MAINTE CÉCILE
soustraire à sa juste et inévitable dissolution. L’apôtre Paul leur avait enseigné que le Christ, dans sa résurrection, est « le premier-né d’entre les morts » (Col., i.) et que la chair est confiée à la tombe « pour en sortir un jour comme le plus noble froment ». (I Cor., xv.) De là, il était aisé de conclure que, pour ce qui est du corps, la mort n'est qu’un sommeil ; et ce
Fin. 137. — L«s saisons. Cimetière de Prétextât.
fut pour cette raison que les chrétiens, dans toute l’Église, s'accordèrent à donner le nom de cimetière, qui en grec signifie dortoir, aux divers lieux où se trouvaient réunies leurs sépultures.
Les signes de leur foi dans la résurrection des corps ne pouvaient donc être omis sur les peintures cémétérialcs, et l’on peut même dire que rien n’y est plus fréquent. Tout est mis à contribution pour rendre l’idée de cette palingénésie sur laquelle le chrétien compte fermement. Tantôt il y est fait appel par la représentation antique du paon, à la chair duquel les natura-
LES FRESQU ES DES CATACOMBES
listes de- ces temps attribuaient l’incorruptibilité. Nous en donnons ici deux exemples, empruntés au cimetière de Priscille (fig. 1 24 et 1 25).
La succession des saisons fut employée aussi comme le symbole de cette réviviscence sur laquelle nous devons compter. « L’hiver et l’été, écrivait Tertullien à l’époque que nous racontons, le printemps et l’automne, se remplacent avec leurs énergies, leurs caractères et leurs produits. La règle assignée par le ciel est que les arbres dépouillés revêtent de nouveau leur feuillage, que les fleurs reprennent leurs riches couleurs, que les céréales
Fig. 138. — Jonas avalé par le mon&tre. Voie Ardéaline.
reproduisent la semence absorbée par la terre. Cette succession des choses est une figure de la résurrection des morts. » (De resurrect. carnis, cap. xn.) Origène s’exprime de la même manière dans son Commentaire sur l'Épître aux Romains. L’inépuisable cimetière de l’Ardéatine nous donnera encore cette gracieuse peinture où les quatre saisons sont groupées autour du bon Pasteur (fig. 1 26).
Au cimetière de Prétextât, dans la crypte de saint Januarius, l’évolution des saisons est exprimée d'une autre manière. Au-dessus de la niche, le pinceau a tracé un arc occupé par des moissonneurs qui accomplissent la récolte du père de famille. Quant à la voûte elle-même, elle est partagée en quatre
zones circulaires destinées à rappeler le mouvement des saisons, sans l'intervention d'aucun personnage, en employant seulement des enroulements de feuillages et quelques accessoires. Les roses du printemps, les épis de l’été, les grappes de l’automne, le laurier toujours vert, même sous la neige, s’enroulent dans les plus gracieux rinceaux, peuplés de nids et de colombes. Nous avons cherché à donner une idée de cette charmante voûte par ce dessin malheureusement trop réduit (fig. 127).
Enfin le dogme de la résurrection des corps s’affirme dans les catacombes.
Fi;. 139. — Jonas vomi par le monairc. Voie Ardéatine.
par la reproduction incessante, jusque sur le marbre des sarcophages, de l'histoire de Jonas, que le Christ lui-même a donné comme le type de sa propre résurrection, prélude de la nôtre. (Matth., xii.) Nous mettons une dernière fois à contribution les galeries de l’Ardéatine, pour leur emprunter la scène du prophète avalé par le monstre qui figure la mort (fig. 1 28).
Une autre peinture, correspondante à la première, nous montre Jonas revomi plein de vie par le monstre qui ne l’avait englouti que pour le rendre (fig. 129).
Ainsi s’affirme, par les signes les plus expressifs, le grand dogme que le christianisme devait faire prévaloir au milieu du monde païen, en renouve-
LES FRESQUES DES CATACOMBES
lant le sentiment de la dignité de l’homme jusque dans son corps. Ainsi s’explique le zèle pieux qui porta dès l'origine les chrétiens à attacher une si haute importance aux sépultures, à conserver avec tant de respect les débris de ces corps qui avaient été les temples du Saint-Esprit, et devaient ressusciter glorieux. Rome souterraine, l’une des merveilles de ce monde, et peut-être la plus grande, dut son existence au dogme de la résurrection des corps. Sous l’inspiration de cette vérité primordiale, elle devint la cité mystérieuse et sacrée, la nécropole des martyrs, le lieu de réunion des fidèles, l’école où l’on apprenait à vivre et à mourir pour le Christ.