‹ Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers sièclesChapitre 65 sur 113 · MIN TR UC4.1UL · texte numérisé non relu

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en poussière pour ressusciter, comme le phénix, à la lumière qui jloit se lever. Quant à l’âme, si elle est pure, elle sera transportée dans les délices du paradis, pour y attendre, au sein des plus enivrantes félicités, la résurrection du corps, b

Ce discours inattendu fit une vive impression sur Maxime. C'était la première fois qu’il entendait un langage opposé au matérialisme, dans lequel l’ignorance païenne avait plongé sa vie tout entière. 11 fit un mouvement vers cette lumière nouvelle qui se révélait à lui : « Si j’avais la certitude de cette vie future dont tu me parles, répondit-il à Tiburce, je sens que moi aussi je serais disposé à mépriser la vie présente. » Alors Valérien, plein d’une sainte ardeur que lui communiquait l’Esprit divin, s'adressa ainsi à Maxime : « Puisqu’il ne te faut plus que la preuve de la vérité que nous t'avons annoncée, reçois la promesse que je te fais en ce moment. A l’heure où le Seigneur va nous faire la grâce de déposer le vêtement de notre corps pour la confession de son nom, il daignera t’ouvrir les yeux, afin que tu voies la gloire dans laquelle nous entrerons. Une seule condition est mise â cette faveur, c’est que tu te repentes de tes erreurs passées. — J’accepte, dit Maxime, et je me dévoue aux foudres du ciel, si, dès l’heure même, je ne confesse pas le Dieu unique qui fait succéder une autre vie â celle-ci. C’est maintenant à vous de tenir votre promesse, et de m’en faire voir l’effet, b

Par cette réponse, Maxime offrait déjà son nom à la milice chrétienne; mais les deux frères ne voulaient pas quitter la terre avant qu’il eût obtenu, sous leurs yeux, le bienfait de la régénération. Ils lui dirent donc : a Persuade aux gens qui doivent nous immoler de nous conduire à ta maison; ils nous y garderont & vue; ce n’est que le retard d’un jour. Nous ferons venir celui qui doit te purifier, et, dès cette nuit, tu verras déjà ce que nous t’avons promis. » Maxime ne balança pas un instant. Tous les calculs de la vie présente, ses craintes et scs espérances, n’étaient déjà plus rien à ses yeux. Il conduisit à sa maison les martyrs avec l’escorte qui les accompagnait, et tout aussitôt Tiburce et Valérien commencèrent à lui expliquer la doctrine chrétienne. La famille du greffier, les soldats eux-mêmes, assistaient à la prédication des deux apôtres, et tous, divinement éclairés par leur langage si vrai et si solennel, voulurent croire en Jésus-Christ.

Cécile avait été avertie de ce qui se passait par un message de Valérien.

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Ses ferventes prières avaient sans doute contribué à obtenir du ciel une si grande effusion de grâces; mais il s'agissait de consommer l’œuvre divine dans ces hommes si rapidement conquis à la foi chrétienne. Cécile disposa toutes choses avec cette vigueur et cette sagesse qu’elle savait mettre en tout, et, quand fa nuit fut arrivée, elle entra dans la maison de Maxime, suivie de plusieurs prêtres quelle amenait avec elle.

Le langage des anges pourrait seul rendre la douceur de l’entrevue que la bonté de Dieu avait préparée pour les deux époux, sur la route de la patrie céleste. Les roses prophétiques de la couronne de Valérien allaient bientôt s’épanouir au soleil de l’éternité; celles qui ornaient le front de Cécile devaient, quelques jours encore, exhaler leur parfum sur la terre. Il dut leur être doux de repasser ensemble la suite des desseins de Dieu sur eux, et les voies que la grâce leur avait fait parcourir, depuis l’entretien mystérieux de la chambre nuptiale, jusqu’à ce moment où Valérien n’avait plus qu’à saisir la palme qui s’offrait à lui. Tiburce, le favori des anges, la seconde conquête de Cécile, ne pouvait manquer de mêler à ces colloques suprêmes toute l’effusion de son âme tendre et dévouée.

