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CHAPITRE VII

DERNIÈRES ÉPREUVES ET TRIOMPHE DE LA REFORME l44o- 1445,

Dans le cours des années i435-i436, la Petite Ancelle avait revu la rédaction de ses statuts et y avait mis la dernière main.

Le 7 mars 1 434-35, Guillaume de Casai lui écrivait pour lui renouveler la promesse de sa protection et accompagner l'envoi qu'il lui faisait du mémoire des privilèges accordés à la réforme, mémoire dressé à Thonon le 25 septembre i434- Un peu plus tard, il lui écrit de Toulouse pour lui annoncer sa visite prochaine. Puis, sur sa demande, Eugène IV approuvait lui-même ces constitutions, comme aussi le Concile de Baie, avant son schisme. Le cardinal Julien Cesarini, légat, cardinal du titre de Saint Ange, publia cette décision en disant que ces « constitutions lui plaisaient fort, d'autant qu'elles étaient faites par l'esprit de Dieu et par la ferveur de l'observance régulière »

Nicolas V, Pie II, Sixte IV les approuvèrent de nouveau. Mises en harmonie avec les décrets du saint Concile de Trente, elles furent réapprouvées en 1600.

Aux constitutions, Colette joignait bientôt ses « Sentiments sur la règle de madame sainte Claire », et enfin les « Quelques avis » qui sont son testament spirituel.

Nous n'avons point ici à faire l'histoire des Claristes Coletines ou l'exposé de leurs constitutions et observances, mais nous en avons extrait chemin faisant tous les passages qui pouvaient aider à mieux connaître la sainte réformatrice. Nous l'avons fait d'autant plus volontiers que ces divers textes n'ont point encore, pour la plupart, été insérés dans les vies de sainte Colette faites jusqu'ici, et que rien ne saurait mieux renseigner sur un saint que ses discours ou ses écrits.

L'année 1439 vit la mort du P. Henry. Le saint vieillard mourut à Besançon et Colette annonçait le 26 février sa mort aux Claristes de Vevey.

Le jour des cendres, il avait reçu à l'église les derniers sacrements. Les jours qui suivirent il parut un peu mieux, quoique fort faible, et put se rendre à la chapelle où il pria « en grande dévotion et cognoissance de Dieu, comme il fut oncques. Il ouyt toutes les Passions et recommanda-

tions de rame, el à six heures et demie après mydi, en disant ses oraisons et parlant à Nostre Seigneur, sa belle et glorieuse âme il rendit doucement et dévotement à Dieu, notre benoist créateur. » La sainte abbesse le recommande ensuite aux prières « nonobstant que je crois qu'il est meilleur mestier qu'il prie pour nous que nous pour luy » .

Colette écrivit aussi aux sœurs du Puy, le recommandant « car il. nous a toujours esté vray père, et bon et pieux pasteur. » Le P. Henry laissait d'admirables écrits spirituels et de saints conseils aux Claristes. Les uns se trouvent dans un manuscrit conservé à Gand, les autres dans un manuscrit de la bibliothèques publique de Besançon composé, à ce qu'on croit, en i4i8.

On en possède une traduction en bouts rimes qui est aussi l'œuvre du P. Henry et qui est conservée dans le manuscrit de Gand.

On sait qu'il avait écrit une vie de la sainte réformatrice; celle-ci se l'étant procurée en souffrit tant dans son humilité qu'elle la détruisit aussitôt en la jetant au feu. Mais le P. Henry dut, nous l'avons dit, refaire secrètement ce mémoire, car ce qui a échappé à M. Germain, l'abbé Larceneux, écrivant en i^85 sa vie encore inédite de sainte Colette, dit que le P. Henry de la Baume avait écrit un rouleau sur les fondations et un cahier sur les

miracles. L'abbé de Saint-Laurent les eut en mains. Mais, depuis, ces deux précieux documents se sont perdus.

L'abbé Larceneux déclare que cette perte se fit probablement à Rome, où les documents avaient été imprudemment envoyés en originaux, lors des procès de canonisation, sur la demande du pape Benoit XIV. On sait que sous le premier Empire, les archives romaines furent transférées à Paris pour n'être rendues au Saint-Siège qu'en i8i4- Beaucoup se perdirent dans ces deux trajets, volées, vendues, détruites par l'humidité, par la chute d'une voiture au passage d'une rivière, etc. On cite précisément parmi les documents qui ne revinrent jamais à Rome de nombreuses caisses de procès de canonisation. Espérons que les précieux manuscrits du P. Henry, s'ils furent de ce nombre, n'ont pas été perdus pour tout le monde et se retrouveront un jour.

