‹ Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers sièclesChapitre 42 sur 113 · I.A SOCIÉTÉ ROMAINE · texte numérisé non relu

I.A SOCIÉTÉ ROMAINE

lation chrétienne de Rome, l’appelle déjà une multitude immense, ingens multitudo. La période de paix qui s’ouvrait à l’avénement des Flavii, abaissait de nombreuses barrières, et rendait une liberté d’action dont la prédication évangélique avait grandement à profiter. Mais les progrès de la chrétienté romaine ne firent point perdre de vue à Clément le devoir que lui imposait sa qualité de patriarche de l'Occident, celui de répandre la lumière de l’Evangile sur les provinces de l’Empire dont saint Pierre avait rattaché le soin immédiat au siège de Rome. Pour ce qui est de la Gaule en particulier, la critique la plus assurée rattache à saint Clément la mission de saint Dcnys à Paris. II nous serait impossible de discuter ici les titres des autres Églises de France, qui font remonter à notre saint pape la mission de leur premier évêque; mais il est permis de remarquer que le Liber pontificalis attribue à Clément l’ordination de quinze évêques, destinés à dirers lieux. On a droit de penser avec toute vraisemblance que ces évêques auront été partagés entre les provinces occidentales où le besoin d’apôtres se faisait le plus sentir. Les successeurs de saint Pierre ne durent avoir rien de plus à cœur que de propager la foi dans l'héritage qu'il leur avait transmis, et l’occupation chrétienne de la Gaule avant le troisième siècle est désormais un fait incontestable.

Le temps a fait disparaître, sauf un seul, les documents qui attestent l'intervention de Clément dans les affaires des Églises lointaines; mais celui qui nous est resté montre en plein exercice la puissance monarchique de l'évêque de Rome dès cette époque primitive. L’Église de Corinthe était agitée de discordes intestines, que la jalousie à l'égard de certains pasteurs avait suscitées, (ies divisions, dont on découvre le germe dès le temps de saint Paul, avaient détruit la paix et causaient du scandale aux païens euxmêmes. L’Église de Corinthe finit par sentir le besoin d’arrêter un désordre qui pouvait être préjudiciable à l’extension de la foi chrétienne, et dans ce but il lui fallait chercher du secours hors de son sein. A ce moment, tous les apôtres avaient déjà disparu de ce monde, hors saint Jean, qui éclairait encore l’Église de sa lumière. De Corinthe à Éphèsc, où résidait l'apôtre, la distance n'était pas considérable; néanmoins ce ne fut pas vers Éphèse, mais vers Rome que l’Église de Corinthe tourna ses regards.

Clément prit connaissance des débats que les lettres de cette Église ren-

SAINT CLÉMENT

voyaient â son jugement, et fit partir pour Corinthe cinq commissaires qui devaient y représenter l’autorité du siège apostolique. C'étaient Claudius, Ephebus, Valerius, Viton et Fortunatus. Ils étaient porteurs d’une lettre que saint Irénée appelle très-puissante, potentissimas lilterjs. Cette lettre, que nous avons encore en son entier, déclare en tête qu’elle est écrite « au nom de l’Église romaine, » Clément ayant jugé que cette suscription serait plus imposante encore, rappelant ainsi l’autorité de Pierre, dont le séjour et la mort dans Rome avaient valu la principauté à cette Église. Elle fut jugée si belle et si apostolique à cette époque première, que longtemps on la lut publiquement dans plusieurs Églises, comme une sorte de continuation des Écritures canoniques. Le ton en est digne, mais paternel, selon le conseil que saint Pierre donne aux pasteurs. Ilien n’y sent l’esprit de domination; mais, à la gravité et à la solennité du langage, on reconnait la voix du pasteur universel, auquel nul ne saurait désobéir sans désobéir à Dieu luimême.

Au début de la lettre, Clément s’excuse de n’avoir pas répondu plus promptement à celle qu’il a reçue de Corinthe. Il s’est trouvé en proie à des traverses qui lui ont enlevé le loisir d’écrire. Cette particularité nous reporte vers les derniers temps du pontificat de Clément, où l’on dirigea contre luides persécutions qui aboutirent à son exil. Il est à remarquer que l'Église de Corinthe, en implorant le secours de celle de Rome contre le schisme qui la désolait, avait eu recours au Siège apostolique pour d’autres questions, dont la solution dut être donnée dans une seconde lettre que nous n’avons plus.

L’espace ne nous permet pas de produire ici de longs fragments de cette célèbre épitre, dont le style rappelle souvent celui de saint Paul, avec moins de véhémence toutefois. Clément fait d’abord l’éloge de l’Eglise de Corinthe dans ses premiers jours ; « mais, ajoute-t-il, la justice et la paix sont maintenant loin de vous, parce que vous vous êtes laissés aller à l’envie ». Il montre aux Corinthiens les dangers de ce vice, et c’est à ce propos qu’il rappelle la triste part qu’une funeste jalousie avait eue récemment à Rome dans l’immolation des saints apôtres. II se livre ensuite à une digression sur la résurrection des morts. On sait combien le lien qui unit ce dogme à celui de la permanence de l’âme après le trépas, avait besoin d’être rappelé à ces néophytes élevés au sein d’une société qui n’avait plus que de vagues idées

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