Mais les deux frères, mais la vierge, ne perdaient pas de vue cette moisson fortunée qui avait surgi tout à coup sur le chemin du martyre; le moment pressait de la recueillir pour les greniers du Père céleste. Sous les yeux de Cécile, de son époux et de son frère, au milieu des vives actions de grâces qu’ils rendaient au Seigneur, Maxime et sa famille, tous les soldats, professèrent solennellement la foi chrétienne, et les prêtres répandirent sur leurs têtes l’eau qui purifie et renouvelle les âmes. Cette maison du greffier d’Almachius était devenue un temple, et tous ceux qui l’habitaient, durant ces heures dérobées au ciel, n’avaient entre eux qu’un cœur et qu’une âme.

Cependant la nuit avait achevé son cours, et l’aurore paraissait au ciel. C’était le jour du martyre pour Valérien et pour Tiburce, le 18 des kalendes de mai (14 avril). Un silence solennel mit fin aux transports que la foi faisait naître dans ces cœurs unanimes. La voix de Cécile le rompit tout à coup, donnant par ces paroles du grand Paul le signal du départ : « Allons, s’écria-t-elle', soldats du Christ, rejetez les œuvres de ténèbres, et revêtezvous des armes de la lumière. Vous avez dignement combattu, vous avez achevé votre course, vous avez gardé la foi. Marchez à la couronne de vie;

le juste juge vous la donnera, à vous et à tous ceux qui se réjouissent de son avènement. # (Rom., xm, iî; II Tim., 1.)

La troupe héroïque se mit en marche aux accents inspirés de la vierge, dont la puissance surhumaine dominait encore cette scène sublime. Les deux confesseurs étaient conduits par le nouveau chrétien Maxime, escortés par des soldats dont le front était encore humide de la rosée baptismale. Les Actes ne nous disent pas si la vierge suivit son époux çt son frère jusqu’au lieu du triomphe. Il est à croire qu’après les adieux d’une séparation qui ne devait pas durer un long temps, Cécile demeura dans Rome. En peu d’heures elle allait être appelée à rendre les derniers honneurs aux martyrs du Christ que le glaive aurait immolés. Depuis l’ouverture de la persécution, ce pieux devoir marquait pour ainsi dire chacune de scs journées; mais les martyrs dont elle allait bientôt recueillir et honorer la sainte dépouille n’intéresseraient plus seulement sa foi; ils devaient représenter les plus tendres affections de son cœur d'épouse et de soeur. Ce ne fut donc pas un sentiment de faiblesse ou de timidité qui retint la vierge dans la ville au départ des deux jeunes héros. Que pouvait craindre Cécile sur la terre, elle qui, pour la garde de sa virginité, avait su braver le courroux d’un époux païen, et qui, sous peu de jours, défierait sur son tribunal le représentant de la loi romaine?

Les martyrs et leur pieuse escorte s’acheminèrent vers la voie Appienne. Le long des tombeaux dont le luxe accompagnait cette voie durant plusieurs milles, leur marche se dirigeait vers le pagus Triopius. Le souvenir de Pierre rencontrant en ces mêmes lieux le Christ chargé de sa croix, redoubla l’ardeur des deux frères. A droite et à gauche, derrière la haie somptueuse des mausolées, les cryptes chrétiennes étendaient silencieusement sous terre leurs vastes et profondes galeries, et les martyrs purent saluer en passant le lit de leur glorieux repos. En prenant sur la gauche pour descendre vers le pagus, ils laissaient à droite le tombeau de Cæcilia Métella qui rappelait à Valérien le nom de l’épouse qu’il avait reçue du ciel, et à laquelle il devait bien plus que le bonheur d’ici-bas. C’était de quelques jours seulement qu’il la devançait, et bientôt elle se réunirait à lui pour jamais dans leur unique patrie. Les fureurs d’Almachius faisaient assez pressentir que l’heure approchait pour la noble vierge. Le seul désir de

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Valérien en ce monde, à cette heure suprême, était désormais de reposer non loin d’elle, après la victoire, dans la cité des martyrs, loin du faste profane de leurs aïeux.