Les merveilles spirituelles contenues dans ses conseils aux Claristes, le fait que son corps, inhumé sans cercueil selon l'usage des claristes, était demeuré intact lorsque cent quinze ans après sa mort il fut relevé de terre et placé dans une caisse doublée de taffetas violet, où les Claristes de Besançon le gardent encore précieusement, et l'opinion de sainte Colette ont toujours fait tenir en grande réputation de sainteté le P. Henry de la

Baume, dont on garde encore avec dévotion une chasuble, une étole et un manipule.

Durant le carême de i43p, Colette eut une apparition de Notre-Seigneur tel qu'il était lorsque Pila te le montra au peuple.

C'est après cette vision qu'elle partit de Besançon pour aller fonder le couvent d'Heidelberg, appelée par la princesse Palatine, fille de Blanche de Savoye, et mère de Sœur Elisabeth de Bavière, qui fit profession au moment de ce départ.

De retour à Besançon, la Petite Ancelle y trouva deux lettres de Frère Guillaume de Casai. La première lui accordait permission d'avoir toujours au voisinage du monastère où elle serait, et pour servir de chapelains à ce monastère, quatre frères mineurs ; la deuxième accordait à Frère Pierre de Vaux, devenu confesseur de l'abbesse après la mort de P. Henry, les privilèges jadis accordés à celui-ci.

Les habitants de Gand, en Flandre, désiraient un couvent de la réforme que Colette ne put leur accorder. Il serait dangereux, objectait-elle, de faire faire à ses filles un si long voyage ; mais elle ne put résister aux suppliques de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et de sa femme Isabel de Portugal, d'autant que ceux-ci se firent appuyer d'un ordre de Frère Guillaume de Casai.

Après avoir visité les couvents de Besançon, Poligny et Dole, l'abbesse partit de Besançon au

printemps de Tan i44*> en compagnie de cinq religieuses, dont était Sœur Périne, et du P. Claret. Le départ fut marqué par la guérison miraculeuse de Sœur Elisabeth de Bavière, qui depuis son entrée en religion avait complètement perdu Tusage d'un œil. Un peu avant Hesdin, le chariot de la sainte ayant versé, elle se démit un bras. Alors le P. Pinet, son premier directeur, mort depuis plus de trente ans, lui apparut et la guérit. Sœur Périne est ici témoin oculaire. La sainte abbesse à peine à Hesdin, reçoit une nouvelle sollicitation des bourgeois de Gand. Mais alors les routes, au rapport des marchands, n'étaient point encore assez sûres et Colette leur écrivit pour leur faire prendre patience et leur promettre une fondation dès que l'affaire se pourrait. D'ailleurs à peine le couvent d'Hesdin installé, elle songe à sa promesse aux Gantois et elle se dirige vers Gand où elle arrive le 3 août i44^. Elle revint ensuite en hâte à Besançon, rappelée par l'arrivée de saint Jean de Capistran. Le 1 1 octobre elle était rentrée dans son premier couvent et le i3 elle annonçait son heureux voyage à ses filles de Gand.

Il y avait deux ans environ qu'avait eu lieu la première entrevue de saint Jean avec sainte Colette, et nous en avons retardé le récit jusqu'ici afin de ne point couper l'ensemble de l'histoire de leurs rapports : c'était en i44<>, comme l'établit

M. Germain, et non pas vers i435, comme l'abbé Bizouard récrit par erreur, que saint Jean de Capistran était venu pour la première fois à Besançon. H y venait visiter Colette, chargé par le pape Eugène IV de la mission de réduire les différentes familles franciscaines en une seule observance. Il fallait pour cela que Colette renonçât à son œuvre.

La sainte fut étrangement frappée de cette proposition. Elle put dire comme plus tard le vénérable Bonaventure de Barcelone : « Quand vous avez dit, Révérendissime Père, que je suis un scélérat, vous dites vrai, mais quand vous dites que ma fondation est mon œuvre, vous êtes induit en erreur, car elle est l'œuvre, de Dieu même. » Elle demanda trois jours pour réfléchir, ou plutôt pour prier ; elle ne songeait point en effet a résister a un ordre du pape, mais confiante dans la divinité de sa réforme, elle supplie son Auteur de la défendre, elle institue pour ses filles une oraison perpétuelle, ordonne une procession dans le cloître, et, en larmes, la suit elle-même à genoux, laissant sur son passage des traces sanglantes.

