‹ Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers sièclesChapitre 6 sur 113 · DESTINÉE DU PATR1CI AT ROMAIN · texte numérisé non relu

DESTINÉE DU PATR1CI AT ROMAIN

tous les périls humains, comme on le verra, si ce n’est parce qu'ils avaient connu et apprécié la réalité des faits qui témoignaient de la mission divine du Christ ? Et c’est ici que s'écroule tout le système de l’idéologie allemande , qui s’est plu à ne voir dans les chrétiens des deux premiers siècles qu’un vulgaire ignorant, accoutumé à se nourrir de fables. 11 n’en est pas ainsi : dès le principe, la société chrétienne a existé complète , à tous les degrés sociaux, ayant à sa tète les classes intelligentes , et demeurant solidaire sur toute la ligne, quant aux doctrines qu’elle professait et quant aux documents écrits sur lesquels elle s'appuyait. On a opposé aux docteurs d’outrc- Rhin et à leurs fantaisies audacieuses de victorieux arguments de détail ; mais celui que l’on est en droit de tirer de la composition de la société chrétienne du premier âge suffirait à lui seul pour rompre les rêves auxquels leur subjectivité se laisse aller si volontiers sous le nuage hégélien.

Dira-t-on que, s’il en est ainsi, le christianisme est venu en son temps , et que dès lors rien n’est moins étonnant que son triomphe i Certes ce n'est pas nous qui contesterons que l’Eglise chrétienne ait apparu à son moment prédestiné. Les temps sont à elle et pour elle, et nous venons d’affirmer que la Rome chrétienne a été la raison d’être de la Rome antique ; mais il ne faut pas oublier que la substitution ne s’est faite qu’à la suite d’une lutte violente qui n’a pas duré moins de trois siècles. Or, dans cette lutte, celle qui était appelée à devenir la Rome nouvelle a été constamment désarmée , tandis que l'ancienne avait à sa disposition toute la force matérielle amassée dans le passé. En face du césarisme impitoyable, des fureurs de la populace, de la haine des philosophes et des rages de la superstition, vous ne voyez que des hommes détachés de la vie présente, désireux de s'effacer, remplis de mansuétude et de bienveillance, au point que les païens euxmêmes sont forcés de le reconnaître, tout en les immolant. Cette portion notable de l'aristocratie romaine, qui combattait côte à côte avec les pauvres et les humbles, mettait le caractère de chrétien bien au dessus de toutes les gloires du patriciat ; elle prodiguait ses richesses et son sang pour la Rome nouvelle ; mais elle se montra constamment passive devant la violence. Si donc elle l’a emporté, si le christianisme a vaincu , la victoire doit être attribuée à Dieu, et non aux forces humaines.

Il importe aussi de reconnaître, dans cette lutte pour l'établissement de la

nouvelle Rome, un phénomène que n'avait pas vu l’ancienne. Les rangs des guerriers y sont doublés. La femme combat à côté de l’homme. En vain la loi romaine la tenait sous le joug ; le baptême l’a émancipée, et le triomphe qui viendra un jour, c’est elle, autant que l’homme, qui l’aura amené. Des épouses, des veuves, des jeunes filles, affronteront César et son préfet, elles braveront les tortures et la mort, afin que le Christ règne sur cette ville superbe qui se débat en vain. A force de vertu , de pureté et de courage, elles disputeront aux plus nobles fils du patriciat romain l'honneur de la victoire. Telle est Cécile au milieu du groupe des martyrs de Rome ; vouée au Christ, et fidèle en même temps aux traditions de sa race , à elle seule , elle révèle la rénovation de son sexe, et donne à connaître ce qui, même après l’écroulement de Rome, était encore resté de grandeur chez les héritiers des fondateurs de sa puissance. A la suite de ces diverses considérations, que nous avons crues utiles au lecteur, nous abordons enfin nos récits.

La geiiiCornclia, originaire de la Sabine, paraît sur les fastes consulaires dès l’an de Rome 269, par le nom de Servius Cornélius Cossus, qui a pour collègue un Fabius. Ces deux familles aidèrent puissamment Rome à sortir de son berceau, et si les 3of> Fabiens versèrent héroïquement leur sang dans la lutte contre Veïcs, Cornélius Cossus s’y distingua en tuant de sa propre main le roi Tolumnius, et, le premier après Romulus,il eut la gloire de remporter les dépouilles opimes.

De constants et courageux efforts ayant amené l’unité de l'Italie, une impulsion mystérieuse et irrésistible lance les aigles romaines à la conquête du monde. C'est sous la conduite des Cornclii que s’avancent les armées et les flottes. Un seul nom, celui des Cæcilii Metelli, partage avec eux de tels services et une telle renommée. Embelli du surnom de Scipion, en souvenir d'un acte de piété filiale, le nom des Comelii éclate de plus en plus. Les titres d’Africain et d’Asiatique viennent le compléter ; et sur les trophées de cette race héroïque sont inscrits les noms de Carthage et de Numance.

Les plus antiques familles cherchent l’alliance des Comelii. La femme de Scipion l’Africain est une Æmilia, et leur fils, L. Cornélius Scipion , adopte un fils de Paul Émile, qui se rend illustre sous le nom de Scipion Émilien. Leur fille aînée épousa le fils de ce Scipion Nasica, qui fut proclamé par le sénat « le plus honnête homme de la république » ; et la sœur de celle-ci

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