On fut bientôt arrivé au pagus. Sur l’une des inscriptions d’Hérode Atticus en l'honneur d’Annia Régilla, il était appelé Hospitalier, ainsi que nous l’avons dit plus haut; mais aux chrétiens il n’avait alors à offrir que le glaive ou l’apostasie. Les prêtres de Jupiter attendaient avec l’encens. Tiburce et Valérien furent invités à rendre leurs hommages à l’idole. Ils refusèrent, se mirent à genoux et tendirent le cou aux bourreaux. Les soldats devenus chrétiens ne pouvant tirer le glaive sur des martyrs, d’autres bras s’offrirent, car il y avait là des exécuteurs en permanence, et ces deux têtes glorieuses reçurent du même coup la mort et la couronne de vie. A ce moment, le ciel s’ouvrit aux yeux de Maxime, et il entrevit un instant la félicité des saints. Il fut aisé à cet officier chrétien d’Almachius de soustraire les corps des deux héros et de les consigner aux mains de Cécile, en qui il vénérait la mère spirituelle qui, la nuit précédente, l’avait présenté au baptême. Cécile , qui s’était rendue dans sa villa de la voie Appienne, attendait avec transport l’arrivée des dépouilles triomphales. Elle les reçut avec une tendre vénération; mais l’hypogée chrétien des Cæcilii n’était pas encore assez avancé pour leur offrir un asile convenable. De l’autre côté de la voie, au cimetière de Prétextât, non loin de la tombe de Januarius, un cubiculum pouvait les recevoir. Cécile jugea que les martyrs y reposeraient avec plus d’honneur, et ce fut là qu’elle ensevelit les corps de son époux et de son frère. Rien ne manqua à cette sépulture chrétienne, ni les larmes d’adieu et d’espérance, ni les parfums, ni la palme, ni la couronne, symboles de la plus éclatante victoire.

Les heureux témoins du martyre de Valérien et de Tiburce étaient rentrés dans Rome, pleins d’admiration pour le courage de ceux qui avaient été leurs initiateurs aux secrets de la vie éternelle, et tous aspiraient à les suivre au plus tôt. Maxime surtout se sentait brûler d’un feu divin, et il ne cessait de répéter qu’il avait entrevu l’aurore du jour éternel. « Au moment même où le glaive frappait les martyrs, disait-il en l’affirmant avec serment, j’ai vu les anges de Dieu resplendissants comme des soleils. J’ai vu l’âme de Valérien et celle de Tiburce sortir de leurs corps, semblables à de jeunes

épouses parées pour la fête nuptiale. Les anges les recevaient dans leur sein, et, s’envolant vers le ciel, les emportaient avec eux. » En disant ces paroles, il versait des larmes de joie et de désir. Beaucoup de païens se convertirent après l’avoir entendu; ils renoncèrent aux idoles et se soumirent, avec une foi sincère, au Dieu unique, créateur de toutes choses.

La conversion du greffier Maxime parvint aux oreilles d'Almachius. Il en fut d’autant plus irrité, que cette défection courageuse avait eu de nombreux imitateurs, non-seulement dans la famille de Maxime, mais encore au dehors. Le sort de cet officier de la justice romaine fut bientôt décidé. Il n’eut pas la tète tranchée comme les deux patriciens; le juge ordonna qu’il fût assommé avec des fouets armés de balles de plomb; c’était le supplice des personnes d’un rang inférieur.

Le martyr rendit généreusement à Dieu lame dont Valérien et Tiburce lui avaient révélé le prix et les destinées. Cécile voulut l’ensevelir de ses propres mains. Sur le sarcophage qu’elle lui destina, la vierge fit sculpter l’emblème du phénix, en souvenir de l’allusionquc Tiburce avait empruntée de cet oiseau merveilleux, pour donner à Maxime l’idée de la résurrection de nos corps. Par ses ordres, ce tombeau fut placé au cimetière de Prétextât, dans la crypte où reposaient déjà Valérien et Tiburce.

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