Le délai expiré, le saint se représente au parloir; mais la Petite Ancelle implore encore un court délai et se réfugie de nouveau dans l'oraison.

Sa foi n'est pas sans être récompensée. A peine rentré dans sa cellule chez les Pères Cordeliers,

saint Jean fut visité par Notre-Seigneur qui lui donna ordre de ne plus importuner sa Petite Ancelle et lui révéla que la réforme était bien * selon son bon plaisir ». Désolé, Jean courut dès le lendemain au matin chez les claristes, cria « mercy » à l'abbesse, « car je cognois que ta réforme est selon Dieu et saint François; persévère comme tu as commencé, car Dieu est avec toi ».

La réforme coletine avait triomphé de sa dernière épreuve.

Mais saint Jean ne s'en tint point à cette admiration ; il étudia en détail la règle et, dans son zèle, déclara qu'elle contenait io3 points qui obligeaient sous peine de péché mortel. Cela était effrayant ; aussi Colette, au lieu de s'en tenir à sa déclaration, s'adressa au pape Eugène IV qui décida en i447 qu'aucun point de la règle n'obligeait sous peine de péché mortel si ce n'est ce qui concernait les vœux d'obéissance, pauvreté, chasteté, la clôture et l'élection et déposition de l'abbesse.

Le ii octobre i44^ eut lieu la seconde visite de saint Jean de Capistran à sainte Colette. Après avoir longtemps conféré ensemble sur les moyens d'accroître la spiritualité de l'ordre de Saint-François, les deux saints visitèrent le couvent des Cordeliers de Dole.

Il est probable que cette visite et les rapports de saint Jean au pape furent la cause de l'appel

du P. Jean Moquet pour réformer le couvent de l'Ara Cœli à Rome.

Revenu à Besançon, saint Jean ne voulut point quitter la sainte abbesse sans lui avoir, en sa qualité de commissaire général de l'observance en deçà des monts, donné la ratification des privilèges concédés par Guillaume de Casai. Cette lettre est du 8 novembre i44 2 «

Philippe de Sa veuse, gouverneur d'Amiens, avait offert à Colette, pendant son séjour à Hesdin, de prendre à sa charge les frais de plusieurs fondations dans la Picardie et l'Artois.

Charles VII donna des lettres d'amortissement et Eugène IV des bulles d'érection en janvier i44 2 ~i443. Maisl'évêque, le chapitre cathédral, et les communautés régulières soulevèrent des obstacles accusant même les claristes d'hérésie. Pierre de Vaux répondit à ces accusations par un admirable mémoire au duc Philippe le Bon; le duc n'hésita pas à écrire lui-même aux échevins d'Amiens. Le succès suivit cette démarche et le monastère fut béni le 26 janvier 1 444* 1 445 . Sœur Isabeau , fille aînée du roi Jacques, en fut la première abbesse. Revenue en Comté dans l'été i444» P ro * bablement pour chercher des religieuses, Colette rentra à Amiens à la fin de Tannée. Le 23 avril i445 l'église des Coletines d'Amiens était consacrée sous le vocable des saints Georges et Claire, L'ab-

besse avait aussi amené quelques religieux de Dole pour formerpépinière dans les pays flamands. C'est là maintenant qu'elle va employer le reste de son activité. Elle avait quitté sans espoir de retour Besançon en i444- Avant son départ elle avait annoncé à ses filles qu'un incendie dévorerait un jour leur couvent, que la croix de pierre du cimetière des Sœurs se trouverait brisée le matin du jour où l'incendie éclaterait, et que tout ce qu'on porterait au jardin serait préservé de l'atteinte du feu. Soixante-dix ans après, on trouva la croix écroulée ; se souvenant de la prédiction, les Sœurs éteignirent par précaution jusqu'à la lampe du sanctuaire ; en même temps on transportait en hâte le mobilier au jardin. Mais l'incendie éclata dans le voisinage et de tout le monastère il ne subsista que l'oratoire de Colette et la chapelle du roi Jacques.

Au moment des adieux elle donna à ses filles ce qu'elle possédait de plus précieux (ce sont les insignes souvenirs qu'on y vénère encore aujourd'hui), puis elle les bénit et partit pour les Flandres.

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