagné de tonnerres et d'éclairs terribles éclata soudain et glaça leurs cœurs. Sur ces entrefaites, des chrétiens de Rome, avertis de l’enlèvement des corps, renseignés par ces indiscrétions qui compromettent souvent le succès des complots les plus hardis, parviennent à éclairer la marche des ravisseurs. Ils accourent et remportent bientôt leur auguste patrimoine, sous les yeux des conjurés, qui n'osent leur résister. Saint Grégoire le Grand, à qqi nous empruntons ce récit ( Epis! . ad Conslan/iiiam Au g.) , donne à penser que le nombre des complices de l’enlèvement était considérable, et c’est ce qui explique comment le secret ne put être gardé.- Rome chrétienne recouvra donc le titre immortel de sa puissance, et deux siècles avant saint Grégoire le pontife qui

SAINTE CKCILt.. — I t

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eut pour mission de célébrer les grandeurs de Rome souterraine, saint Damase, décora de ses vers élégants le lieu où avaient un moment reposé les corps des deux apôtres, et où ils revinrent au troisième siècle chercher, durant trente années, une sécurité que leurs tombes ne leur garantissaient plus. L'inscription damasienne, posée au quatrième siècle, s'exprimait ainsi : « O toi qu'attirent en ces lieux les noms de Pierre et de Paul, sache qu'ici fut leur premier séjour. C’est l'Orient, nous en convenons, qui nous avait envoyé ces disciples du Christ. Ayant versé lcursang pour lui, ils ont mérité de le suivre jusque dans les cieux ; à travers les airs, ils sont montés au royaume des saints; mais Rome aussi avait le droit de défendre comme sa propriété ceux qui étaient devenus ses citoyens. Astres nouveaux, c'est Damase qui vous adresse ici ces louanges >. »

Après la reprise du sacré dépôt, on dut recommencer les funérailles des deux apôtres, et, comme l’exprime saint Grégoire, « leurs corps furent dès lors établis dans les lieux où ils reposent aujourd'hui. » Ces paroles d'un si grand pape nous remettent en mémoire celles de Caïus, prêtre romain, qui au siècle suivant, sous Zéphyrin, combattant Proclus, chef de la secte des Cataphryges, s'enorgueillissait saintement de la possession de ces deux tombeaux. « Moi, s’écriait-il, je suis en mesure de te montrer les trophées des apôtres. Quiconque le veut n'a qu’à se rendre au Vatican et sur la voie d'Ostic, il y verra les monuments de ceux qui ont fondé cette Église. » Ki sfr. , IJisl. eccles., lib. 1 1 , cap. x.xiv.) On conçoit jusqu'à un certain point que les réformateurs du seizième siècle, dans les premiers jours de la révolte, dépourvus, comme on letait généralement alors, de toute science

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