SAINTE C EXILE
rence qui existe entre les servantes de Dieu et celles du démon ? N 'êtes-vous pas appelées, dans ces occasions, à servir d’exemple à celles-ci ? Ne devezvous pas les édifier en vos personnes, afin que, comme dit l’apôtre. Dieu soit glorifié dans votre corps ? Oui , il est glorifié par la chasteté de ce corps ; mais n’est-il pas juste que votre mise extérieure soit en rapport avec cette chasteté même ? »
Nous nous laissons entraîner par le charme de cette parole éloquente ; mais où trouverait-on des renseignements plus précis sur la vie intime des chrétiens à Rome et dans l’Empire ? Quel homme de bonne foi pourrait contester l’existence du christianisme à l’état de société complète sous les Antonins ? Laissons donc les païens reprocher à la nouvelle religion la qualité infime de ses membres, parce qu’elle appelait tous les hommes à l’égalité devant Dieu, et accueillait les pauvres avec une faveur spéciale; laissons la fantaisie germanique rêver un temps où l'Eglise n’avait pas conscience d’ellc-même, parce que, prétendent-ils, elle ne possédait dans son sein ni les supériorités sociales ni les lumières de la civilisation, livrée qu’elle était à une ignorance grossière et à l’indécision des doctrines. Les faits les plus positifs révèlent, on l’a vu, une tout autre situation dès le commencement. Pour le deuxième siècle, Tertullicn nous renseigne à souhait, et l’on est désormais à même de reconnaître qu’à cette époque la qualité, pas plus que le nombre, ne manquait aux chrétiens. Nous sommes loin d’avoir épuisé les traits que nous fournirait l’incisif écrivain ; mais ce que nous en avons choisi en dit assez sur la liberté et la publicité de relations qu’avaient ensemble à cette époque les deux sociétés.
Remarquons cependant que ces chrétiennes élégantes auxquelles Tertullien rappelle le devoir de la simplicité et de la modestie pouvaient, d’un moment à l'autre, être réclamées pour le martyre. Un édit, moins qu’un édit, une simple dénonciation, les amenait parfois au prétoire. Pas une qui n’eût à compter sur l’heure solennelle, où elle devrait honorer son baptême, en livrant son corps aux tortures et sa tête au licteur. Tertullicn les laisse en face de cette épreuve qui les attend et sur laquelle elles ont dû compter. « Hâtez- vous donc, leur dit-il, dé renoncer à ces délicatesses amollissantes qui ne peuvent qu’énerver la mâle vigueur de la foi. Franchement, je ne sais si des poignets accoutumés à de si riches bracelets ne seront pas un peu
-ÉGLISE ET MARC-AURÈLE
étonnés du poids et de la rudesse des chaînes. Je m’inquiète de savoir si des pieds habitués à des cercles d’or se trouveront à l’aise quand ils seront serrés dans les entraves. J’en viens à craindre que cette tête autour de laquelle s’entrelacent tant de cercles de perles et d’émeraudes, n’ait quelque peine & livrer passage au tranchant du glaive. En tout temps, mais en celui-ci surtout, c’est sur le fer et non sur l’or que doivent compter les chrétiens. Voici qu’on prépare déjà les robes pour les martyres; déjà les anges les tiennent dans leurs mains. Oui , montrez-vous parées, mais avec les ornements que vous prêteront les prophètes et les apôtres. Le blanc, demandez-le à la simplicité, l’incarnat à la pudeur, la beauté du regard à la modestie, l'agrément de la bouche à la retenue des discours. Suspendez à vos oreilles la parole de Dieu, et sur votre cou placez le joug du Christ. Vivez soumises à vos maris, et rien ne manquera à votre parure. Occupez vos mains à filer la laine, enchaînez vos pieds à la maison, ils seront mieux ainsi que si vous les couvriez d’or. La vertu sera votre soie, la sainteté votre lin, la pudeur votre pourpre : ainsi parées, vous aurez Dieu lui-même pour amant. »