‹ Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers sièclesChapitre 81 sur 113 · I.ES ADVERSAIRES · texte numérisé non relu

I.ES ADVERSAIRES

d'une inscription dans ce sanctuaire. Trois autres saints personnages seulement, tous citoyens romains, figurent dans cette chapelle du Capitole : saint Eustache, saint Alexis et la bienheureuse Louise Albertoni. La grande vierge est représentée assise, les mains sur un clavecin , comme patronne de la musique. Cette peinture est de Romanclli; au dessous on lit l’inscription suivante :

S. CAEC1LIAE VIRGINI ET MARTYRI S. P. Q. R.

MDCXLVIII.

L’idée de rétablir ainsi le nom et la mémoire de Cécile aux lieux mêmes où son aïeule Caïa Cæcilia fut, durant de longs siècles, honorée d’une statue, est profondément touchante, et unit les deux Rome dans la personne de notre héroïne. Cette rentrée d’une Cécile au Capitole, et de la Cécile chrétienne, montre à la fois et la victoire sans retour du christianisme et l’éternité de Rome.

Quant à la basilique Transtibérine, dont Sfondrate avait conservé en grande partie le caractère tel qu’elle l’avait reçu de Paschal au neuvième siècle, elle fut tristement modernisée dans la première moitié du dix-huitième par son titulaire le cardinal François Acquaviva. L’église de Sainte- Cécile de Domo, qui menaçait ruine, fut rebâtie en 1 729 par Benoît XIII, sous d’humbles proportions, et avec altération de son nom antique. Le pape voulut y adjoindre de nouveau la mémoire de saint Biaise, sur les instances de la corporation des ouvriers en laine qui avait accepté la charge de la desservir.

Au point de vue littéraire, Mazochi dans son commentaire du Calendrier de Naples, et le jésuite Lesley dans ses notes sur le Misse! mozarabe, préparaient l’élucidation chronologique des Actes de sainte Cécile, sur lesquels les découvertes du siècle suivant devaient jeter une si grande lumière. Un autre jésuite, le père Mazzolari, préservait des injures de l’air, en la faisant transporter dans la basilique, la gracieuse fresque qui représente l’apparition de sainte Cécile à Paschal, menacée de périr comme les autres qui déjà étaient presque effacées sous le portique. Mazzolari ne borna pas à cette

heureuse précaution les témoignages de sa piété pour la vierge romaine. Il fit graver sur une vaste table de marbre blanc , et placer en regard de l’ancienne fresque, le diplôme même de Paschal dans lequel le saint pape rend compte de la merveilleuse apparition dont il fut favorisé par sainte Cécile.

Le dernier événement relatif à la basilique se rapporte à la spoliation dont son trésor fut l’objet en 1 7<j< > , lorsque Pie VI , après le traité de Tolcntino, se vit contraint de dépouiller les églises de Rome pour faire face aux énormes contributions qu'il avait été obligé d'accepter. L’extrême nécessité où se trouvait l’Église romaine enleva au trésor de la basilique les trois précieuses châsses, dans lesquelles Sfondratc avait renfermé les chefs des saints Valérien, Tiburce et Maxime. C’est alors que ces saintes reliques furent placées dans les cylindres en cuivre qui les contiennent encore aujourd’hui. Iæ reste de l’argenterie qui fut livrée au commissaire pontifical par l'abbesse de Sainte-Cécile se composait de calices, chandeliers et autres objets d’autel, la plupart des nombreux reliquaires donnés par Sfondrate étant simplement en bronze doré. Le dix-huitième siècle, qui avait vu abolir dans les liturgies françaises et dans un si grand nombre de recueils hagiographiques jusqu’à la mémoire des gestes de Cécile, laissait donc planer, en se terminant, comme un sombre nuage sur le sanctuaire même où reposait la martyre; le siècle suivant nous montrera que la gloire de l’héroïne chrétienne du deuxième siècle n’était pas épuisée.

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